Les Géants de la Cité du Porion.

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Mail de Monsieur Szöke Csaba (Mars 2009)

Bonjour Mr Deltombe,

Je suis passionnné par l'histoire d'Auvelais, et c'est pour cette raison que j'ai mis en ligne un blog consacré à ce sujet.
Ce projet consiste à reproduire certains bâtiments de la place d'Auvelais, ou d'autres ,au alentours de 1900 en 3D d'après les cartes postales.
Je vous invite à venir visiter ce blog et bien sûr votre avis m'interesse très fort.
J' ai également créer votre maison ou vous etes né (d'ailleur cette maison porte votre nom de famille...) sur la place d'Auvelais;
J'ai été voir le site de la confrérie de l auveloise, et c'est comme cela que j'ais appris les infos vous conçernant.
Attention, ce projet est toujours au stade de brouillon.

Bien à vous,

0474.22.88.64
Szöke Csaba (11 mars 2009)
rue  Edouard Colson   16
4431   Loncin.
0474.22.88.64
csaszoke@voo.be

Réponse de Monsieur Roger Deltombe (Mars 2009)

Cher Monsieur Csaba,

Bravo pour votre projet que je vous encourage de poursuivre.

En ce qui concerne le bâtiment "Deltombe" (qui portait le n°1, Place Communale), je peux vous apporter les commentaires suivants:
L'immeuble en question avait été acheté fin XIX s par mes grands parents paternels à l'abbaye de Floreffe. Une partie importante de l'habitation servait anciennement de ferme, notamment les parties gauche et centrale; la partie droite était une demeure bourgeoise. A droite, et jusqu'au bâtiment de "L'harmonie" (belle construction, malheureusement détruite dans les années 60: vous auriez intérêt à retrouver une photo et reconstruire un schéma- voir Mr Albert Burton), se trouvait un long mur de briques de 2 mètres de haut. A l'arrière de ce mur et à l'arrière du bâtiment, un immense jardin et verger, endroits qui furent mon paradis pendant mon enfance. A gauche du bâtiment, une haute grille en fer forgé à double battant, le séparant de l'immeuble voisin, propriété distincte, mais qui fût anciennement partie de la ferme abbatiale. Toujours à l'arrière, perpendiculairement, une grange sur une longueur d'une trentaine mètres.
En sous-sol, des caves voûtées qui servirent d'abris pendant la seconde guerre mondiale: un petit poteau au coin de la place portait une pancarte avec des lettres noires "abris" sur fond jaune indiquant l'entrée de la maison.

Quant à l'aspect esthétique de vos reconstitutions, je les trouves réussies. Cependant, je pense que le rouge des briques est trop prononcé. En outre, le socle (la base grise) me semble alourdir vos dessins.

Sincèrement vôtre,

Roger Deltombe (24 mars 2009)
Avenue de Doiceau, 12
1300 Wavre
roger.deltombe@skynet.be

Mail de Monsieur Raoul Brosteaux (Mars 2009)

Voici une photo de 1924 "Ecole Communale - Auvelais " représentant des enfants de +/- 10 ans; ma mère, 10 ans, y figure.

Mail de Monsieur Pierre Bertinchamps (Mars 2009)

Monsieur,

Ci joint quelques fichiers pouvant peut être, à toute fin utile, complèter davantage votre site.
Les photos retracent l'histoire d'une des plus vieilles boucheries d'Auvelais,

du match de football entre les bouchers et boulangers à l'UBS,

 
- les autres: "groupechant2" sont des photos d'une fancy-fair de l'école St François entre 63..64?



de droite à gauche 1) Hervé Mouyart ....4) ...Laloux 5) Pierre Etienne Bertinchamps 7) Jean-Marie Crevecoeur
Je vous en souhaite bonne réception.

Pierre Bertinchamps (04 mars 2009)

pierre.bertinchamps@hotmail.com

Mail de Monsieur Jean Hansotte (Février 2009)

Bonjour,monsieur

Je me donne à connaître .Fils de Hansotte René et de Sarteel Jeanne ,,je suis le neveu de feu F Sarteel instigateur du folklore wallon à Auvelais .

Dans une de vos rubriques vous faites allusion à un petit bonhomme mangeur d'oeufs et de boudins . Anecdotes reprises avec toute cette saveur wallonne dans la chanson "Gna qu'à Auvelais"
Sachez qu'à Auvelais à l'occasion des fêtes de quartier on instaurait des concours du plus gros mangeur de boudin ou d'oeufs dans un temps défini. Les participants avaient droit à une seule boisson pendant le concours,il fallait bien faire passer la nourriture !

Le champion était d'origine jemeppoise s'appelait Alfred Grognet ,ses reccords personnels dans ces épreuves :plus de 40 oeufs et 2.5 kg de boudins dans le temps imparti. Il était également connu dans les autres villages organisateurs de concours semblables et il était redouté par les participants à ces épreuves très populaires .
Sa fille , Lisiane Grognet , exerce toujours le métier de marchande ambulante de Hot dog sur les marchés régionaux .
Elle est une assidue du marché hebdomadaire du mercredi sur la place de Auvelais et présente également sur cette place aux différentes fêtes communales .

Heureux d'avoir pu contribuer au folklore auvelaisien,je vous adresse mes salutations distinguées .

Jean Hansotte (02 février 2009)
105 rue du palton
Arsimont
071 77.31.82
jean.hansotte@skynet.be

Réponse de Monsieur André ERGO (Février 2009)

Bonjour Monsieur Hansotte,

C'est bien à Alfred Grognet que je faisais allusion, mais je ne me souvenais plus du nom. et je le voyais plutôt habitant la Sarthe mais c'est manifestement à lui que pensait Willy Félix dans le texte de la chanson.
J'ai aussi le vague souvenir qu'il aurait battu ou égalé le record du mangeur de flamiche à Dinant mais ce serait à vérifier auprès de sa fille.
De toute manière, c'était un personnage qui mérite de faire partie des souvenirs d'Auvelais.
Je vais faire ajouter ces précisions sur le site de P. Perot et je vous remercie de me les avoir
communiquées.
Bien à vous.

André ERGO. (18 février 2009)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Réponse de Monsieur Jean Hansotte (Février 2009)

Monsieur,bonjour

Je me suis trompé sur deux points concernant Grognet
1) Il s'appelait Georges et non Alfred .
2) Il était originaire de la sarthe et habitait rue du bois ste Marie

Je joins au courrier un article de presse qui date!! et collectionné par sa fille ,celui-ci relate les exploits de notre champion auvelaisien
Bien à vous Salutations


Jean Hansotte (18 février 2009)
105 rue du palton
Arsimont
071 77.31.82
jean.hansotte@skynet.be

Mail de Monsieur Jean Hansotte (Février 2009)

Bonjour,
Avec un peu de retard, voici un résumé de la vie de mon oncle :

François Sarteel est né à Auvelais, ,dans le quartier de la Sarthe. Il a passé sa jeunesse dans la ruelle du bois « Perlenne. » qui reliait l’ancien Chemin de Velaine à la rue de La laronnerie .

Après des études en droit  administratif , il entre en qualité de secrétaire communal à la ville de Gembloux où il s’ est  déjà très engagé  à remettre au goût du jour les coutumes anciennes de la ville . Il a toujours été féru de folklore et de traditions.

La place de secrétaire communal devenue vacante à Auvelais ,  et sur l’insistance de sa maman Marie Legrand il postule  et obtient le poste.

Rentré dans son village  natal , il va relancer le folklore local aidé par des amis qui  partagent les mêmes plaisirs. Il est à la base de la création de la chanson « Gn’a qu’à Auvelais  » etc …
François Sarteel tâte au journalisme , il est correspondant local pour le journal « L’indépendance » devenu ensuite  « Le journal de Charleroi ».

Son caractère mutin refait surface et pour déjouer les lecteurs , il signe ses articles sous le pseudonyme « Letras » qui n’est autre que Sarteel écrit de droite à gauche,mais fallait- il encore y penser !

Il s’essaie également à l’écriture de pièces de théâtre en dialecte wallon de la Basse Sambre.

Pièces qui seront interprétées par des sociétés locales ou provinciales.

François Sarteel aimait à mettre en valeur les gens du terroir, c’est ainsi que dans une pièce intitulée « Fausse ambition » on retrouve dans la distribution des rôles un dénommé Durviaux . Ce patronyme était celui du meilleur ami de son père Adrien .

En janvier 1968 , la grande faucheuse l’emporte et nous prive d’un personnage qui avait encore moult  idées pour promouvoir son terroir.

Après sa mort son épouse Lucie Destrebecq (ex présidente de l’ancienne CPAS) reprendra  son activité journalistique en compagnie de Jean Gois, photographe . Deux figures emblématiques connues dans l’entité .

Il est à la base de la naissance de « Jean le porion » .Il voulait faire revivre le passé charbonnier de sa contrée et rendre hommage à ses parents  et principalement son papa Adrien, mineur de fond dès l’age de 12 ans.

Avec des amis convaincus comme lui , ils perpétuent le folklore Auvelaisien et mettent en exergue le passé  prestigieux  d’une région vouée entièrement au charbon .

Une rue de son quartier natal porte désormais son nom. Ultime hommage de ses amis à un farouche défenseur des traditions et métiers locaux.

Jean Hansotte (18 février 2009)
105 rue du palton
Arsimont
071 77.31.82
jean.hansotte@skynet.be

Mail de Madame Céline Caudron (Février 2009)

Bonjour Messieurs,

J'ai récupéré vos adresses sur le site de la confrérie de l'Auveloise (fort intéressant par ailleurs) et je me permets de vous contacter dans le cadre de mes recherches sur le site et les travailleurs/euses du Bon Pain d'Auvelais.
Je suis historienne au Carhop (www.cahop.be) et, à la demande du Groupe d'Animation de la Basse Sambre (GABS), je participe à projet qui vise à recueillir la mémoire collective autour de cette ancienne boulangerie industrielle, dont les bâtiments vont prochainement être rénovés pour héberger un site d'économie sociale animé par l'asbl "Contre Vents et Marées".
L'idée est de recueillir des témoignages d'ancien/nes travailleurs/euses du Bon Pain afin de mettre en forme une présentation vivante et dynamique de cette ancienne entreprise avant la rénovation de ses bâtiments. Ces témoignages, accompagnés d'un reportage photographique et de documents d'archive, seront publiés sur internet et éventuellement (si nous trouvons des subsides) édités en version papier et/ou présentés sous forme d'une exposition.
Ce travail ne fait que commencer et je recherche actuellement des documents (photos, emballages, cartes, courriers, ...) ainsi qu'une dizaine de personnes qui pourraient témoigner de leur expérience relative au Bon Pain: comment on y travaillait, quelle implantation dans le voisinage, etc.

Pouvez-vous m'orienter dans mes recherches?

En vous remerciant,
Céline Caudron (18 février 2009)
02/514.15.30
0474/91.64.59
ccaudron@gmail.com

Mail de Monsieur Jean Hansotte (Février 2009)

Bonjour,monsieur Ergo

Je me donne à connaître .Fils de Hansotte René et de Sarteel Jeanne ,,je suis le neveu de feu F Sarteel instigateur du folklore wallon à Auvelais .

Dans une de vos rubriques vous faites allusion à un petit bonhomme mangeur d'oeufs et de boudins . Anecdotes reprises avec toute cette saveur wallonne dans la chanson "Gna qu'à Auvelais"
Sachez qu'à Auvelais à l'occasion des fêtes de quartier on instaurait des concours du plus gros mangeur de boudin ou d'oeufs dans un temps défini. Les participants avaient droit à une seule boisson pendant le concours,il fallait bien faire passer la nourriture !

Le champion était d'origine jemeppoise s'appelait Alfred Grognet ,ses reccords personnels dans ces épreuves :plus de 40 oeufs et 2.5 kg de boudins dans le temps imparti. Il était également connu dans les autres villages organisateurs de concours semblables et il était redouté par les participants à ces épreuves très populaires .
Sa fille , Lisiane Grognet , exerce toujours le métier de marchande ambulante de Hot dog sur les marchés régionaux .
Elle est une assidue du marché hebdomadaire du mercredi sur la place de Auvelais et présente également sur cette place aux différentes fêtes communales .

Heureux d'avoir pu contribuer au folklore auvelaisien,je vous adresse mes salutations distinguées .

Jean Hansotte (02 février 2009)
105 rue du palton
Arsimont
071 77.31.82
jean.hansotte@skynet.be

Réponse de Monsieur André ERGO (Février 2009)

Sujet : Réf. : Chanson 'Gna qu'Auvelais .....

Bonjour Monsieur Hansotte,

C'est bien à Alfred Grognet que je faisais allusion, mais je ne me souvenais plus du nom. et je le voyais plutôt habitant la Sarthe mais c'est manifestement à lui que pensait Willy Félix dans le texte de la chanson.
J'ai aussi le vague souvenir qu'il aurait battu ou égalé le record du mangeur de flamiche à Dinant mais ce serait à vérifier auprès de sa fille.
De toute manière, c'était un personnage qui mérite de faire partie des souvenirs d'Auvelais.
Je vais faire ajouter ces précisions sur le site de P. Perot et je vous remercie de me les avoir
communiquées.
Bien à vous.

André ERGO. (14 février 2009)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur Claude Franquin (Janvier 2009)

Bonjour Monsieur Ergo,

Vous ne me connaissez pas, tout comme je ne vous connais pas, du moins personnellement.
Je suis originaire de Seuris où je suis né en 1949, ma famille y étant déjà installée depuis belle lurette.
J'ai découvert, il y a quelques mois, toutes les anecdotes du vieux quartier, anecdotes que vous narrez avec tant de verve et je ne peux que vous tirer bas mon chapeau.
En vous lisant, je revois, avec quelques pincements au coeur, toute ma jeunesse et, si je relève quelques petits manquements dans vos récits, j'avoue que j'aurai été incapable de me souvenir avec autant de précisions de toutes ces choses qui se sont passées il y a 50 ans et plus et de remettre des noms sur tous ces visages loin dans ma mémoire.
Je viens juste de lire votre témoignage concernant l'incendie de l'atelier d'Angelo Parisi, mais savez vous que cette nuit là, j'ai failli périr noyé par les jets des lances des pompiers.
En effet, lors de l'arrivée du service incendie, j'étais occupé avec mon père, à arroser la partie arrière de l'atelier qui se trouvait à quelques mètres de la maison où nous habitions (rue Nouvelle, n° 9).
J'ai pris la peine d'imprimer vos témoignages et je vais les soumettre à mon père FRANQUIN Firmin (86 ans) qui pourra, je crois, compléter quelques vides.

Bien à vous.

Franquin Claude (26 janvier 2009)
rue des Acacias, 50
5050 Sambreville (Velaine)
claude.franquin@skynet.be

Mail de Monsieur Szöke Csaba (Janvier 2009)

Bien le bonjour,

Je vous envois quelques screens du projet de la vieille gare d'Auvelais.

Toutes suggestions sur ce bâtiment seront le bienvenue (scans en haute résolution.)

Merçi et bien à vous,

Csaba

Mail de Monsieur Francis Vassart (Janvier 2009)

Suite à une demande de Mr Marcel Champagne, voici une nouvelle photo de l'école ST Joseph, rue Radache à Auvelais.
Ecole Saint Joseph 1933 classe de Melle Tombois 1ère et 2ème année, 48 élèves.


De gauche à droite et de haut en bas.

1er rang: Charles Candas - Robert Ledieux - Jean Marie Couvreur- -Jules Namèche - Pierre Bodart - Edmond Ducoffr - Adolphe Bertrand- -Louis Lussana - Raymond Menegazzi - François Brion.
2ème rang: Porphyre Brion - Christian Clarembaux - René Kasprowiak - Joseph Moroye - Hubert Noël -    René Vivignis - Franz Moussiaux - Joseph Legrain - Aimé Jeanmart - Willy Jacquy - Roger Rouffiange.
3ème rang: Albert Milcamps - Franz Stavaux - Jean Lebrun - Marc Grégoire - Constant Scoyer - pol honin - Julot jordens - André fadeur - Jacques Quinet - Willy Romain - Roger taton - ? Pollet.
4ème rang: Florent Milcamps - Joseph Massart - Edgard pendeville - Franz Degraux - Robert Vassart - José Depaux - Fernand Bodart - André Darville - José Gece - Michel Rouffiange - X .
5ème rang: Jean Philippe - ? Goffin - Jean Lison - ? Dubois.

Institutrice, Melle Julia Tombois, née en 1903 et décédée en 1996 (93ans)

Bien à vous et meilleurs voeux.
Francis Vassart. (08 Janvier 2009)
francis-vassart@skynet.be

PS:Et dire que les enseignants se plaignent maintenant avec des classes de 20 élèves !!!

Mail de Monsieur Jean Hansotte (Décembre 2008)

bonjour,
Je suis le neveu de François Sarteel et le fils de Hansotte René et Jeanne Sarteel.
Dans mes archives j'ai retrouvé un programme d'une pièce jouée par une troupe d' Auvelais en 1952 .Quelques figures marquantes de Auvelais figurent dans la distribution.
Je vous envoie les pages centrales et les pages de garde.
Peut-être pourrez vous documenter vos rubriques sur le folklore local ?.
Salutations distinguées

Jean Hansotte (16 décembre 2009)
071 77.31.82
jean.hansotte@skynet.be

Mail de Monsieur Szöke Csaba (Décembre 2008)

Bonjour Pierre,

je t'envoie 2 images scannées de la maison Deltombe, sur la place, (actuellement, en partie Belgacom...), il ne reste que quelques détails à finir.

Bien à toi,

Szöke Csaba (11 Décembre 2008)
rue  Edouard Colson   16
4431   Loncin.
0474.22.88.64
csaszoke@voo.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Décembre 2008)

Incendie à Seuris

Le quartier de Seuris a été relativement protégé  des catastrophes naturelles durant les quarante premières années de son existence. La foudre est bien tombée une ou deux fois dans le quartier, une première fois sur la maison Yernaux  dans la rue Seuris, sans grands dégâts et une autre fois, sur un des poteaux électriques de la même rue. La bande des garçons qui se trouvait à ce moment sur la place, avait assisté au spectacle, un éclair, le bruit caractéristique d’un arc électrique et instantanément l’explosion. Ce qui avait aussi marqué les esprits, c’est le fait que la place était toute humide du côté du cimetière et sèche du côté de Chère voie, coupée en deux par la pluie. Mais les orages, qui suivaient la Sambre, étaient souvent spectaculaires à Seuris ; les garçons comptaient les secondes entre l’éclair et le bruit, ce qui marquait la distance en kilomètres du centre de l’orage. Pour « voir »  des « dérèglements » de la nature, il fallait descendre au bas de Chère voie, où la Sambre débordait parfois dans les prés voisins, pour notre plus grand plaisir quand les inondations étaient prises par le gel, ce qui nous donnait des immenses patinoires  gratuites, notamment derrière l’abattoir.

J’ai déjà évoqué l’obus de DCA qui était  venu se fracasser, sans éclater, dans une façade d’une des dernières maisons de la rue Seuris, mais la cause était due à la bêtise des hommes et pas à des circonstances naturelles.

Aussi avons-nous été surpris quand un incendie important s’est déclaré à l’arrière d’une maison de l’avenue du cimetière. J’étudiais le soir, dans ma chambre à l’arrière de la maison, volet baissé mais fenêtre ouverte car la température était encore élevée. C’est le bruit (des éclatements comme des pétards) qui m’a intrigué et, en relevant le volet, j’ai vu les flammes sortir du toit de l’atelier de menuiserie d’Angelo Parisi à une cinquantaine de mètres de chez moi. Le bruit qu’on entendait était l’éclatement des plaques d’éternit du toit. Je suis descendu rapidement à la cave prendre notre tuyau d’arrosage car je connaissais la maison Parisi et je savais où brancher le tuyau. Sur place, René Lorand (le gros René, un ancien para) avait déjà mis un tuyau en batterie et protégeait l’arrière de la maison de sa mère, proche de l’atelier. Le fossoyeur Jacquy  et quelques autres faisaient la chaîne avec des seaux d’eau. À mon arrivée, le toit de l’atelier s’est effondré sur les machines et l’incendie a redoublé d’ardeur. L’atelier était manifestement perdu et les tuyaux d’arrosage avaient peu d’effet sur les flammes. Il fallait porter son effort sur la maison d’habitation et la protéger en l’arrosant, après avoir branché mon tuyau sur le point d’eau. Notre travail s’est arrêté à l’arrivée des pompiers quelques minutes plus tard, quand ils ont pris le relais. Ces minutes nous avaient paru une éternité. Nous étions tous noirs de suie.  Les maisons n’avaient pas subi de dégâts majeurs.

Angelo Parisi était effondré et désespéré.  Menuisier indépendant, c’était son gagne-pain et tout le travail d’une vie qui venaient d’être détruits avec toutes ses machines et ses réserves de bois.  Mais grâce à un arrangement avec Joseph Lahaye (un modeleur qui travaillait à l’époque chez HMS), Angelo a pu utiliser rapidement l’atelier de ce dernier, à quelques mètres de chez lui, satisfaire les commandes de ses clients, reprendre courage et, comme on dit, se refaire !

Le lendemain matin, j’ai dû subir l’assaut des journalistes : pourquoi, comment ? dans un exercice que je n’aimais guère. Comment : par réflexe ! Pourquoi : par amitié ! Comme les autres d’ailleurs.

L’esprit de Seuris.

André ERGO. (2 décembre 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be
 

Témoignage de Monsieur André ERGO (Novembre 2008)

Les Toussaint de jadis

On était évidemment aux premières loges à Seuris pour voir passer toutes les familles qui se rendaient au cimetière aux abords de la Toussaint. Cela commençait à la mi septembre, période à laquelle les familles allaient toiletter les tombes, frotter les pierres ou ratisser la terre. À l’époque, tous les chrysanthèmes étaient blancs, bien fournis en grosses fleurs et lorsqu’on entrait dans le cimetière le jour de la Toussaint, toutes les tombes blanches faisaient déjà penser à l’hiver. On achetait peu de fleurs à l’époque; on n’en vendait  d’ailleurs pas à l’entrée du cimetière. Mais on les préparait, dans la famille, longtemps à l’avance, en faisant des boutures, puis en pinçant les tiges sans fleur pour que toute la force de la plante se porte sur les gros bourgeons floraux qu’on laissait en place. Avec cette manière de faire, on pensait aux défunts souvent, pendant une grande partie de l’année et la « potée » de fleurs qu’on conduisait au cimetière était en fait la somme de toutes ces pensées cumulées. En attendant la Toussaint, les pots étaient placés dans une pièce non chauffée de la maison, souvent dans le corridor, pour que les fleurs ne subissent pas une trop grande différence de température quand on les conduirait sur les tombes.

Comme il y avait très peu d’autos, les gens « montaient » au cimetière à pied, en famille, endimanchés s’il faisait beau, emmitouflés dans de longs paletots fermés par un cache nez si le temps était au gel et à la neige ou si la bise soufflait sur le plateau de Seuris. L’automne couvrait l’avenue du cimetière d’un tapis multicolore de feuilles de platanes. Certaines personnes, dont les défunts étaient nombreux, amenaient leurs fleurs dans des brouettes ou des charrettes ou dans des voitures d’enfants modifiées et aménagées pour l’occasion. Parce qu’ils étaient à pied et qu’ils avaient le temps, le cimetière était le lieu de rencontre de nombreuses gens qui ne se retrouvaient qu’à l’occasion de la Toussaint; certaines venaient de loin, au train; d’autres profitaient de l’occasion pour rencontrer de la famille encore présente à Auvelais. On prenait le temps de la visite aux morts pour se promener dans le cimetière, pour visiter la tombe d’amis décédés ou de voisins. On allait voir le monument aux fusillés, le jardin où reposaient les petits enfants ; on expliquait aux plus jeunes la signification d’une colonne brisée ou celle de la petite plaque tricolore à laquelle ont droit les anciens combattants.

Quelques jours après la Toussaint, à la fête de l’Armistice de 1918, de nombreux drapeaux montaient également au cimetière et des gerbes étaient déposées au monument aux soldats tués et à la plaque commémorative des fusillés à la maison du peuple et encore au cimetière des Français. Il y avait, à l’église, un Te Deum particulier pour les défunts des deux guerres.  Le jour des morts, le lendemain de la Toussaint, le curé montait au cimetière entièrement fleuri pour bénir toutes les tombes en commençant par celle d’un ancien curé d’Auvelais, contre le mur, à gauche de l’entrée.

Mais parfois, on rendait visite au cimetière en dehors de la Toussaint. Il y avait eu, au début de la guerre, un soldat enterré rapidement dans le cimetière de Seuris, dans le fond, à droite, dans une partie en friche, avec une simple croix de bois, sans nom, sans rien, tout à fait anonyme. C’était notre soldat inconnu. On ne connaissait pas sa nationalité, mais on supposait qu’il était français puisque c’était  les seules troupes à avoir occupé le quartier. À la saison des fleurs des champs, on cueillait des coquelicots, des bleuets et des grandes marguerites qui poussaient encore à l’époque dans les terrains cultivés près du cimetière et on lui portait, timidement, un bouquet aux couleurs de la France.

Il y avait quand même à la Toussaint, des morts oubliés ; certains de ceux du vieux cimetière dans lequel on pouvait se rendre par une rue empierrée devant l’entrée de la fonderie Sevrin-Migeot.  La nature y reprenait cruellement ses droits, mais quelques tombes y étaient toujours visitées, ce qui rendait les autres encore plus tristes, plus abandonnées et misérables. Ce cimetière est aujourd’hui totalement disparu.     

André ERGO. (14 novembre 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur Francis Vassart (Novembre 2008)

Si cela vous intéresse, voici une autre photo de l'école des soeurs au Pont à Biesmes de 1953. Je ne connais plus tous les noms.

Voici donc ceux que je me souviens.
de gauche à droite
1er rang des filles :  x - Dany Gilbert - x
2ème  :  x   - x   - Roberte ?
3éme :  x   - Marie Jeanne Bodart
4éme  :  x   -   x
 

1er rang des garçons :  x    - Pol Boreux
2éme  :  x    - Willy Jacobs - Victor Evrard

3éme  :  Jacques Pietquin - Michel Laviolette
4éme  :  Francis Vassart - Yves-Marie Frippiat
 

La soeur s'appelait "soeur Rose".

Bien à vous.

Francis Vassart. (8 novembre 2008)
sb265408@skynet.be

Mail de Monsieur Szöke Csaba (Novembre 2008)

Bonsoir Mr Perot,

Quelle bonne surprise que vous me faite, c'est tout simplement génial pour votre aide concernant l'église St Victor. Je joins içi quelques scans du projet ,


et également les scans des cartes postale de cette église.




Pour le moment, je commence un nouveau projet, c'est celle de la vieille maison communale qui se trouvait aussi sur la place.

Votre photo que j'ai reçu par mail , tombe vraiment à pic, il y a l'église et la vieille maison communale et pour les détails c'est vraiment super.

 Merçi mille fois Mr Perot,

A très bientôt, bien à vous

Szöke Csaba
rue  Edouard Colson   16
4431   Loncin.
0474.22.88.64
csaszoke@voo.be

Mail de Monsieur Marcel Champagne (Novembre 2008)

Voici une photo que j’ai reçue de Francis Vassart.  
Classe de 1954/1955 à l’école Saint-Joseph de la rue Radache.


Instituteur : Marcel Falmagne.

Voici donc les noms des élèves :
de gauche à droite.

1er rang : Didier Toussaint ,Etienne Carpentier ,Jean-Claude Lardinois, Luciano Silvestrini, Pierre Oblin
2ème rang : Francis Vassart, Christian Jeanmart, Michel Laviolette, Pol Boreux, Jacques Pietquin
3ème rang : Jean Masson, Etienne Piret, Willy Jacobs, Yves-marie Gillard, Joseph Luperto
4ème rang : Bernard Loiseau, Francis Sainte, Alain Delos, Victor Evrard
5ème rang : Gérard Bodart, Pierre Lemmens, Thierry Haumont, Jean -Claude Pécheur

Marcel CHAMPAGNE (3 Novembre 2008)
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Mail de Monsieur Gérard HU (Octobre 2008)

Bonjour Monsieur,

Président de l'Association Voiles du Soissonnais dans le département de l'Aisne près de Soissons, je recherche les coordonnées de l'entreprise BOREUX d'Auvelais qui a construit une vedette fluviale en acier Safari 31 en 1976. Nous avons acheté dernièrement ce bateau et nous souhaiterions avoir plus de précision sur sa construction. 

Je vous remercie à l'avance.
Félicitations pour votre site.
Bien cordialement

Gérard HU
Président de l'Association Voiles du Soissonnais"
Base nautique
02200 Pommiers
03 23 73 47 60
06 87 55 18 66
gerard.hu@orange.fr
http://asso.ffv.fr/av-soissonnais

Réponse de Monsieur Christian BOUCHAT (Octobre 2008)

Les Ateliers de construction BOREUX fondés en 1920 à Auvelais, par Monsieur A. Boreux, ont pris un essor considérable, grâce au but poursuivi par le fondateur : servir la clientèle au mieux des besoins, fournir du matériel de toute première qualité, étudié spécialement pour l'usage et les travaux désiré pas le client.  Le bureau d'Etudes se trouve à la disposition de la clientèle, il dispose d'un personnel hautement qualifié pour réponde aux besoins de celle-ci, conformément au programme de fabrication. Les ateliers couvrent une superficie de 5.000 mètres carrés. Un personnel d'élite, disposant d'un outillage approprié et d'appareils de manutention, permet de garantir des constructions exécutées suivants toutes les règles de l'art.

Christian BOUCHAT (27 octobre 2008)
rue Pont-ste-Maxence
5060 Auvelais

Mail de Monsieur Szöke Csaba (Octobre 2008)

Etant fort curieux sur l'histoire d'Auvelais, je me suis décidé de recréer en 3 dimension l'ancienne église de la place ,qui a été démolie vers 1900, c'est pour cela que j'aurais bien voulu ,vous solliciter votre aide concernant cette église.

J'ai en ma possession deux cartes postales de l'ancienne église, mais je n'ai qu'un côté ainsi que la face avant sur les cartes postales, pourriez vous m'aider, en m'envoyant,éventuellement  par Email, quelques détails (arrière du bâtiment...)

Je vous fais parvenir 2 photos de mon projet ( attention, il n'est qu'au stade de brouillon)

En vous remerciant d'avance
Bien à vous,

Szöke Csaba
rue  Edouard Colson   16
4431   Loncin.
0474.22.88.64
csaszoke@voo.be

Réponse de Monsieur Christian BOUCHAT (Octobre 2008)

Détruite en 1910
Arrière de forme arrondie

Christian BOUCHAT (27 octobre 2008)
rue Pont-ste-Maxence
5060 Auvelais

Témoignage de Monsieur André ERGO (Octobre 2008)

Une des figures marquantes de Seuris : Victor Vigneron

Il habitait à droite de la rue Seuris, à mi chemin de la première section, une maison possédant une avant cour et, ce qui était rare et exceptionnel à l’époque, un garage sur le côté droit. Les Vigneron avaient perdu une fillette en bas âge et, si mes souvenirs sont corrects, une petite chapelle avait été construite sur sa tombe, à gauche dans le cimetière, le long du mur d’enceinte parallèle à l’avenue du Progrès. Mais les Vigneron qui avaient aussi un grand coeur, avaient adopté une petite fille Suzanne qui vit, je crois, toujours à Auvelais, laquelle avait épousé bien plus tard, à sa majorité, un garçon de Seuris, Georges Moreau. On m’a même appris récemment que c’est elle qui avait fait, en wallon, (la langue de Seuris), le discours pour le départ en retraite de la petite sœur qui tenait l’école des Ternes.

En 1937, une autre petite fille appelée Josette était née dans la famille. Elle aussi a épousé plus tard un garçon de Seuris, André Hanquet. Je cite ces mariages, car, malgré le nombre important d’enfants dans le quartier, ce n’était pas si courant que des garçons et des filles de Seuris se marient entre eux.

Mais revenons à Victor et à ce qui le caractérisait. Il avait une marotte (on dirait aujourd’hui un hobby) qui prenait une grande part de son temps libre, c’était la peinture à l’huile sur toile qu’on pouvait dans son cas apparenter, toutes proportions gardées, à la peinture du douanier Rousseau. Il était autodidacte en la matière et s’il y avait des défauts de perspective dans ce qu’il peignait, il avait néanmoins un style personnel et lorsqu’il dessinait des paysages avec des arbres ou des fleurs, cela avait un certain charme. Je ne sais pas pour quelles raisons, mais les arbres qu’il peignait étaient toujours des arbres habillés d’automne où il mettait dans la frondaison moins de couleurs vertes que de couleurs vives. Il est vrai que les avenues de Seuris étaient belles en automne et que le tapis de feuilles de platane tombées intéressait plus le peintre que les femmes de la rue, en bataille permanente avec le vent, pour les ramasser. Pendant la guerre, les fruits des platanes trempés dans des restes de couleurs on fait des boules de Noël originales, bon marché et par la force des événements, tout le monde était un peu peintre.

Faut-il rappeler aussi que Victor avait peint des fresques murales de plusieurs mètres carrés dans un corridor de la maison des Luc qui conduisait à une salle construite dans le jardin. C’était des oeuvres d’imagination qui représentaient des moments de la vie courante des gens, mais personne en particulier ne pouvait se reconnaître dans les personnages qu’il avait peints.

Il y avait aussi d’autres peintres à Seuris, pour la plus grande curiosité des garçons, car ceux là travaillaient en plein air. La saison foraine terminée, les Peeters revenaient à l’Avenue du cimetière où ils avaient leurs quartiers d’hiver et ils nettoyaient à grandes eaux savonneuses les panneaux et rafraîchissaient les peintures du carrousel des chevaux de bois et des balançoires, leur spécialité et plus tard, celles des autos scooter qu’ils avaient rachetées. Le spectacle était garanti; chaque panneau, garni de miroirs et de fresques, était bichonné, réparé si nécessaire et repeint. On repassait sur les anciennes peintures si possible avec de la couleur de même ton. Mais pas toujours et quelquefois, certains personnages retouchés semblaient revenir de vacances à la Méditerranée, plus bronzés que leurs voisins, à tel point parfois qu’on aurait pu parler de mélange des races. Les animaux, quant à eux faisaient de manière récurrente, d’année en année, des mutations de plumage et de pelage.

Les Peeters parlaient le flamand entre eux, mais un flamand différent de celui qu’on apprenait à l’école, que le père ponctuait régulièrement de jurons bien sonnants, qui constituaient les premiers mots de la langue de Vondel que nous retenions, mais dont on avait très vite pris conscience qu’on ne pouvait pas les répéter en classe. La remise en état du matériel était le travail des enfants déjà adultes, fils et fille. Cette dernière, Julia, nous étonnait beaucoup car elle était habillée alors comme un homme, avec une salopette bleue, ce qui n’était pas courant à l’époque chez les femmes, toujours en jupes ou en robes sinon en tabliers. Cette Julia maniait d’ailleurs aussi bien la clef anglaise et le tournevis que le pinceau ou la peau de chamois.

André ERGO. (22 octobre 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur Marcel CHAMPAGNE (Octobre 2008)

Que de surprises lorsque j’ai vu cette photo découverte il y a peu.  La deuxième est en fait un agrandissement des personnages.

 

La première personne féminine à gauche est une tante à ma mère, à savoir Josée Romignon.  Celle-ci habitait en face du cimetière de Seuris, au coin de la Rue Nouvelle et de l’Avenue du Cimetière.  Je ne savais absolument pas qu’elle avait fait partie de la Croix-Rouge.  Je suis né en 1955 et j’avais seulement connu qu’elle servait dans une pâtisserie de la Rue de la Montagne à Charleroi.  Et j’ai donc encore appris qu’entre-temps elle aurait travaillé à la Clinique Romedenne, là où je suis né.

Raoul m’a dit  que le gendarme se trouvant sur la photo habitait rue des Auges, en face de chez le notaire Petit/Caprasse et était le commissaire Delvigne,ancien adjudant de gendarmerie et voisin de Monsieur Malarme (inspecteur de l'enseignement et premier bourgmestre après la guerre) (cfr André Ergo).  Aussi, la 3ème personne féminine à partir de la droite est Madame Piret, infirmière attitrée du docteur Sevrin et ensuite amie de Tante Josée.

Si d’autres personnes peuvent en dire plus sur l’une ou l’autre personne, ou un élément de cette photo, voir son histoire, les infos sont les bienvenues.

Si éventuellement je n’ai pu transmettre à certaines personnes, par exemple parce que je n’ai pas l’email, ou par omission, celui qui y pense peut faire passer le message.

Bon dimanche !!!

Marcel CHAMPAGNE (18 octobre 2008)
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Septembre 2008)

Les enfants de Seuris et l’éducation.

            Au début du quartier de Seuris, l’éducation était obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l’âge de 14 ans. La commune avait créé immédiatement une école gardienne composée de deux classes où pratiquement tous les enfants du quartier et de la rue de Falisolle faisaient leur premier apprentissage avec la discipline scolaire et la gentillesse de Mademoiselle Lorand et de Mademoiselle Yvette et plus tard, de Mademoiselle Huguette. Mais quand les enfants arrivaient en âge d’école primaire ils devaient rejoindre les écoles primaires situées dans le centre d’Auvelais, soit l’école communale, soit l’école Saint Joseph pour les garçons ou l’école des RR. Sœurs rue du Pont à Biesmes. Les écoles primaires comportaient à l’époque 8 années, les six années classiques du primaire et deux années supplémentaires pour ceux qui arrêteraient leur scolarité à l’âge de 14 ans, ce qui était le cas de la majorité des garçons. Ceux-ci allaient travailler à l’usine avec leur père et apprenaient sur le tas les métiers  tout en suivant parfois les cours de promotion sociale qu’on appelait à l’époque cours du soir

Ceux qui continuaient leurs études devaient aller suivre les cours soit à Namur, où il y avait des collèges, des athénées et des lycées, soit à Tamines où ils pouvaient suivre les Humanités complètes à l’Athénée ou bien les trois premières années, qu’on appelait les « Moyennes », chez les Frères des Écoles chrétiennes. D’autres élèves quittaient l’école après les « Moyennes » et entraient alors dans la vie active comme employés en suivant également souvent d’autres types de cours du soir.

Enfin, il y avait ceux qui finissaient leurs  Humanités classiques (latin-grec ou latin-math) ou leurs Humanités modernes (math-sciences), ou l’enseignement normal (gardienne, primaire et régence)1 mais ils étaient relativement peu nombreux et moins nombreux encore étaient ceux qui poursuivaient leurs études au niveau supérieur car il fallait aller chercher cet enseignement encore plus loin, dans les grandes villes du pays.

            À l’époque des pionniers du quartier de Seuris, peu de garçons du quartier poursuivront leurs études au niveau supérieur.

Le premier de ceux-ci habitait sur la rue de Falisolle, près de la boulangerie Zicot. Alix Motquin fera des études d’ingénieur agronome à l’Institut Agronomique de Gembloux tout comme le second, Roger Henrioul, habitant également la rue de Falisolle, près de la rue Chère Voie. André Lannoye de l’Avenue du Cimetière fera des études d’architecte. Le quatrième, également de la rue de Falisolle, Léon Brouns, sera diplômé de l’École Royale militaire, où il sera d’ailleurs répétiteur, et fera une carrière d’officier à l’armée. Pour ma part, je choisirai l’agriculture des régions chaudes à l’Institut supérieur agricole de Huy.

Trente années après la naissance du quartier de Seuris, il n’y aura donc que 5 diplômés de l’enseignement supérieur.

Suivront rapidement Jacques et Michelle Paye de la rue Seuris qui obtiendront leur grade à l’Université Libre de Bruxelles, puis Freddy Legros et Michel Mouyart, tous deux de la rue de Falisolle, qui obtiendront leur grade à l’Université de Liège.

Il est probable qu’il y en eut beaucoup d’autres depuis.

Michelle Paye fut donc, à l’époque, la seule fille à faire des études supérieures. Il faut dire que les filles n’étaient pas gâtées au point de vue enseignement dans la Basse Sambre. Mis à part l’Athénée de Tamines, elles pouvaient faire, à Auvelais, tout au plus des études professionnelles. Heureusement, tout cela a changé depuis.

Beaucoup de jeunes de Seuris avaient la capacité de faire des études supérieures,

mais les temps étaient différents et les « quinzaines » des gamins et des gamines étaient parfois nécessaires dans les familles pour boucler les fins de mois. Et puis, il y eut la guerre qui a obligé beaucoup de jeunes à faire d’autres choix.

Lorsque, après la guerre, le Foyer Taminois a construit la cité entre la Grippelotte et Seuris, le nombre d’enfants sur le site devint plus important encore et la petite école gardienne s’agrandit de deux années primaires, tandis qu’au bout de l’avenue du Progrès, l’enseignement libre confessionnel ouvrait une école gardienne et le premier cycle des primaires.

Dès lors, dans l’important quartier Seuris-Grippelotte on pouvait, comme à la Sarthe et  aux Ternes, aller à l’école jusqu’à neuf ans.  

1 On accédait à l’enseignement normal (gardienne et primaire) après les moyennes inférieures. La régence (en deux ans) était déjà de l’enseignement supérieur; on y avait accès après les Normales ou après les Humanités.

André ERGO. (26 septembre 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur Philippe DUMONT (Septembre 2008)

La rue du Pont, jadis.

De quand date l’instantané ci-dessus de la rue du Pont, future rue Félix Protin? Du début du 20ème siècle? Pas de voitures automobiles, pas de camions, pas de trafic… A gauche sur le trottoir, trois messieurs en casquette de la Belle Epoque, une femme en robe longue et un enfant: l’homme en gilet et en manches blanches sort de chez lui pour secouer un tapis ou un paillasson. Plus loin, une carriole est rangée, comme retombée sur son timon. La dame en clair à côté, interrompt sa conversation avec deux messieurs sur le seuil d’un probable troquet.  Elle a manifestement repéré l’artiste car elle fixe de loin l’objectif et elle nous regarde à jamais…

La rue est déjà commerçante: des enseignes sont accrochées aux façades et certaines vitrines sont équipées de pare-soleil. L’un d’entre eux brille, déployé au fond, éclatant de lumière, préservant l’étalage d’un magasin de décoration intérieure qui s’appellera un jour Fulgura. L’établissement sera tenu par M. Jeanlin (et son épouse), un menuisier qui construira bientôt Jean le Porion.  

Au moment du cliché, nous sommes encore loin de tout cela. Il doit être près de midi, un matin d’été tranquille dans un décor de roman naturaliste. Le chien de l’avant-plan, qui erre au milieu de la chaussée en pavés grossiers, n’aurait pas résisté longtemps au trafic intense des années 50.

Le paysage correspond à celui que mes grands-parents maternels ont dû connaître. Cependant, la silhouette de la rue est identique à celle qu’on peut découvrir encore de nos jours

La rue Félix Protin en 2008

Mon grand-père maternel, Camille Ducoffre, est né à Falisolle en 1889. Il émigre ensuite à Portz près de Cologne. Dans les glaceries de Guillaume II, il apprend son métier de verrier. Au début du siècle précédent, il revient travailler aux Glaceries Saint-Roch et s’installe au Voisin, un quartier que l’on rejoint très vite en tournant à droite, juste avant que la rue ne grimpe vers le chemin de fer, à hauteur de cette vaste maison de commerce au centre. Elle a été remplacée, après la seconde guerre mondiale, par un immeuble administratif en briques plus moderne, que l’on a appelé “ les Contributions ”. Actuellement, le bâtiment semble en outre affecté à d’autres usages plus résidentiels.   

Maman (Marthe Ducoffre) est née au Voisin, le 11 novembre 1920, dans un logement occupé ensuite par mon grand-oncle, Edmond Ducoffre. Je me souviens de mon arrière-grand-mère que tout le monde appelait là-bas “ Marraine d’Auvelais ” et qui habitait encore l’endroit, Je garde d’elle cette vision lointaine: une dame âgée, petite, vêtue de noir, assise dans un fauteuil sur fond de tapisserie claire. J’ai su, par après, qu’elle s’était obstinée, un soir de Noël, à vouloir assister à la messe de minuit à l’église Saint-Victor. Elle aurait pris froid et elle en serait morte…

Années 50, rue Félix Protin

La maison où je suis né en 1950, n’existe pas encore sur la photo ancienne, de même que les bâtiments attenants. Elle est située juste en face de la maison à façade blanche à l’avant plan, à présent remplacée par la vitrine d’un armurier. Actuellement, on peut encore la voir quasi intacte au numéro 43, avec son petit balcon au premier étage. Il s’agit d’une maison de commerce, avec une vitrine et un étalage, protégés intégralement par un volet mécanique en bois que l’on descendait quasi tous les soirs en le manœuvrant de l’intérieur.

De nos jours, la maison n’abrite plus de commerce. Mais dans les années 50, le rez-de-chaussée est occupé essentiellement par le magasin avec son comptoir, ses penderies, ses rayonnages encombrés d’étoffes diverses et son coin "essayage" muni d'un paravent devant un miroir ovale fixé au mur. Cette grande pièce communique par une porte sur la gauche avec l'atelier de Maman, d'où l'on peut apercevoir, par une grande baie vitrée au fond, la cour intérieure et le petit jardin tout à l'arrière. Une autre porte à droite ouvre sur un corridor assez sombre qui mène vers l'escalier en bois poli. Celui-ci, vertigineux, mais muni de rampes et de paliers, grimpe en spirale en s’agrippant aux quatre murs, jusque dans les greniers du second étage. Il prend ainsi son envol dans un vestibule central tout en hauteur où trône, en bas, le téléphone sur un petit secrétaire, au bout d’une longue cordelière. De cet endroit, on pouvait accéder à toutes les parties de la maison : les étages, le magasin, l'atelier, la cour intérieure, les pièces de séjour à l'arrière et la cave. Les chambres étaient installées au premier étage: mes parents occupaient une grande pièce sur l'arrière et ma sœur et moi disposions, à l'avant, de deux chambres séparées. La mienne s’ouvrait de plein-pied sur un le petit balcon d'où je découvrais toute la rue. Bien pratique pour tout voir, surtout le lundi de  Pâques, le jour de la Cavalcade!

 Pourtant, le confort de l'endroit demeure rudimentaire. Pas de chauffage central, mais deux foyers à charbon à l'atelier de couture et dans la pièce de séjour au rez-de-chaussée. Pas de salle de bain: tous les samedis, mon père installe une baignoire en zinc dans le living qui devient temporairement une salle d'eau. Les autres jours, il faut se laver au bassin devant l’unique robinet d'eau froide, dans la cuisine. Cet endroit exigu, le "petit trou", comme l'appelait Maman, est équipé d'une cuisinière à gaz, d'un évier avec pompe à eau de pluie manuelle, toujours désamorcée, et d'une petite armoire à peignes et à miroir, vissée au mur. Une minuscule fenêtre ouvrant sur l'intérieur de la remise en enfilade, éclaire à peine ce réduit incommode. Pas de frigo, c'est un luxe à l’époque.

 Qu’à cela ne tienne: les provisions s'achètent au fur et à mesure aux épiceries toutes proches. On conserve les aliments dans la cave, plus fraîche, avec les bouteilles, non loin du tas de charbon où l'on vient remplir la charbonnière qui alimente les foyers en combustible. 

 En cas d'hiver rude, ces poêles se révèlent insuffisants, d’autant que l’isolation est inexistante. Maman installe des chauffages d'appoint au gaz ou au pétrole dans les zones froides et notamment dans le magasin glacial. Dans les chambres à l'étage, pas question de combattre le froid avec des réchauds malodorants et dangereux. Très vite, les simples vitrages se couvrent de givre. Quand Maman trouve qu’il fait vraiment trop froid, elle installe une résistance électrique à réflecteur circulaire, qui ne tarde pas à faire fondre le seul fusible du compteur. Alors, il nous reste la chaleur naturelle et, pour la conserver, nous superposons les épaisseurs de couvertures. Si la température devient polaire, on recourt aux bouillottes en caoutchouc brûlantes…

En 1950, à droite et dos au paysage représenté, juste avant la petite rue qui plonge vers le parc de l’ESMA,  les maisons voisines et tout un petit quartier de bâtisses derrière, étaient en ruines, détruites par les bombardements et laissées à l’abandon. Ma maison de naissance, vraisemblablement construite dans l’entre-deux-guerres, a été épargnée et mes parents l’ont louée dès qu’ils se sont décidés à y fonder un commerce après la tourmente.

 J’imagine qu’à l’époque, on pouvait croire en tout et tout rêver, puisque la barbarie avait, semble-t-il, disparu pour toujours… C’est l’image que je garde de Maman et Papa, jeunes, en cette période où la vie renaît, qui s’installent, envers et contre tout, dans ce grand immeuble à deux étages. Maman veut avoir son magasin à son compte, une “ Boutique Bleue ” comme la blanchisserie de L’Assommoir.

Papa est métallurgiste et employé au service de la « traction » des Forges de Thy-Marcinelle et Monceau.
 

 

 


Maman est couturière. Ils créent ensemble un établissement qu’ils appellent Falbalas, du nom du film de Jacques Becker. Ils voudront aussi que leur fils s’appelle Philippe comme Philippe Clarence, le jeune et brillant couturier du scénario. Le diplôme de régente en coupe de Maman (première à droite avec le chien Cybèle) l’incite aussi à créer une école dans son atelier. Rapidement, 7 élèves s’inscrivent.

J'ai surgi au creux de cette drôle d’artère qui s’incurve en remontant vers le chemin de fer et qui, en arrière, se connecte au pont de Sambre. Oui, je suis venu au monde par là, en cette petite courbe pavée dont on peut encore reconnaître le dessin particulier sur les cartes géographiques très anciennes.  

 Et ce fut une aubaine, car la rue Félix Protin dans les années 50, c’est tout un univers d’abondance. On n’y manquait de rien, un peu comme si le lieu s'était voué à l’autarcie. On y vivait le retour à l'opulence, après les privations et les cataclysmes. L'heure était au travail. Mais l'atmosphère était au plaisir, à l'optimisme et au bonheur.

 La première maison que j’ai dû apercevoir, tout petit, juste en face de l’étalage du magasin de Maman, reste cette librairie dite “ Chez Françoise ”, tenue par Françoise et sa petite-fille Thérèse. C’est aussi la seule bâtisse que je reconnaisse clairement sur la photo ancienne: une façade blanchâtre où se découpent une porte et deux fenêtres qui serviront d’étalage. On y trouvera tous les livres et tous les périodiques possibles. A l'époque, je ne m’intéresse qu’à Hergé. On a marché sur la Lune et Le Trésor de Rackam le Rouge me font rêver… Plus tard j’y achèterai les premières éditions du magazine Pilote qui présente, en bandes dessinées, le célèbre feuilleton radiophonique de Ça va bouillir de Saint Julien sur Radio Luxembourg . Je suis un auditeur assidu de cette émission du très oublié Zappy Max et sa poudre à lessiver Sunil qu’il n’arrête pas de vanter, même dans les situations les plus extrêmes! Les premières vignettes d’Astérix le Gaulois apparaîtront en même temps, dans les premiers numéros de ce nouvel hebdomadaire pour jeunes. En outre, Papa  m’envoie régulièrement « Chez Françoise » chercher le Journal de Charleroi et des cigarettes Bangle Filter dont les paquets de 20 sont ornés d'un éléphant qui lève une patte munie d'un anneau brillant.

 Et je suis prié d’être prudent pour traverser la rue car le trafic y est déjà intense. Des vélos et des voitures attelées passent et repassent quotidiennement. Si les Solex, les vélomoteurs Flandria, les scooters Vespa y pétaradent inlassablement avec les Motos Guzzi et les Saroléa, les autos y sont de plus en plus fréquentes. Les General Motor et Ford européennes comme Opel Rekord, Olympia et Capitaine, Vauxhall Victor, Taunus 12M et 15M, Anglia, Prefect, Consul rivalisent avec les Françaises Renault Frégate, 4 CV, Dauphine Ondine et Gordini, et avec les inévitables 2 CV, Traction et DS de Citröen, les Peugeot, les Simca Aronde et Versailles et les drôles de Panhard. Les Allemandes, avec les célèbres Coccinelles de VW, les Mercédès, les DKW et les Borgward Isabella côtoient les Italiennes de Fiat et d'Alfa Roméo et les belles Américaines Kaiser, De Sotto, Cadillac, Chevrolet, Stüdbaker et autres Ford Fairlane, qui brillent de tous leurs chromes face aux Morris, Hillman et Austin, britanniques et austères.

 Parfois, un gigantesque camion de la firme Camerman, déboule dans la rue. C'est un puissant Magirus hurlant qui surgit hors des glaceries et qui siffle en tractant d'énormes bennes de vitres empilées verticalement dans des cadres en bois. La fragilité du chargement contraste avec la sauvagerie de l'attelage qui déclenche un vrai tremblement de terre: cela me terrorise et me fascine à la fois, surtout la chaleur du monstre, son cri de tyrannosaure et son haleine noirâtre et nauséabonde qui s'échappe de sa turbine assourdissante.

 Mais dans tout ce tintamarre, parfois, un trait de silence seulement rompu par la musique des sabots d'un cheval, le grincement de l'aiguisoir circulaire du rémouleur qui travaille au coin tranquille de la rue, assis aux pédales de son établi mobile, ou bien le murmure de deux voisines ménagères qui papotent sur le trottoir mouillé, une brosse dure à la main… 

 A ma gauche en sortant de chez moi, une crémerie tenue par Armand. Les apprenties et les ouvrières de Maman rigolent de ce vieil homme chauve, renfrogné et antipathique aux oreilles décollées et au visage rougeâtre, qui vit seul avec sa mère. Il coupe en tranches du Chester, du Gouda, de l’Edam, à la main et au poids ; il vend du lait et des produits laitiers, des œufs aussi, dont il vérifie un par un le contenu, en les posant sur l’orifice d’une boîte fortement éclairée de l’intérieur et qui, par transparence, authentifie la qualité du produit. Il vend aussi des crèmes glacées de toutes les couleurs. Il fermera son commerce vers la fin des années 50 et la quincaillerie et poêlerie Catena lui succédera dans la place.     

 A ma droite, c’est chez Marcel. Il est coiffeur, bricoleur et pêcheur. Il installe des aquariums partout chez lui. Il vend des poissons rouges qu’on achète parfois. Il s’ingénie à créer un petit étang dans son jardin, tout en béton et rocailles, avec une grotte reconstituée en blocs de pierre et un pont miniature. Entre-temps, il gagne sa vie à couper les cheveux à longueur de journée en écoutant la radio et il fume une cigarette par client. Papa m’a emmené un jour chez lui. Mes boucles blondes sont tombées sur le carrelage comme les volutes de sa Saint-Michel sont grimpées au plafond. Il a dû les suivre jusqu’au ciel. Mais sa boutique est toujours là  quasi intacte.

 Les épiceries ne manquent pas: Coop, à côté de la librairie. Delhaize à côté du coiffeur et Minima plus haut, près du pont. On y trouve tout ce qu’on peut encore chercher maintenant dans nos grandes surfaces. Cependant le café arrive chez nous par les bons soins de la maison Debauche d’Arsimont. Le brasseur, en tablier de cuir, déboule une fois par semaine avec sa charrette hippomobile et descend l’eau pétillante de Spa monopole, la limonade et la bière triple Piedboeuf de Jupille par casiers à la cave. Le dimanche matin, on dépose les sacs de pistolets de la boulangerie-pâtisserie Janse devant les portes des lève-tard et l’on garnit ces petits pains avec le jambon extraordinaire de chez Robert, la boucherie un peu plus haut, pas loin du pont. Il y a bien l’autre boucher Malburny et une autre charcuterie juste en face. Rien à faire, Robert est le meilleur et sa réputation s’étend par toute la ville et au-delà. Quand on ne mange plus de viande, on se rend à la « Poissonnerie Ostendaise » en bord de Sambre et qui sent bon la mer du Nord et la Molignée avec ses cabillauds, ses moules, ses truites et ses homards vivants, emprisonnés dans des aquariums à bulles.      

Décidément rien ne manque : garagiste, encadreur, magasin de cadeaux, cordonnier, bureau de tabac, fleuriste, coiffeur pour dames, électricien (Sommeville), café- magasin d’instruments de musique (Houyoux), boutique de vêtements pour enfants (L’Ange bleu), marchand-mécanicien de vélos (Nivarlet), pharmacien (Wartique), médecin (Docteur Sevrin), professeur (Willy Félix) et édile (M. Sarteel)

Les Photos

Sur cette photo, on découvre la vitrine de l’épicerie Delhaize (N° 39) qui témoigne du retour de l’abondance et du modernisme avec la margarine, les conserves Marie Thumas, les nombreuses bouteilles d’apéritifs et de vins de toutes sortes. On reconnaît, en haut, les flacons renforcés de paille, typiques des vins italiens. Je suis assis sur le trottoir en compagnie de ma voisine Lulu, la fille de la propriétaire de l’épicerie, une dame jolie et souriante. Je la vois encore en train de prendre la photo debout sur la rue, avec son appareil en forme de grande boîte. Lulu et moi jouions très souvent ensemble et nous nous entendions très bien. Lulu était douce et absolument charmante. Dans mon cœur, elle reste ma première petite amie. Nous tenons des seaux de plage en fer blanc coloré, c’est le printemps 1952, j’ai deux ans et je vais sans doute bientôt partir en vacances à la mer avec mes parents.  

Au centre, mon grand-père maternel Camille Ducoffre. Je ne sais pas qui me tient la main droite. Peut-être mon autre grand-père Evariste Dumont. Je dois avoir 4 ou 5 ans, sans doute le jour du Lundi de Pâques, vu mon chapeau mexicain. A l’arrière-plan, on distingue très bien la passerelle et le passage à niveau. Derrière à gauche, tout le pâté de maisons actuellement disparu avec le café Dandumont.

Au lointain, la rue Félix Protin qui plonge pour remonter vers le pont de Sambre, avec quelques toitures reconnaissables encore, comme l’atteste la photo ci-contre.



Ci-contre, l’étalage exceptionnel de la boutique Falbalas de Maman, réalisé dans le cadre d’un concours à l’occasion de la braderie de septembre. Il s’agissait, pour tous les commerçants impliqués, d’illustrer une fable de La Fontaine que les visiteurs devaient identifier. Le puits que l’on aperçoit derrière la vitrine avait été construit en bois par M. Jeanlin pour « Le pot de terre et le pot de fer ». 


Au centre de la photo suivante, mon papa Cyril Dumont, dans l’entrée du magasin, avec à sa droite mon grand-père Evariste Dumont et à sa gauche ma petite sœur Martine Dumont, un lundi de Pâques, vraisemblablement en 1955. Mon grand-père, mineur de fond, est décédé en 57 de la silicose. Papa, conseiller communal de Sambreville, est décédé en 1982. Ma sœur, licenciée en philologie romane, est professeur de morale laïque à l’Athénée de Philippeville.

 

En 1955, mon père a photographié du balcon, certains groupes célèbres de la cavalcade, comme ces des vélos complètement fous, vraisemblablement ceux du groupe « Le tour de France sarthois », créé par Rustique Grégoire, bien connu à Auvelais pour son attachement au Communisme soviétique…




                                           les groupes oubliés peut-être..

 



Mais pas les célèbres Chinels de fosses…

Philippe DUMONT. (13 septembre 2008)
rue Franz Pelouse 12  
5170 Bois-de-Villers

philippe_dumont@hotmail.com

Témoignage de Monsieur André ERGO (Septembre 2008)

Le vieux Ponlot.

Nous faisions le chemin de l’école quatre fois par jour, car nous rentrions le midi à Seuris où il y avait toujours quelqu’un à la maison pour nous attendre avec un bol de soupe chaude.

La rue Radache n’avait donc plus de secret pour nous. Elle était d’ailleurs propice à plusieurs leçons de choses pour ceux qui savaient regarder et se poser des questions.

En quittant l’école, sur le trottoir de droite, le plus emprunté, il y avait l’atelier du menuisier Émile Piret, charron à l’occasion, où on pouvait voir parfois et comprendre le cerclage des roues de chariot. Plus loin, au coin de la Jonction Radache, un atelier de menuiserie faisait sécher le long du chemin des arbres entiers débités en planches épaisses séparées par des calles. Nous comprenions mal qu’on puisse sécher le bois en l’exposant à la pluie. Par la porte ouverte de l’atelier, on pouvait voir les ouvriers s’activer autour de raboteuses, de ponceuses, d’un tour ou d’une toupilleuse et d’une scie circulaire. Chacune de ces machines avait un bruit particulier que nous avions appris à reconnaître

Plus loin il y avait, porte grande ouverte, le hall de Remy Bodart, le marchand de pommes de terre avec la bascule, la trieuse et l’ensacheuse. Plus loin encore l’atelier de Camille Falise  dont on ne voyait, du trottoir, que les courroies de transmission car les vitres basses étaient en verre dépoli, mais dont le bruit nous informait si on sciait des tôles ou si on travaillait une pièce au tour et dont les poubelles contenaient de nombreuses spirales métalliques.

À l’autre main, avant la ruelle Evraux, le petit atelier de fabrication de souliers de chez Taulaire nous laissait apprécier les différentes senteurs du cuir et des cirages.

Plus haut, au début de la côte, on pouvait voir, les hangars de l’entrepreneur Schwartz où étaient entreposés des poutrelles, des blocs de béton, des pierres taillées, du sable et des graviers de tous calibres, bref tout ce qui est indispensable pour les constructions.

Mais le lieu magique où nous nous arrêtions souvent au point d’arriver parfois en retard à l’école était l’atelier du vieux Ponlot, au-dessus de la rue Radache, juste avant le jeu de quilles du café des étrangers. Bâtiment bas au toit plat, construit sur un terrain triangulaire en pente. L’habitation était en sous-sol et jouxtait un atelier dont les portes coulissantes étaient toujours grandes ouvertes laissant voir un bric à brac de pièces de moteurs, de roues, de barres de fer, un poste à souder, une petite forge, un compresseur et bien d’autres choses. Le vieux Ponlot savait tout faire à nos yeux, mais ce qui nous impressionnait le plus, c’est lorsqu’il mettait, comme un chevalier, un casque protecteur pour souder et qu’il apparaissait sombre et massif, à contre jour, entouré de milliers de « scrabilles ». Il nous criait alors : « N’faut né rwétî, c’est mwé po les ouyes », et on regardait prudemment à travers nos doigts.

Il nous demandait parfois de l’aider à bouger quelque chose et on était fier de participer à son travail.

Je ne sais plus dans quelle circonstance, François Vervotte, mon copain qui me dépassait d’une tête, avait été travailler un jeudi après-midi dans l’atelier du vieux Ponlot. Nous étions un peu jaloux de ce privilège aussi est-ce sans hésiter que j’acceptai d’aller avec lui le jeudi suivant.

Le vieux Ponlot nous avait installé dans un coin de l’atelier, avec des pièces de moteur à nettoyer. Nous avions pour ce travail des loques et une boîte de conserve remplie d’essence. Le but était d’enlever le cambouis des pièces et  de les rendre propres. On y arrivait mais, il faut bien l’avouer, en mettant du cambouis aussi sur nos vêtements. Quand le travail était fini, on se lavait les mains dans un seau d’eau savonneuse et le vieux Ponlot nous donnait cinq francs pour la peine. On n’était pas plus fier de ce premier argent gagné que de nos mains dont les lignes gardaient une légère trace noire, preuve de notre activité. Preuve qu’on essayait de garder le plus longtemps possible.

C’était autre chose quand on rentrait à la maison et que la maman passait l’inspection des vêtements.

Mais le travail ne se limitait pas au nettoyage, il y avait aussi les réponses à nos questions. Le vieux Ponlot nous montrait le vilebrequin où s’attachent les pistons, l’arbre à cames qui active les soupapes et, si on ne comprenait pas toujours tout, on emmagasinait des mots qui enrichissaient notre vocabulaire et qu’on replaçait parfois, pas toujours à bon escient, dans les rédactions : carter, culasse, bougies, bielle, à l’étonnement amusé de notre instituteur.

La rue Radache éveillait chez nous d’autres intérêts communs à beaucoup de garçons de l’époque. Il y avait dans le denier tournant avant l’école une propriété entourée d’un mur au-dessus duquel, des vieux poiriers généreux tendaient, vers la route, leurs branches garnies de poires bien tentantes. On savait que ce n’était pas bien de marauder mais fort du principe que : tout ce qui pend sur la rue appartient à tout le monde, sans remord, on délestait les poiriers de quelques poires qu’on mangeait rapidement avant d’entrer à l’école. Fort du même principe, je n’ai pas honte d’avouer que je maraudais des pêches, également avec mes camarades, sur le propre pêcher de ma propre maison.

André ERGO. (9 septembre 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Septembre 2008)

La Saint Éloi et la Sainte Barbe à Seuris.

Avec la procession au départ de la chapelle de Saint Sang, les saints les plus fêtés à Seuris étaient Sainte Barbe et Saint Éloi. Rien d’étonnant à cela puisque la majorité des hommes étaient des mineurs ou d’anciens mineurs et une grande partie des autres travaillait dans les ateliers de constructions, dans les fonderies ou dans la métallurgie à Charleroi ou à Châtelet.

Sainte Barbe était la patronne des mineurs qui lui vouaient un culte particulier lequel n’avait pas toujours des motifs cléricaux. Dans toutes les fosses, on trouvait d’ailleurs une statue de la sainte dans une potale (encore un mot de chez nous) creusée dans la pierre dès l’entrée des galeries, où elle était souvent fleurie. La statue les accueillait à l’entrée et était la dernière à les voir remonter.

C’était la même chose pour la statue de St. Éloi qui, elle, se trouvait généralement en hauteur comme si elle surveillait l’atelier. Si tous les corps de métier avaient leur saint, tradition datant du Moyen-Âge, Saint Éloi et Sainte Barbe étaient de loin les plus fêtés.

Les femmes de Seuris voyaient d’ailleurs arriver ces deux fêtes avec quelque crainte car il faut dire que leurs maris ou leurs fils ne fêtaient pas ces saints là à l’eau bénite mais plutôt à la cuvée spéciale de Chassart, un pèket dévastateur qui ne ressemblait à l’eau que par la couleur. Cela faisait surtout des ravages chez ceux qui n’avaient pas l’habitude de boire. Ceux-là remontaient du Centre en mesurant toute la largeur des trottoirs, et quand ils avaient la volonté de dépasser le café des Écoles, puis la Maison du Peuple et le café qui lui faisait face, ils étaient à peu près certains de rentrer directement à la maison. Il y avait ceux qui essayaient de marcher droit en s’alignant sur les façades des maisons sur lesquelles ils se cognaient parfois, d’autres marmonnaient des espèces de litanies qui n’avaient leur place dans aucun missel, d’autres prenaient les passants à témoin, surtout les femmes et les jeunes filles qui, effrayées avaient changé de trottoir.

Mais Sainte Barbe ou Saint Éloi les ramenaient toujours à la maison, où leur femme rassurée, leur avait préparé du fort café et les mettait au lit, comme des enfants, sans les gronder.

Et le lendemain, quand ils se levaient la bouche pâteuse et le regard perdu, les dix tartines de leur « miche » se trouvaient déjà sur la table avec une omelette de quelques œufs cuite autour de plusieurs tranches de lard; leur bidon était rempli d’un café bouillant encore plus mordant que celui de la veille et leur femme leur demandait avec un petit sourire en coin : «  ça a stî l’ Sainte Baube ? »

L’histoire qui suit est véridique  mais je ne sais plus si elle se passe dans notre quartier. Le jour d’une Saint Éloi fort arrosée, le vicaire Philippot rencontre une de ses connaissances qui en tenait une carabinée et qui essayait de rentrer chez lui, malgré des genoux qui ne le tenaient plus debout. Le vicaire (en soutane à l’époque) décida d’aider l’homme en le soutenant sous le bras et le reconduisit chez lui en essayant tant bien que mal de réduire les titubations du bonhomme. Et bien, figurez-vous qu’une pieuse bigotte, « racusette » invétérée, scandalisée par la scène et baignée de charité chrétienne, alla chez le doyen Baugnée l’informer que son vicaire et un poivrot étaient, la veille, saouls comme des Polonais. Cette langue de vipère ne savait pas que le vicaire ne buvait pas, car il avait une sérieuse maladie du foie.

Je pense qu’au Paradis, s’il existe et si elle y est, elle aura eu des comptes à rendre à Saint Éloi.

André ERGO. (9 septembre 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur Gérard Hu  (Août 2008)

Bonjour Monsieur,

Président de l'Association Voiles du Soissonnais dans le département de l'Aisne près de Soissons, je recherche les coordonnées de l'entreprise BOREUX d'Auvelais qui a construit une vedette fluviale en acier Safari 31 en 1976. Nous avons acheté dernièrement ce bateau et nous souhaiterions avoir plus de précision sur sa construction.
Je vous remercie à l'avance.

Félicitations pour votre site.
Bien cordialement

Gérard HU (24 août 2008)
Président de l'Association Voiles du Soissonnais" Base nautique
02200 Pommiers
gerard.hu@orange.fr
http://asso.ffv.fr/av-soissonnais

Témoignage de Monsieur André ERGO (Août 2008)

Seuris et les bandes de garçons.

En écrivant ces lignes, j’ai une pensée émue pour François Vervotte, Edgard Vassart, Roger Fichefet, Jean Marie Bauloye, Maurice Istasse, Roland Pietquin, Willy et Fernand Warichet, Marcel Rigaux, Gino Parisi, Nestor Laviolette, Hector Bruyère, René Wauthelet, Lucien Noël et quelques autres, dont beaucoup sont hélas déjà disparus, et aussi pour les deux terriers bâtards Milou et Moli qui nous suivaient partout et partageaient nos jeux et nos expéditions  Cette bande a vécu de 1944 à 1948.

Entre neuf et douze ans, la plupart des garçons de Seuris vivaient leurs jeux et leurs temps libres en bande. Cela n’avait rien à voir avec les bandes d’adolescents qu’on peut observer aujourd’hui mais il existait quand même une hiérarchie entre les gamins, basée sur l’âge, la force et l’audace. Il y avait des épreuves non formelles mais qu’il était bon d’avoir surmonté comme le saut du mur de la petite école dans le bac à sable blanc qui se trouvait au pied; comme le saut du muret au bout de la rue du Progrès pour atterrir dans le pré en contrebas en ayant passé 80 cm de vide et une clôture de fils barbelés ou comme la fabrication d’un sifflet au départ d’une branche de sureau et même d’une fronde qu’on appelait « catapulte », ou la capacité de siffler avec une herbe entre les deux pouces pour annoncer sa présence.

La bande constituée n’excédait pas six ou sept garçons, pas toujours les mêmes, ce qui avait pour conséquence que les garçons d’une même classe d’âge se connaissaient tous. La réunion de la bande n’était pas programmée, elle se faisait au hasard des rencontres et des temps libres de chacun, ou du projet d’un leader : construire une cabane, un barrage, aller à la pêche, mener une expédition dans un autre quartier ou vers le terril de la fosse de Falisolle, derrière le bois de Chère-Voie, parce que c’était interdit à cause des évacuations d’eau, canalisées et profondes, qui passaient par là pour rejoindre la Sambre.

Il fallait pouvoir s’alimenter en cours de route et donc apprendre ce qui pouvait être consommé sur le terrain. Le bois de Chère-Voie était riche de quelques noisetiers dont on connaissait l’emplacement et d’un merisier (cerisier sauvage) dans sa partie basse lequel nous offrait des fruits à la saison comme d’ailleurs quelques rares fraisiers des bois qu’on pouvait trouver à cet endroit. Avec les mûres au bord des routes et des sentiers, dont on ne cueillait que celles situées sur le dessus des plantes en négligeant (conseil des plus vieux) les plus grosses au raz du sol, … sur lesquelles les chiens vont pisser !  On retrouvait aussi les mûres sur la ligne de crête du plateau de Seuris, entre la fosse de la Grippelotte et le chemin de fer venant de Falisolle où on pouvait aussi trouver du prunellier arrivé là probablement grâce aux oiseaux, mais aussi, pas loin d’une maisonnette accrochée au flanc du coteau, une ou deux aubépines dont on mangeait également les fruits farineux qu’on appelait, je ne sais pourquoi, des « pèpêches », et qu’il ne fallait pas confondre avec le fruit de l’épine vinette, qui leur ressemblait beaucoup, qu’on consommait également mais qui était acide comme un citron. Les chemins d’expédition passaient toujours à proximité de ces endroits.

Arrivé au talus du chemin de fer, la progression se faisait à l’abri des regards, en file indienne, à travers les genêts du remblai. En bordure des champs, sur les trottoirs non entretenus, on trouvait aussi deux dernières plantes comestibles, l’oseille sauvage, sûre, et la mauve qui donnait, juste après la floraison, un calice charnu de peu de goût, qu’on appelait du « bebeurre ». Au même endroit, on trouvait également de la grande bardane dont les capitules globuleux (appelés chez nous boutons de soudards) sont garnis de bractées crochues qu’on utilisait comme projectiles dans des bagarres épiques et sans danger, car ils s’attachaient à merveille aux vêtements de laine, marquant de manière non discutable les points d’impacts. Ils servaient aussi à taquiner les filles dont on visait alors les cheveux.

Dans les orées du bois, aux espaces plus éclairés, on pouvait faire provision de graines d’églantier qu’on appelle « grette culs » succédanés de poil à gratter et qui servaient aux mêmes usages.

La plupart des garçons coupaient des jeunes pousses de charme pour en faire un bâton de marche. Chaque bâton était personnalisé par des découpes au canif dans l’écorce. On y gravait généralement nos initiales entourées de dessins dus à l’imagination personnelle. Chaque membre se devait d’avoir sa propre catapulte et les corneilles et les pies ont souvent fait l’objet d’un « canardage » en règle avec, il faut l’avouer avec humilité, très peu d’impacts.

Généralement, après douze ans, à la fin de l’école primaire, les garçons avaient d’autres motivations que celles de la bande. Les plus jeunes prenaient du galon, accueillaient de nouveaux garçons moins âgés auxquels ils transmettaient les connaissances acquises ou les contraintes; et la bande se perpétuait

C’est dans la bande également qu’au moment venu on creusait des betteraves rouges si possible mais aussi sucrières,  jusqu’à ne laisser qu’une très fine peau, dans laquelle on taillait des yeux, un nez et une bouche laquelle était garnie de bouts d’allumettes ou d’hampes de plumes de poule en guise de dents. Un morceau de bougie allumée à l’intérieur; deux bâtons en croix, dont le plus long fixé dans la betterave, étaient recouverts de friperie et  permettaient de fêter des Halloween  non coûteux et pleins de fantaisie, bien avant la lettre et le battage médiatique des Américains et des commerçants.

Les gamins de SEURIS et les collections.

Faire des collections est un passe-temps qui peut être hautement culturel. Les garçons de Seuris n’ont pas échappé à cette manie et beaucoup se sont essayés à plusieurs types de collections avant de se concentrer sur une seule, les autres tentatives faisant l’objet d’échanges et de marchandages au profit de la collection choisie définitivement.

Tout était objet de collection, même les choses les plus farfelues comme les cartons de bière, les capsules de bouteilles, les bagues de cigares ou les boites d’allumettes. Plus tard certains collectionneurs en herbe passaient à des choses plus sérieuses comme les timbres postes ou les pièces de monnaie.

Les firmes agroalimentaires  avaient très vite compris l’intérêt de cette pratique comme stimulant des ventes et de nombreuses collections d’images, puis de photos en couleur ont vu le jour chez les fabricants de chocolat et même chez les marques de café. Mais ces collections de chromos ont commencé, de suite après la guerre, dans les chewing gums (les chiques) amenés par les Américains, dans lesquels on pouvait trouver, sous forme réduite, les photos en noir et blanc des stars américaines du moment, hommes et femmes, qui faisaient surtout le délice des petites filles.

Les collections d’origine belge étaient beaucoup plus éducatives : le chocolat Jacques avait mis en place une belle collection intitulée Notre Congo pour laquelle il était possible d’obtenir un album. Le chocolat Côte d’Or quant à lui avait lancé plusieurs collections de photos en couleurs sur les thèmes Faunaflor, Faunaflor Congo, Faunaflor aquatic et Antartic qui ont permis à beaucoup d’enfants du quartier de faire des voyages au loin sans se déplacer et de pouvoir mettre des noms sur certains animaux entrevus au cours des voyages scolaires incontournables au zoo d’Anvers ou au Musée de Tervueren.

Avant la guerre, quand ces collections n’existaient pas, on pouvait acheter dans un petit magasin en face de la maison du peuple, rue de Falisolle, des pages d’images dessinées en couleurs, sur des sujets précis, images aux coins arrondis, dont le but était d’illustrer les cahiers. Ces pages étaient manifestement  destinées à des élèves de plusieurs pays et nationalités car les légendes y étaient écrites en plusieurs langues :

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Le singe cynocéphale (du grec kynoképhalos, de Kynos : chien et de Képhalê : tête, explication qu’on retrouve
dans les noms  d’origine germanique)

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De hondskopaap

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The dog-headed monkey

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Der hundsköpfiger Affe

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El mono cynocefalo

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La scimmia cinicefala

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O maccaco cinocefalo,

ce qui avait pour avantage de préfigurer l’Europe et d’apprendre, en s’amusant et en s’instruisant, les langues et l’origine des mots.

La firme des cafés La Créole de Marcinelle avait imaginé une collection intéressante et touristico-géographique en présentant des images photos couleur de cathédrales et de châteaux, des clochers et des tours ainsi que des vieilles pierres. On pouvait s’évader ainsi, en esprit, dans les châteaux de la Loire ou sur les sites mégalithiques d’Irlande et de Bretagne.

Les conversations entre les échangeurs d’images devenaient hermétiques pour un public non averti : « Je te donne une sauge écarlate et un flamboyant  pour le Camara corbeille d’or »! Ce qui voulait dire je te donne les images 75 et  23 pour la 43 ! On mémorisait des noms et des images car la plupart des garçons avaient une bonne mémoire visuelle ce qui nous permet aujourd’hui de paraître intelligents et de répondre aux questions de nos petits enfants.

C’est quoi papy cet oiseau-là ? (vu à la télé ou à Paradisio) : c’est un serpentaire car sur ses longues pattes il attrape les serpents sans danger. Et celui-là ? : c’est un tisserin, regarde comme il « tisse » son nid ! Les collections nous apprenaient beaucoup de choses.

Les collections développaient également le sens des classements, des contrôles et des inventaires et aussi la pratique du marchandage, du troc et des contacts humains. Plus tard d’autres collections d’images ont été créées notamment par les produits Liebig, par les points Artis et par Historia et bien d’autres.

Ainsi les matières les plus boudées des études primaires, la biologie, l’histoire et la géographie étaient illustrées par les collections et, comme pour l’informatique aujourd’hui, certains élèves étonnaient leurs maîtres par leurs connaissances à ce sujet.

Il y avait également chez les garçons d’autres pratiques bizarres, difficilement explicables, comme celle du comptage des chapeaux de paille (encore nombreux à l’époque), comptage qui correspondait à un rite précis : on mouillait le bout du pouce droit avec la langue, on appliquait ce pouce sur la paume de la main gauche qu’on frappait ensuite du poing droit, comme si on voulait enregistrer le comptage en le cachetant. Comptage cumulatif qui permettait (d’après la rumeur) de découvrir quelque chose d’intéressant  lorsque le compteur arrivait à la centaine. Une application sous forme de jeu du proverbe « qui cherche, trouve ». Et, l’attention aux aguets, on trouvait parfois une pièce de cinq francs, un vieux canif, un vieil outil démarqué, ce qui vérifiait la promesse et incitait les gamins à recommencer un nouveau comptage.  On classait alors ce trésor dans une vieille boîte à chaussure qu’on cachait dans un endroit connu de nous seul et parfois les objets du trésor faisaient aussi l’objet d’échanges fructueux.

Les filles avaient un jeu similaire en comptabilisant, de la même manière, les chevaux blancs ce qui, après un certain nombre leur donnait la garantie de faire une rencontre galante. N’ont-elles pas toujours été plus romantiques ?

André ERGO. (20 août 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Août 2008)

La vie à Seuris avant la télé, le plastic et l’informatique.

Les personnes nées après la guerre imaginent mal  qu’on puisse vivre sans ces attributs de la vie moderne. Et pourtant, à la naissance du quartier de Seuris, rien de tout cela n’existait. Mais comment vivait-on alors ?

Je vais essayer de peindre la vie familiale à l’époque en précisant toutefois que ce dont je vais parler ne se limitait pas au quartier de Seuris; mais c’est là que j’ai pu l’observer.

            Les pampers n’existaient pas, le rôle de ceux-ci était tenu par des pièces carrées de tissu absorbant qu’on appelait d’un beau mot de chez nous d’origine celtique, les braies. Les braies se pliaient en deux sous forme de triangle, la grosse pointe passant entre les jambes, sur laquelle on rabattait les deux pointes latérales, l’ensemble étant tenu par une épingle de sûreté. Cela faisait une petite culotte que les mamans lavaient chaque fois que c’était nécessaire. Si le bébé n’allait pas bien à selle, on fabriquait une espèce de suppositoire avec un bout de savon de Marseille qui, placé où il fallait, était rapidement rejeté par le nourrisson. Dans les cas plus préoccupants, une poire en caoutchouc et de l’huile faisaient l’affaire. Aujourd’hui on mettrait les parents au tribunal pour des pratiques pareilles. Cela ne coûtait pratiquement rien et cela marchait.

            Le contact physique avec la maman durait  très longtemps. Peu de mamans travaillaient et celles qui travaillaient le faisaient souvent à temps partiel. Pas question de mettre les petits dans des garderies ou des nurseries, cela n’existait pas; tout au plus les mettait-on chez la grand’mère si elle habitait tout près, et celle-ci utilisait les mêmes pratiques, celles apprises à sa fille. Il n’y avait pas non plus toutes ces nourritures en petits pots, coûteuses, scienti-fiquement préparées, supposées fabriquer des athlètes et des génies. Des fruits de saison pour de la panade, de la farine lactée Nestlé (déjà), des biberons préparés avec du lait de ferme bouilli fabriquaient une ossature solide chez les enfants; en fait, je n’ai pas souvenance de fractures chez aucun de mes copains. Au demeurant, lorsque le lait « tournait » durant les journées lourdes et chaudes de l’été, on ne le jetait pas, on le versait dans un essuie de vaisselle qui, noué par une petite corde était pendu dehors, au fil à pendre les linges. Lorsque l’essuie était sec, on le dépendait et à l’intérieur on avait un délicieux fromage blanc crémeux, qui, retravaillé avec du poivre et du sel était un délice si on pouvait le manger avec des radis, ou étendu sur une tartine grillée ou même sucré à la cassonade.

            La présence permanente de la maman était comme un cordon ombilical fictif qui était seulement coupé au moment de rejoindre l’école gardienne. Rupture pénible pour certains. À ce moment là, le contact changeait, il y avait au départ vers l’école la caresse dans les cheveux du gamin pour redresser une mèche rebelle, ou le lissage de la robe de la petite fille pour que les plis tombent bien. On n’était pas riche à Seuris mais on avait sa fierté. Au retour, le bol de lait et les tartines étaient toujours prêts sur la table; on était attendu.

            J’ai parlé plus haut des lessives. N’allez pas croire qu’il y avait des machines à laver à programmes, automatiques dans les maisons et qu’on était suffisamment riche pour mettre son linge aux rares lavoirs. Rares d’ailleurs étaient les maisons où il y avait  une machine activée à la main, plus rares encore une machine à moteur électrique. Chez la plupart, le linge se lavait dans une grande bassine en zinc dans laquelle une planche à rainures remplaçait la pierre des lavandières.

Les machines qui existaient étaient fabriquées en bois, comme les tonneaux avec, au centre, trois bras qui malaxaient le linge et qui étaient activés soit par les bras de la maman, soit par un moteur. C’est seulement bien après la guerre que les premières petites machines électriques Hoover sont apparues en même temps que les premiers aspirateurs. Avant cela c’était le règne des brosses dont les poils étaient fait de fibres naturelles.

            Le vendredi était le jour où les brosses s’activaient, c’était le grand nettoyage de toutes les maisons, le jour des serpillières, des seaux en tôle étamée, des peaux de chamois (des vraies) et des loques à poussière coupées dans une vieille robe de la maman ou dans un vieux singlet du papa. Tout était recyclé naturellement sans qu’il y ait besoin d’inciter les gens à le faire. Les vieilles loques à poussière finissaient leur vie dans la remise, près des outils du jardin. Elles servaient à graisser les outils après l’usage, puis elles passaient finalement, irrécupérables, à la poubelle.

            Parlons des poubelles. Comme on jetait peu, il y avait peu de poubelle dont les cendres du feu constituaient le principal contenu, et encore, comme le charbon, unique moyen de chauffage, était excellent dans la région, il laissait relativement peu de cendrées. Certains les récupéraient même pour le jardin, après les avoir tamisées et n’évacuaient que le machefer qu’on appellait « crayats » chez nous. Les chutes de légumes allaient aux animaux de basse cour ou aux lapins, les inutilisables allaient dans le fumier au bout du jardin. Les journaux après lecture servaient d’allume feu, parfois d’emballage, avant d’être ramassés et recyclés par les papeteries. Comme le plastique n’existait pas de nombreux emballages, dans les magasins du quartier, étaient fait de papier journal, il n’y avait que la viande, la charcuterie et le beurre qui bénéficiaient d’un papier spécial, mais sans plastic comme aujourd’hui. De quoi faire frémir le monde aseptisé dans lequel on vit maintenant.

            Les journaux pour enfants étaient conservés précieusement numéro par numéro. Il y en avait deux pour les garçons pendant la guerre, SPIROU et BRAVO et un plus particulièrement pour les filles LISETTE. Les mamans étaient abonnées à Femmes d’Aujourd’hui ou au Petit Echo de la Mode où elles trouvaient les modèles de pulls pour les enfants.

Les jouets étaient sommaires et bien souvent imaginés et construits par les garçons eux-mêmes.

Je me souviens particulièrement d’un pistolet à élastique construit avec un bout de bois, une boite d’allumettes et une pince à linge en bois comme dans le dessin  ci-dessus. La portée du tir dépendait de la longueur du bois et de la tension que l’on donnait à l’élastique. L’ouverture de la pince à linge déclenchait le départ du projectile, sans danger (l’élastique).

On fabriquait des arcs et des flèches, des épées (un bout de bois et une boite de conserve adroitement découpée), des coiffes d’indien (une bande de carton ondulé qu’on décorait de dessins et dans les trous de laquelle on plantait des plumes de poule); les jouets achetés les plus courants étaient les billes (en verre ou en terre cuite; ces dernières servaient de paiement dans les jeux lorsqu’on perdait), des petits soldats de plomb (en plâtre !), une balle.

Les garçons construisaient aussi des pétards à bon marché comme dans le dessin ci-contre. La poudre utili-sée (en noir sur la coupe) était de la poudre d’allumette. Celle-ci était serrée entre les deux tiges filetées qui se rejoignaient dans un seul écrou. Lancé en l’air, ce projectile explosait lorsqu’il tombait sur la tête d’une des tige; parfois dangereusement lorsqu’une des tiges était mal introduite dans l’écrou.


Comme il n’y avait pas de TV, il n’y avait pas de raison de se coucher tard, ce qui ne veut pas dire qu’on dormait de suite, mais en principe, on se reposait nettement plus qu’aujourd’hui et je pense qu’on lisait beaucoup plus également.

            Comme il n’y avait pas d’auto, on apprenait très vite à aller seul à l’école; mais vers 16 heures, les instituteurs nous ramenaient, en rang, dans les différents quartiers. C’était valable pour les garçons mais pas pour les filles qui rentraient d’ailleurs à la maison quelques minutes avant les garçons, mais qui les attendaient parfois lorsque les rangs étaient disloqués. On avait école six jours par semaine; un demi-jour de congé le jeudi et une heure en moins le samedi, soit 32 heures par semaine. Dans une mallette, qui servait bien souvent durant les 6 années de primaires, on trouvait un plumier en bois au couvercle coulissant, avec un crayon, une plume ballon et une touche pour écrire sur l’indispensable ardoise en carton, le journal de classe, les livres peu nombreux et les cahiers recouverts soigneusement de papier uni, bleu, rouge ou vert et munis d’une étiquette rectangulaire écornée à chaque coin.. Toutes les semaines, on recevait un bulletin que les parents devaient signer, où était côté le travail de la semaine (devoirs et leçons) mais aussi la politesse, l’ordre et la tenue, l’assiduité et les remarques éventuelles de l’instituteur parfois pleines d’humour. On y trouvait aussi le règlement de l’école et les points des examens trimestriels. Plus tard, lorsqu’on faisait des études, il n’était pas question d’avoir des calculettes (elles n’existaient pas), mais on avait des règles à calcul qui facilitaient la tâche de ceux … qui savaient s’en servir.

Il n’y avait pas de comité de parents dans les écoles comme aujourd’hui; on laissait les enseignants faire leur travail à leur gré et à leur rythme et cela donnait de bons résultats. Il arrivait même que les papas doublent une punition méritée infligée par le « maître » d’école.

            La seule musique qu’on pouvait entendre était celle de la radio (chez les gens qui en possédaient une). Certains possédaient aussi des phonos qui, avant la guerre, marchaient avec un ressort et qu’il fallait remonter à la manivelle, sur lesquels on pouvait écouter des disques de 98 tours. Musique étonnante parfois lorsque le ressort se détendait progressivement et que la voix de la chanteuse devenait grave comme celle d’un homme, avant de mourir dans un gargouillement incompréhensible.

            Les habits des garçons étaient aussi très différents de ceux d’aujourd’hui. Tout d’abord, on portait des culottes courtes pratiquement jusqu’à la communion solennelle; été comme hiver. Pas de blue jeans, d’anorak ni de cawé mais de gros pulls, des moufles, une écharpe au besoin et un passe montagne tricotés par la maman, faisaient l’affaire et fabriquaient des enfants résistant au froid. Pour la communion on descendait au magasin Jeanne d’Arc faire tailler un beau costume sur mesure, avec la première culotte golfe bien souvent. La première culotte d’homme venait encore plus tard, quand on allait voir les filles.

On ne chauffait dans la maison que la pièce où on vivait. Il n’y avait pas de chauffage central et on dormait dans des chambres non chauffées que la maman s’empressait d’aérer dès qu’on était parti à l’école. Juste le contraire de ce qui est pratiqué aujourd’hui où on calfeutre tout, où on favorise l’apparition de moisissures et où on collectionne les allergies de toutes sortes.

            Les congés payés ont été créés l’année où je suis né, mais je ne me souviens pas avoir eu des camarades dont les parents allaient à la mer à cette occasion. Les congés payés, pour les papas de Seuris, se passaient souvent à bricoler à la maison : mettre en couleurs, maçonner une annexe, réparer un toit, aménager le jardin, retapisser  une pièce ou une chambre, etc. On voyageait peu à l’époque sinon pour aller visiter de la famille, des oncles ou des grands parents habitant encore à la campagne. Expéditions toujours programmées en train et parfois en tram à vapeur qui sillonnaient tout le pays et qui n’allaient pas vite pour qu’on puisse jouir du paysage. Les voitures d’alors étaient construites en bois et la locomotive à vapeur fumant de tous côtés, était  impressionnante au démarrage, quand elle patinait sur les rails où quand les chauffeurs, noirs comme des africains, se penchaient pour voir si le garde avait terminé de mettre les loquets aux portières. On entendait de loin le train qui haletait en laissant derrière lui un panache de fumée blanche généralement et noire lorsqu’on chargeait la chaudière. Les gamins de Seuris qui jouaient près de Chère-voie, couraient alors sur le pont pour être pris dans la fumée et sentir ainsi, le reste de la journée, une odeur de vacance.

André ERGO. (8 août 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Mai 2008)

La maison parentale à Seuris

             Dans le cas de notre maison, on aurait dû dire la maison maternelle, puisqu’elle était née surtout de la volonté de ma mère. Elle n’est devenue la maison paternelle que plus tard, après que mon père se soit investi dans des travaux d’embellissement ou d’utilité. Je ne suis pas sûr qu’elle ait été l’œuvre d’un architecte et j’ai même connu le maçon qui l’a construite au départ  de croquis précis d’un dessinateur coaché par ma mère. Celle-ci souhaitait une maison isolée (une quatre façades), voilà pourquoi le choix de mes parents s’était porté sur une parcelle, à la jonction de la rue Seuris et de l’avenue du cimetière, qui correspondait à leur désir. Les plans de lotissement du quartier étaient d’ailleurs déposés chez nous.

            La maison était construite parallèlement à ces deux rues, mais en retrait, avec l’entrée principale sur l’avenue du cimetière. Le long de la rue Seuris, deux mètres de terrain bordés par un muret la séparaient du trottoir mais sur l’avenue du cimetière le retrait était plus important et laissait un trottoir herbeux de trois mètres au moins. Un haut mur, en dalles de béton protégeait notre jardin des vents du nord et marquait la limite du trottoir. Devant la porte d’entrée, une avant-cour entourée également d’un muret tronquait avec bonheur l’angle formé par les deux rues et bordait une petite loggia, dernière coquetterie de l’imagination maternelle.

L’avant cour de notre maison était la seule du quartier qui possédait deux arbres, des Acer panachés qui, l’été, cachaient toute la façade Deux pilastres, soutenant chacune des barrières ajourées toujours fermées, séparaient l’avant cour de la rue et s’appuyaient sur le muret qui entourait la propriété, auquel s’adossait une haie de troènes, taillée au cordeau par mon père, géométrique et impénétrable. Une balustrade construite également par mon père, nous empêchait de courir dans les parterres où poussaient des Wegelias d’un vert tendre aux fleurs roses odorantes et quelques rhododendrons exotiques. Le long de la rue Seuris, surplombant la haie en s’écartant du mur de la maison couvert d’une vigne vierge, alignées, quatre espèces de lilas blancs, bleu ciel et violets, simples ou doubles, étaient flanqués d’un Viburnum boule-de-neige. Par ci par là dans les parterres, poussaient des petits massifs de phlox bigarrés dont on arrachait en cachette les fleurs pour sucer la base du calice qui était sucrée.

Mais le domaine sacré de mon père était le jardin dans lequel il passait la plus grande partie de son temps libre et de ses congés. Celui-ci avait été divisé en quatre parcelles inégales accessibles par des sentiers pavés et reliés au système d’évacuation des eaux de pluie par deux crapaudines judicieusement placées. Tous les murs disponibles avaient été utilisés pour y adosser quatre variétés de poiriers taillés en espaliers qui nous gratifiaient jusqu’au nouvel an de nombreuses poires succulentes aux noms mystérieux : Conférence, Durondeau, Beurré Hardy et Doyenné du Comice. Mais ce n’était pas les seuls fruits, de grosses pêches Amsden hâtives, à chair blanche juteuse nous annonçaient le mois de juillet; plantés en bordure, des fraisiers de plusieurs espèces parmi lesquelles nous préférions les petites fraises des bois surettes et permanentes, des cassissiers, des groseilliers aussi, à épines ou à grappes rouges avec lesquelles, en les pressant, ma mère faisait mystérieusement une délicieuse gelée à froid, sans la cuire.

La grande fierté de mon père était la cinquantaine d’espèces de rosiers hautes tiges qu’il avait greffés lui-même, sur des églantiers sauvages qu’un de mes oncles lui amenait de la vallée de la Molignée. L’opération se préparait de longue date et débutait, l’hiver, par la fabrication des tuteurs de chêne qu’il allait acheter à la scierie Gabriel de la rue Saint Sang. Il rabotait d’abord les 4 angles pour en faire des huit faces, affinait la base jusqu’à obtenir une pointe qu’il passait au minium pour qu’elle ne pourrisse pas puis peignait le reste du tuteur en vert, sauf les quinze derniers centimètres qui avaient droit à une couche de couleur blanche. Au printemps, chaque églantier aligné au cordeau avait droit à son tuteur, planté exactement à la même hauteur, aussi vertical que possible. L’opération du greffage se faisait à l’aide d’un canif spécial dont une des lames était en corne. À la même hauteur, sur chaque tige, il pratiquait avec grande précaution deux incisions en « T » puis soulevait l’écorce, avec sa lame spéciale, à l’intersection des incisions, en mettant à nu une fine pellicule transparente, qu’il ne fallait jamais toucher, m’expliquait-il. Il prélevait alors, avec son canif, un bourgeon dormant sur tige de rosier ramenée de ses voyages dans la région ou de chez Lepas à la rue de Falisolle, enlevait le bois aoûté qui adhérait encore au greffon et plaçait celui-ci dans l’entaille faite dans l’églantier, puis rabattait l’écorce sur le greffon et maintenait le tout au moyen de raphia acheté chez un fleuriste. Et l’attente commençait; chaque jour on allait voir si le bourgeon dormant s’était réveillé et lorsque la greffe était prise, mon père coupait le morceau d’églantier qui surmontait celle-ci et auquel il avait laissé quelques feuilles, dont le rôle était, m’expliquait-il, d’attirer la sève.

À la jonction de deux sentiers il avait construit une gloriette pour soutenir un rosier grimpant généreux et prolifique qui portait un nom de femme et des centaines de fleurs; le sentier qui y conduisait était bordé d’un côté d’œillets blancs doubles et de l’autre de plantes grasses à fleurs roses si fines qu’on les avait appelées désespoir de peintre.

Le jardin proprement dit, qui n’était pas grand, était utilisé de manière intensive et avait droit, tous les quatre à cinq ans, à une charretée de fumier de ferme que mon père faisait venir à la sortie de l’hiver, avant la période de bêchage. Pour fumer la terre, les autres années, il utilisait, le contenu d’un fumier qu’il avait construit en béton, auquel était jointe une fosse à purin recouverte d’une dalle. À côté du fumier et bénéficiant de la chaleur dégagée par celui-ci, une couche sous châssis vitré était destinée aux semis hâtifs des plantes à repiquer. 

Le jardin de mon père était tout un cours pratique d’horticulture.

Les femmes de la famille pouvaient y cueillir des fleurs, et ne s’en privaient pas, mais elles ne pouvaient pas entrer dans les parcelles de légumes car, m’expliquait-il en rattrapant son wallon : « Elles pestèlenut pat’tavau tot ». Elles piétinent à travers tout !

Je suis presque né dans le jardin, en pleine guerre d’Espagne, dix jours avant l’été, dans la dernière pièce du rez-de-chaussée où la fenêtre était entr’ouverte car il faisait déjà chaud. À la gloriette du jardin, le rosier Caroline Testou, envahissant, était tout en fleurs; dans le parterre jouxtant la maison, un seringa embaumait tous les environs et deux tourterelles blanches  roucoulaient dans un colombier sur pilotis construit par mon père.

À Seuris, ce n’était pas impossible de naître au paradis !

Je suis le seul de ma famille à être né dans cette maison et mon père est le seul à y être décédé, mais elle aurait beaucoup de bons souvenirs à raconter, le mariage de mes sœurs, les fêtes de Noêl en famille, et les nombreuses vacances des petits enfants de mes parents jusqu’au départ de ma mère à l’âge de nonante ans, celle qui l’avait voulue et imaginée.

Aujourd’hui, que je suis moi-même un homme âgé, c’est toujours dans mon propre jardin que je pense à mon père, en tondant la pelouse ou en taillant les quelques rosiers chétifs dont il ne serait pas très fier. J’imagine même qu’il me parle : «  Po z’awè des craus porias faut mèt del nouv’ancenne »! Pour avoir de gros poireaux il faut mettre du nouveau fumier !

Et je me suis déjà surpris à répondre à haute voix : « Oyi, pa »!

André ERGO. (15 mai 2008)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur Raoul BROSTEAUX (Novembre 2007)

Bonjour André
 
Tu parlais dans une de tes rubriques des "petits métiers" d'Auvelais; en annexe une photo d'un couteau
en ma possession et qui vient sans doute de mes grands-parents maternels, il y est gravé L. Berthet - Auvelais;
il devrait donc y avoir eu un coutelier à Auvelais ?

Amitié

Raoul Brosteaux
(23 novembre 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

ma226238@skynet.be

Réponse de Monsieur André ERGO (Novembre 2007)

Bonsoir Raoul,

C'est évident qu'il y a eu des petits métiers de ce genre à côté des grosses usines à Auvelais, à Seuris il y avait Jules Marchand sur la place Joseph Wauters. Quand nous étions jeunes, il y avait en face de l'ancienne maison communale un maréchal-ferrant et dans la même rue, à la hauteur du monument et du côté de l'hôtel de ville je me souviens d'une inscription sur le pignon d'une maison où on pouvait lire  Fabrique de biscottes, mais celle-ci était déjà disparue. Il y avait aussi le moulin, au fond de la rue de la Bruyère, sur la Biesme  qui devait être là depuis longtemps et avoir une belle histoire; et le long de la Sambre en face de l'écluse disparue on pouvait lire sur une maison Écurie pour douze chevaux qui devait être un endroit de relais pour les chevaux qui tiraient les chalands lorsque ceux-ci n'avaient pas de moteur et que la Sambre était à un tirant d'eau différent de celui d'aujourd'hui. Sur l'école des soeurs, dans la rue du Pont-à-Biesme, on ne cachait pas que cela avait été un hospice, ce qui sous-entend que la commune avait déjà une certaine importance  Mais pour retrouver toutes ces petites particularités du passé, il faudrait le faire quartier par quartier.

Pour le couteau, il n'est pas impossible que ce soit quelqu'un descendu de Gembloux (ce n'est pas si loin) la cité des couteliers pour venir s'établir à Auvelais, gros centre industriel.

Quand nous étions jeunes, il n'y avait qu'un seul hôtel -restaurant à Auvelais, chez Fays (les parents de Jean Fays), près du passage à niveau et lorsque mon père a été transféré à Auvelais, les directeurs du charbonnage et de la glacerie venaient encore à la messe le dimanche ... en carosse. Sur trois générations d'Auvelaisiens, la vie de la cité a été complètement changée et cela ne remonte pas à 100 ans.

 
Amitiés.   ABE

André ERGO. (23 novembre 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Octobre 2007)

Us et coutumes à Seuris.

Avant la guerre, on ne voyait pas souvent le médecin à Seuris et les bobos quotidiens étaient bien souvent soignés avec les moyens du bord. C’était probablement le cas dans tous les quartiers populaires mais c’est à Seuris que j’ai observés ceux dont je vais parler.

Lorsqu’un enfant toussait, l’hiver, on n’allait pas chercher du sirop chez le pharmacien, mais on utilisait celui que les mamans avaient fabriqué à l’arrière saison et qui était composé de jus de fruits de sureau pressés, cuit avec du sucre candi brun  jusqu’à réduction en sirop. Avant de le mettre en bouteille,  on y ajoutait un peu de rhum, mais cela n’était pas nécessaire. Le sirop se conservait au frais, à la cave, pendant toute la saison. Et cela marchait ! De nombreuses toux ont été éradiquées grâce à ce sirop.

Les enfants chétifs étaient revigorés au moins par deux traitements qui ne devaient rien à la médecine.  Le premier utilisait de la bière de table de la Bonne Source à Velaine, ou de la brasserie de Falisolle. On faisait fondre un sucre pour casser l’amertume dans un tel verre de bière rempli au deux tiers et on plongeait dans celui-ci un tisonnier rougi au feu, ce qui permettait à la bière  d’absorber du fer; et comme le fer est un constituant du sang ! Rempli au deux tiers, parce que çà « chimait » ! Rien à voir avec la trappiste. L’enfant devait boire le tout, mousse comprise. Le second traitement était plus coûteux et consistait à mélanger un jaune d’œuf avec un verre de Malaga (espèce de porto) et il fallait engloutir cette mixture sirupeuse, ce qui n’était pas facile.

N’allez surtout pas croire que ces traitements avaient été créés pour que les enfants de Seuris  deviennent des alcooliques.

Les grands aussi avaient leurs médecines. Les maux à droite, à gauche, dans le dos, étaient combattus par des ventouses. Traitements spectaculaires qui relevaient de la science des fakirs. On plaçait de l’ouate dans des espèces de pots à confiture vides, on faisait flamber celle-ci avec une allumette et on plaquait le pot sur le dos du malade. L’ouate s’éteignait et l’air raréfié à l’intérieur du pot, aspirait la peau en faisant adhérer la ventouse. Le nombre de ventouses dépendait de l’importance du mal. Quand on retirait les ventouses, le dos du patient était parsemé de ronds rougeâtres, par où s’échappait la douleur. Et cela marchait! C’était peut être psychologique, mais cela permettait de ne pas ingurgiter à tort et à travers des produits chimiques, en gardant à ceux-ci leur efficacité lorsqu’on en avait réellement besoin.

Les vieux n’allaient chez le dentiste que pour se faire arracher les dents, et encore, certains jouaient eux-mêmes au dentiste avec leurs dents branlantes. Il faut dire que les lois sociales n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Rares étaient ceux qui utilisaient un ratelier (mot plus évocateur que dentier et surtout que prothèse dentaire). On savait l’âge approximatif d’un vieux à sa façon de parler ou à la distance séparant le bout de son nez de son menton. Pour que ceux-ci puissent se nourrir sans dents, on avait inventé la « potée ». On mettait dans un gros bol une ou deux tartines de pain rassis bien beurrées, découpées en une vingtaine de morceaux sur lesquels on plaçait une ou deux  cuillerées de sucre. On versait là-dessus du café chaud et, pour les plus gourmands, la crème épaisse qui surnageait au dessus de poêlon de lait (du lait de la ferme bien sûr, l’autre lait celui en bouteille, n’a qu’une peau). Cela se mangeait à la cuillère et c’était bien meilleur à la santé et bien meilleur marché que les Corn Flakes du docteur américain.

L’hiver on allait chercher chez le boucher de la graisse de porc fondue à feu doux, qu’on appelle je ne sais pourquoi « saindoux » et on la retravaillait avec des épices. On en tartinait du pain grillé encore chaud et le saindoux fondait dans la mie, embaumant celle-ci de la senteur des épices. Un délice. Le cholestérol n’était pas encore inventé !

Pendant la guerre, certaines femmes du quartier on même fait du sirop de Liège avec le jus des betteraves sucrières. Un peu plus foncé, un peu plus piquant à la gorge que le véritable sirop, il a fait passer plus facilement le pain collant qu’on allait chercher avec des timbres. Époque curieuse où on donnait des timbres pour avoir du pain, alors qu’aujourd’hui, on distribue parfois des timbres avec le pain !

Ce qui était rare mais très spectaculaire à Seuris, c’était les feux follets, ces petites émanations de gaz, au raz du sol, qui s’enflammaient à l’air libre et qui semblaient courir sur le sol avant de disparaître Certains disaient que cela provenait des vieilles mines; d’autres prétendaient que cela venait du cimetière et ceux qui pensaient cela avaient généralement une frousse bleue du phénomène en l’attribuant aux morts. Parfois, en été, une explosion secouait le quartier. C’était le revêtement de la rue qui s’était soulevé sous l’effet de la chaleur et qui avait explosé. Il ne restait plus aux ouvriers de la commune qu’à venir réparer les dégâts, après quelques semaines, et cela ne dérangeait personne puisqu’il n’y avait pas d’autos.

André ERGO. (19 octobre 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur Jean-Luc PEYSEN (Octobre 2007)

Cher Monsieur Brosteaux,

Je viens de consulter le site des "Géants d'Auvelais - Témoignage des anciens" de Pierre Perot, et c'est avec énormément d'émotion que je vois pour la première fois de ma vie ces photos de mon papa, Jean Peysen et des mes oncles Robert et Raoul.

Un grand, tout grand merci de les avoir publiées..

En ce qui concerne la photo http://www.confreriedelauveloise/Geants/images/Seuris10d.jpg, le cinquième personnage n'est certainement pas mon père Jean (qui était effectivement joueur de basket - il y joua jusqu'à plus de cinquante ans -  et pongiste, mais n'a jamais joué à la balle pelote) et vous avez bien fait d'employer le conditionnel...

Si vous en avez d'autres, je suis naturellement très intéressé.

Bien à vous,

Jean-Luc Peysen (11 octobre 2007)
30, rue Hicguet
5060 Auvelais
jlpeysen@yahoo.fr

Réponse de Monsieur Raoul BROSTEAUX (Octobre 2007)

Bonjour Mr. Peysen

Je suis heureux que ces photos vous aient procuré quelqu'émotion, voici en annexe les 4 photos que j'ai normalement mises sur le site. J'ai bien connu Robert et Jean, un peu moins Raoul, comme mon oncle André jouait au basket avec eux et que je suivais tous les matches se déroulant à Auvelais je les ai un peu fréquentés ainsi d'ailleurs que Roger Henrioul et Frans Degraux. Ces photos proviennent de la collection photos de mon oncle. J'ai aussi dû rencontrer vos grands-parents à la Grippelotte mais n'en ai plus aucun souvenir.

Que sont devenus les frères Peysen, pour peu qu'ils soient toujours en vie, ce que je leur souhaite, et se souviennent de moi pourriez-vous leur remettre mon bonjour ?

J'ai aussi ajouté une photo prise à la St Eloi aux Ateliers Sevrin-Migeot rue Saint Roch.

Bien à vous.

Raoul Brosteaux (12 octobre 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

ma226238@skynet.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Octobre 2007)

Quand des jeunes gens d’Auvelais encadraient un centre de vacances pour enfants de mineurs à Oignies.

L’histoire se passe un peu avant 1960. Madame Henry, l’épouse de l’ingénieur en chef du Roton de Farciennes avait organisé, avec l’aide du charbonnage, un centre de vacances dans les locaux de l’abbaye d’Oignies. Des dizaines de bus amenaient les enfants des environs (650 à 700) sur deux plaines contiguës, une pour les garçons, l’autre pour les filles. Le chef de plaine des garçons, un instituteur de Tamines qui avait été scout à Auvelais, m’avait demandé d’aller diriger la section des aînés, car les moniteurs dont il disposait, avaient peu de pratique d’encadrement de jeunes.

La plaine était très bien gérée, mais en effet, l’encadrement des garçons était un des problèmes majeurs.

L’année suivante, l’instituteur étant indisponible, Madame Henry me demanda de diriger la plaine des garçons. Pour ne pas avoir de problèmes d’encadrement, je fis appel au milieu du scoutisme d’Auvelais et à des amis proches pour encadrer les enfants (dans le scoutisme, les responsables ont toujours été obligatoirement brevetés et les chefs de patrouille ont une très bonne formation sur le tas de chef d’équipe.)

La plaine cette année-là eut un très grand succès et se termina par une belle exposition des travaux des enfants à l’intention des parents qui vinrent très nombreux.

Il était de coutume d’organiser, le dernier jour, une fête et un goûter pour tous les moniteurs et toutes les monitrices, qui avaient passé bénévolement six semaines au service des enfants.(Eh oui, c’était comme cela à l’époque). Pour agrémenter la fête, les moniteurs avaient décidé de créer un groupe vocal reprenant une douzaine de chansons en vogue réaménagées quant à l’accompagnement vocal  (3 ou 4 voix) et instrumental (guitare et harmonica). Le soliste (et guitare) Guy Cereghetti était un instituteur Taminois, les 3 autres étaient auvelaisiens, Jules Marchal (instituteur), Roger Deltombe (étudiant et harmonica) et André Ergo (étudiant).

La fête fut très réussie et le groupe vocal qui chantait sans micro eut  un succès  bien au-delà des espérances, ce qui l’incita à continuer. Quelqu’un appela le groupe « Troubadours de la Basse Sambre »; et le nom est resté.

Les Troubadours de la Basse Sambre. De gauche à droite Jules Marchal, Guy Cereghetti, Roger Deltombe et André Ergo, en répétition. (photo sur une affiche imprimée à l’IBSA et reçue  grâce à l’amitié de P. Boulvain).

On étudiait les 4 voix séparément, au piano, on les chantait ensemble en les enregistrant, on perfectionnait la synchronisation, parfois on changeait des accords jusqu’à ce que cela nous plaise. Ensuite la chanson était mise au répertoire.

Ce sont les services militaires successifs qui ont dispersé le groupe.

Pour ma part, j’avais fait partie d’une chorale d’enfants pendant et après la guerre, dirigée par le vicaire mélomane Leurquin (avec notamment Pierre Ratier de la rue des Glaces et André Hubert de la rue Hicguet). Nous avions même été chanter à la radio, à Tamines, en face du chemin de fer, en 1944 ou 45 (La Truite de Schoubert, la Berceuse de Mozart, et le Dies Irae de Rouffiange) avant d’aller goûter chez Duculot avec la chorale Sainte Cécile. C’était, si j’ai bon souvenir, Luc Varenne  qui était à la radio, à Tamines à l’époque.

Nous avions fait également une petite prestation à trois, avec Raymond Remacle  et  Joseph Rasador, pour une réunion (?) de femmes, quand nous avions tous trois une dizaine d’années. Après avoir persévéré à l’Académie d’Auvelais, seul Joseph a fait la carrière de ténor que l’on sait.

André ERGO. (11 octobre 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Avis de recherche. (Octobre 2007)


Inauguration de la chapelle à Seuris.

Voici quelques photos qui je crois intéresserons votre site.
Si vous avez des détails sur cette chapelle je suis preneuse.
Bien à vous

Nathalie Arnould (Fonds régional – Bibliothèque d’Auvelais) (9 octobre 2007)
narnould@commune.sambreville.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Septembre 2007)

Le passé charbonnier de Seuris.

On pourrait croire que le passé charbonnier de Seuris se résume au puit creusé derrière le cimetière un peu avant la seconde guerre mondiale et aux très nombreux mineurs qui avaient choisis ce plateau schisteux pour y construire leur maison, ou même à ceux du quartier qui descendaient encore à la fosse de Falisolle il y a soixante ans.

Eh bien non ! Une veine de charbon affleurait à Seuris et elle s’appelait «  la platteuse »; on en fait mention dans les actes de procédure de l’Abbé de Floreffe, à la fin du 18ème siècle,  qui concède l’exploitation de cette veine au bois de Seury, à Jean Carlier de Velaine. Pourquoi la platteuse ?  Probablement parce qu’elle affleurait sur un terrain élevé et plat dominant la contrée environnante. Mais ce n’était apparemment pas la seule veine puisqu’à la fin du 18ème siècle, on cite encore l’attribution d’une veine à la Radache (1775) à Jean Carlier toujours , puis une autre comme étant en exploitation  et appelée «  Veine du trésor » concédée à un nommé Pierre Legrain. Cette veine devait être particulièrement riche pour porter ce nom, elle devait se situer dans les champs entre le quartier de la Grippelotte et celui de Seuris, à l’endroit où le Foyer Taminois a construit une cité, et voilà probablement l’explication du nom de la petite rue du Trésor.

Il y a eu d’autres évidences du passé charbonnier de Seuris. À l’endroit où on a construit la cité, un fermier qui ramassait ses récoltes avec son cheval tirant un lourd tombereau, s’est retrouvé brusquement avec tout son attelage quelques mètres plus bas, dans un trou dû à l’effondrement de galeries souterraines proches de la surface. Un autre effondrement de ce type s’est produit récemment dans le jardin d’une des maisons de la cité. Il y a aussi dans certaines maisons du quartier, les dégâts classiques (importantes crevasses) observés sur les habitations des régions minières. Mais il y a aussi des preuves plus étonnantes. Des habitants de l’avenue du cimetière prétendaient que leur maison était hantée car on entendait des bruits de pas dans leur cave. Un vieux mineur descendu constater le phénomène est remonté en souriant; c’était tout simplement l’eau de remplissage des galeries de vieilles exploitations qui clapotait contre les parois de celles-ci; un bruit que le mineur connaissait de la fosse.

Faut-il rappeler comment on reconnaissait un mineur à sa manière de se reposer, accroupi, assis bas sur ses talons dans une position qui fatiguerait après quelques instants n’importe quelle autre personne. Quand je rentrais de l’école primaire avec ma «  carnassière » en cuir sur le dos, un de ces vieux mineurs assis de la sorte sur le pas de sa porte m’a souvent demandé «  çà a stî,  à scole gamin ? Faut studî savoz pou dné aller à fosse ! » Ils ne voulaient pas  de ce métier pour leurs petits enfants, et pourtant, ce métier, ils y étaient tous attachés avec une ferveur presque amoureuse.

Y-a-il encore du charbon sous le quartier de Seuris et dans la région? D’après les dires du porion Jules Bauloye lorsqu’on a fermé la fosse de Falisolle, je suis persuadé qu’il y en a encore beaucoup, car on n’a pas creusé très profondément. Je suis aussi persuadé qu’à l’époque de la robotique on pourrait aller le chercher  sans que les hommes soient obligés de descendre. Mais ce serait une autre et belle histoire.

André ERGO. (14 septembre 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur André ERGO (Septembre 2007)

Bonjour Pierre,

Je suis étonné de lire dans l'histoire d'Auvelais que la plus ancienne référence aux fosses dans notre région  correspond à l'échevin Jean le Houilleur dans les années 1500. Il y a des références bien plus anciennes ( en fait, 1345) aux archives générales du Royaume Chambre des comptes, registre n°1002 dit registre velu, dont je t'envoie une copie.

Les 5 premières lignes du second paragraphe : Gerars li charboniers de Velaines at accensé une fosse de charbon de huille que il ferat ens ou bos de le ville de Velaines en Dargnaul, en lieu ou il nat nulle fosse ouvrant, ne nelle puet faire si près des autres pour quoi il leurs portaist domaige, pour III ans qui commenchent à le Magdelene mil CCCXLV.....

Le texte ajouté en dessous par quelqu'un d'autre  précise: Jamars et Gerars li charboniers de Velaines ont accensit une fosse de charbon de huille qui serat ou bos de Groingnat pour III ans, dont li premiers paemens eskierat à le Pasque M.CCC.XLIX ...

J'ai souligné ce qui mentionne manifestement le bois de Grogneaux, c'est à dire celui derrière le moulin ou la centrale électrique.

Il est à peu près certain qu'on aurait eu des références plus anciennes encore si l'Abbaye d'Aulne n'avait pas brûlé partiellement au XVIème siècle et si les révolutionnaires français en 1789 n'avait pas détruit les documents qui n'avaient pas brûlé.

La Wallonie a été une des premières régions au monde à employer le charbon, mais bien après les Chinois et après les grecs ( Traité des pierres de Théophraste, 3 siècles avant JC), mais la Wallonie est la première au monde à avoir organisé et sécurisé  les fosses d'extraction.

André ERGO. (13 septembre 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
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Mail de Monsieur Marcel CHAMPAGNE (Septembre 2007)

Bonjour André,

Cette fois je peux y répondre à cette carte.  Je n'ai rien concernant un chemin de fer éventuel même aérien allant de la Fosse N° 1 vers la Sambre mais c'est sûr qu'il y avait un acheminement de ce genre.

J'ai déjà bien fait cette route en étant petit, du 4 Batys à Ham en passant devant le monument Lemercier.  Je ne me souviens plus clairement des fosses par là, mais probablement que la Fosse St Albert devait être à l'arrière de bâtiments, voir une cité que j'ai connu en allant vers Ham.  La Fosse Sainte Flore et la ferme des 4 lauriers doivent faire partie plutôt de Ham. Les tortues de Lhermite à visiter dans une dizaine de jours, c'est dans le dernier tournant du Palton (Arsimont) et le carrefour plus bas (au Nord), c'est déjà la limite avec Ham.

Oui, c'est étrange, ce "Brosteaux" sur la carte car c'est là, la dernière maison du pâté, qu'habitaient mes grands-parents paternels et puis il n'y avaient que prairies il me semble (mis à part un garage en tôle).  Je ne connaissais pas les voisins de mes grands-parents.

Le "M" encerclé est probablement le monument du Lieutenant Lemercier mais il était au bord de route.  Je suppose qu'il n'a pas été éliminé par la nouvelle route.

Je n'ai jamais emprunté la route de la Pêcherie mais j'ai un collègue qui y habite malheureusement il ne travaille plus avec moi car il a changé de fonction.  Je pense que c'est en arrivant près de la Fosse n°2 que j'ai connu comme un cul-de-sac à droite (dans la direction de Ham), peut-être même dans un tournant et que je me suis demandé s'il n'y avait pas eu charbonnage.  Peut-être une extension pour la Fosse N° 2 ou un charbonnier ?

Ou le passage pour la Fosse N° 1, mais ça me semble plus éloigné d'après la carte ?

Bonne journée.

Marcel CHAMPAGNE (13 septembre 2007)
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Mail de Monsieur Marcel CHAMPAGNE (Septembre 2007)

Merci beaucoup André,

C'est un bon supplément pour mes nombreuses recherches sur les charbonnages de la région car mes premières recherches étaient basées là-dessus étant donné que je provenais de familles de mineurs et que j'avais des amis italiens qui y travaillaient aussi "dans la fosse".  J'ai de quoi étudier avec la carte car elle est beaucoup plus claire que celle que je possédais, la mienne étant sans doute plus ancienne et moins précise, malgré qu'il y avait peut-être beaucoup plus de noms de lieux dits par exemple.  J'ai déjà pu voir le nom de "Brosteaux" et j'ai aussi pensé à Raoul lol, ce nom n'étant pas repris sur ma plus ancienne carte.

Pour la photo du milieu que j’ai envoyé hier, les 3 piquets sont chez un marchand de charbon (que je n’ai pas connu) puis il y aurait eu un électricien (pas connu non plus).  Mon frère me disait que mon père aurait travaillé pour lui et Julot lui aurait donné un coup de main.  Je n’ai connu que les habitants suivants, le gérant du Crédit Communal.

La photo plus ancienne en dessous, c’est bien près du terrain de football de Falisolle ou sur la route de Falisolle à Auvelais et à l’arrière-plan on y voit des habitations de la rue Chère-Voie.

A la prochaine et encore merci.

Marcel CHAMPAGNE (12 septembre 2007)
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Septembre 2007)

J'ai fait des recherches sur le terril que l'on voit sur la photo et je t'envoie une carte de la région sur laquelle on voit les différents puits de fosse sur Arsimont et sur Ham. Le terril en question est celui de la fosse n°2  qui se trouve bien au sud du quartier de la pêcherie. La carte donne la situation avant 1914-1918. Cette carte indique un pont sur la Sambre à la pêcherie; je suppose qu'il devait exister à l'époque un passage au-dessus de la Sambre pour le charbon de la fosse n°1; on voit d'ailleurs une espèce de chemin de fer (ou de train de wagonnets) qui relie ces deux points.

Dans la direction de Ham, il y avait aussi un autre terril, à droite de la route, il appartenait probablement à la fosse saint Albert de Ham bien qu'il soit assez éloigné de celle-ci. Ce terril là était, dans mon souvenir, plus gros que celui sur la fosse 2 . Il y avait une quatrième fosse au nord est de la ferme des Quatre lauriers, la fosse sainte Flore.(Sur Ham ou sur Arsimont ?)

Dans les deux photos jointes, la première est prise de la fosse 1 dans la direction de la fosse 2. Le terril qu'on voit est celui de ta photo. On y voit un bout du terril de la fosse 1, le terril de Ham dont je parle plus haut tombe hors de la photo à droite. Il y a sur cette photo une annotation erronée; ce n'est pas la crête du cimetière de Ham que l'on voit, mais une extension du bois de la pêcherie; le cimetière de Ham est plus à droite sinon on verrait le terril.

La photo n°2 est prise de l'endroit où on a construit le monument aux morts de la guerre 14-18, en regardant vers la fosse n°1 ; on voit le terril de cette fosse, allongé et déjà envahi par la végétation sur la gauche de la photo. Les bâtiments de la fosse 1 sont déjà disparus.

Sur la carte, près des 4 batys, une inscription "Brosteaux"  qui va intriguer Raoul; mais je n'ai pas de réponse ( peut être le nom d'un bois).J'ai trouvé tout cela dans un petit livre relatif au XXème anniversaire (donc vers 1934) des combats livrés à Auvelais-Arsimont par le 10ème Corps d'Armée français, publié en France.

André ERGO. (12 septembre 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur Marcel CHAMPAGNE (Septembre 2007)

Voici une photo lors de la communion de mon frère ainé, Jules.  Je pense que c'était en 1958.  Il y a ma mère, Romignon Gisèle, mon frère et mon père Michel Champagne.  Celui-ci n'avait pas encore de petit bedon.  La photo est prise depuis l'Avenue du Progrès, près de la maison et donc à l'arrière on y voit des habitations de la rue Nouvelle.

Voici encore une photo que j'ai reçue de mon frère Jules, dit Julot (pour les connaisseurs).  Tirée devant le n° 6 de la rue Chère Voie, la maison de mes grands-parents maternels dont voici mon grand-père Sylvain Romignon avec Julot (bien plus petit qu'à sa communion).  A l'arrière, il y a une ancienne voiture sur la rue de Falisolle et en arrière-plan on y voit un terril en direction d'Arsimont (que j'ai du connaître aussi) mais quel terril c'était ?  Ca je ne peux le dire.  Les 3 piquets à droite, je ne sais pas ce qu'ils y faisaient, moi j'ai connu une habitation à cet endroit, celle de Mr Stainier ? qui était gérant du Crédit Communal.  Et sur le côté, devant l'habitation de nos grands-parents, on pouvait garer facilement sa voiture sur l'accotement, peut-être encore à l'heure actuelle


Encore une photo plus ancienne. Je crois que c’est ma grand-mère maternelle, ma marraine, Angèle Pochet.  Qu’est-ce qu’elle paraissait jeune !  Et alors, ce serait toujours avec Julot.  Mais sur quelle route ?  Moi, je n’ai pas connu de tel chemin.  Je pense que cela peut être la rue de Falisolle car je sais que Julot a d’abord habité dans une habitation de mineur avec mes parents près de l’école des Mines de Falisolle.  Je n’ai aucune certitude sur la route, mais il n’y a rien d’impossible puisque la rue Chère Voie n’est pas si loin.  Je me souviens avoir déjà été à pied jusqu’à une maison peu avant le pont du chemin de fer mais à l’époque par là, tout était déjà habité.

 

Marcel CHAMPAGNE (11 septembre 2007)
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Septembre 2007)

Les maisons de Seuris.

À Seuris les gens vivaient généralement à l’arrière des maisons, dans la dernière pièce où dans une petite annexe qu’ils avaient fait ajouter et dans lesquelles on trouvaient une armoire, une table, quatre chaises et … le poêle. Ce poêle était manifestement l’objet le plus important de la pièce, surtout pendant la guerre; il avait toute l’attention des mamans. Tout d’abord il avait un nom, un nom de ville de chez nous qu’il portait comme une garantie de solidité, il y avait les Ciney, les Tamines (Tamines domine) ou ceux de la Couvinoise, spécialement inventés pour apprendre la géographie régionale aux enfants. Ils étaient lourds, construits pour l’éternité, en fonte brute pour les plus pauvres, émaillés  et décorés pour les plus riches, mais à quelques détails près, ils avaient tous la même forme utilitaire.

Il y avait tout d’abord le pot, rebondi comme le ventre d’une femme enceinte, qui rougissait parfois et qu’on apprenait très tôt à ne jamais toucher. C’est à l’intérieur de ce pot que le charbon brûlait au dessus d’une grille épaisse, en fonte également, qui retenait les «  crayats » et laissait passer le charbon consumé et les cendres recueillis dans un bac. L’arrière du poêle était plus mystérieux, plus volumineux aussi. On pouvait y accéder par deux portes situées latéralement et qui donnaient sur un large coffre où les mamans plaçaient leurs fers à repasser, des briques réfractaires et les platines qui servaient à « faire » les tartes ou le pain. Tout cela avait été très bien étudié : on cuisait les aliments au dessus du pot, on les faisait mijoter à feu doux au dessus du coffre, près du pot et on réchauffait les aliments ou la soupe au bout du coffre, près de la courte buse qui reliait celui-ci à la cheminée. La buse aussi était mystérieuse et on ne pouvait pas y toucher; elle était munie d’une clef qui, couchée, excitait le feu et debout, ralentissait ses élans. On disait de la cheminée qu’elle «  tirait », mais elle tirait sans bruit, sauf les jours où les grands vents d’ouest balayaient le quartier de Seuris; alors on entendait les cheminées chanter et le vent porter jusqu’aux maisons les plaintes des morts du cimetière.

Tout avait été créé en fonction du poêle; les fers à galettes et à gaufres, en fonte également ou le grille pain, en fil de fer qui se plaçaient au-dessus du pot après avoir enlevé, un par un, toute une série de cercles concentriques premiers éléments de géométrie homothétique.

Le charbon lui-même était source de formation. On brûlait dans le poêle du charbon arithmétique, le 10-20, le 20-30 produits du système métrique des tamis du charbonnage, des boulets ou des briquettes aux formes géométriques éprouvées et pendant la guerre du «  Schlamme », un ersatz de charbon fabriqué à base de poussier, à qui on avait donné consciemment ou pas un nom à consonance teutonne pour bien lui marquer l’estime où on le tenait.

Le poêle chauffait la maison, il la réveillait aussi quand la maman, toujours la première levée, secouait la grille, le matin, pour réactiver le feu qu’on avait laissé dormir la nuit ou lorsque la bouilloire clamait à la maisonnée que le café serait bientôt prêt. Le café se faisait dans un grand pot brun en terre cuite surmonté d’un ramponneau dans lequel on plaçait, mystérieusement comme un pharmacien, X cuillerées de café Java et deux pincées de chicorée Pacha  ce qui en faisait un breuvage exotique, noir comme le charbon, et dont les senteurs embaumaient l’étage et tiraient de leurs rêves les plus endormis.  

Ah, les senteurs des maisons de Seuris comme elles étaient humaines et très différentes des senteurs artificielles d’aujourd’hui qui se calfeutrent égoïstement dans des maisons où l’air ne peut ni entrer ni sortir. C’était des senteurs partagées; les tranches de lard qui cuisaient quelque part attisaient l’appétit des gamins du quartier qui passaient par là et leur annonçaient l’heure du repas.  Mais les odeurs marquaient aussi les jours de la semaine et rythmaient leur succession; il y avait l’odeur du savon mou, le vendredi, quand on nettoyait la maison entièrement en finissant par la rigole de la rue; celle du début de semaine quand, sur le poêle, on bouillait le linge pour faire la lessive, opération mystérieuse où le mélange au savon en paillettes d’un peu de poudre bleue fabriquée à Jemeppe Froidmont suffisait pour faire humblement ce que les enzymes d’aujourd’hui ne font qu’à force de publicités répétées; l’odeur aussi, le lendemain, du linge qu’on repasse à l’envers, avec une « pattemouille » pour ne pas le salir, au moyen des fers chauffés sur le poêle, encore.

Mais il y avait un autre poêle dans la maison, dans la belle pièce, la pièce de devant, celle où on allait  plus rarement et qui contenait un buffet et les souvenirs de famille. Il était plus petit que l’autre, plus ramassé. Il n’avait aucun pot et aucun coffre mais une fenêtre permettait de voir l’intérieur. Ma mère disait que c’était un « continu » et j’ai pensé longtemps qu’on lui donnait ce nom parce qu’il était presque continuellement éteint. Mais lorsque on l’allumait et qu’on laissait la pièce dans le noir, c’était un poêle magique, il marquait les formes des meubles et les faisait danser; il créait des ombres bizarres et si, par hasard, les vents d’ouest, ceux qui caressent le cimetière, faisaient gémir la cheminée, on se trouvait en pleine ambiance Harry Potter avec des frissons dans le dos.  Mais le feu dans la pièce de devant, c’était le luxe qu’on ne se permettait que les jours de fête, un baptême, une communion, la cavalcade, parfois un mariage, la Noël en famille; c’est pour cela également que le poêle était magique; ne dit-on pas « un feu de joie ». On ne l’allumait pas lorsque le grand-père mourrait et qu’on le plaçait dans la pièce de devant, toute garnie de tentures sombres et que tous les habitants du quartier venaient lui rendre un dernier hommage en l’arrosant d’eau bénite.

Alors tout Seuris était en peine car la tristesse y était collective.

André ERGO. (11 septembre 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur Raoul BROSTEAUX (Septembre 2007)

Les pongistes de la J.O.C devant leur local, le café Latour, à côté de la maison Deltombe

Accroupis : Robert Halloin, Robert Bureau (un des meilleurs joueurs provinciaux voire nationaux   à l'époque)
Assis au centre : Raoul Peysen,Gaston Lacour,Franz Degraux
Contre la fenêtre : x, Léon Nonis, Robert Peysen, Gaston Nonis

 

 Debout : Emile Vassart,Jean Peysen,Robert Peysen, Joseph Monroy (ou Mauroy?),Abbé Philippot
 Accroupis :  André Brosteaux,Robert Bureau,Franz Degraux

 

Raoul Brosteaux (10 septembre 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

ma226238@skynet.be

Témoignage de Monsieur Raoul BROSTEAUX (Septembre 2007)

          Quelques membres de la J.O.C.d'Auvelais en 1930. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne)

De gauche à droite.
au 1er rang : Joseph Brosteaux, Emile Piret (menuisier à la rue Radache, à côté de l'école St Joseph), x, x, Max Brosteaux
au 2ème rang : x, Camille Remy (menuisier à la rue de la vacherie), x, Jean Renier, Valère ...?, x


en gras les auvelaisiens, les 2 autres étant de Jemeppe s/Sambre

Raoul Brosteaux (3 septembre 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

ma226238@skynet.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Août 2007)

Le scoutisme à Seuris.

Une première troupe scoute avait été créée à Auvelais dans les années vingt, mais elle n’avait duré que peu de temps. En 1932, Jean Devuyst relance le mouvement à Auvelais et deux garçons de Seuris deviennent scouts; Julot Namèche qui a habité rue Seuris  d’abord puis rue de Falisolle ensuite et Roger Vandeneynde qui était son voisin et qui, après sa promesse, porta le totem de Moustique.

Pendant la guerre, Jean Devuyst fut prisonnier en Allemagne et les Allemands avaient d’ailleurs interdit les mouvements de jeunesse; mais le scoutisme à Auvelais a continué clandestinement sous la direction de Georges Bouchat, qui organisa même un camp sous tente à Wanfercée Baulet au nez et à la barbe des occupants.

Mais la branche des petits (les louvetaux) avait été stoppée pendant toute l’occupation et ce n’est qu’à la fin de la guerre (1944-1945) que deux étudiants, anciens scouts eux-mêmes, ont relancé la meute. Trois garçons de Seuris avaient été invités à faire partie de la nouvelle meute; Gino Parisi, Jean-Marie Bauloye et André Ergo. Seuls Gino et André resteront dans le mouvement.

La photo qui suit et qui est prise près de la grand’place, est une photo de la nouvelle meute en 44-45 avec les deux louvetiers de l’époque, Willy Félix  ( Akéla) et Firmin Lambot (Bagheera). Le local de l’époque est dans un petit bâtiment dans la cour d’une ancienne brasserie qui a arrêté ses activités.

Willy Félix (qui deviendra professeur) est à droite et Firmin Lambot (qui deviendra ingénieur) à gauche de la photo sur laquelle on trouve de haut en bas et de gauche à droite, Dorchain (?), Jean-Marie Demoulin, Camille Massart et Gino Parisi, Georges Legrand et André Ergo et, le plus bas, Pierre Deporter qui n’était pas Auvelaisien mais qui avait été choisi comme chef de la sizaine car il était dans le mouvement depuis un an ou deux. Cette meute fera un premier camp en 1945 à Thuin puis disparaîtra faute de chefs et de déménagement vers une autre ancienne brasserie à la rue Saint Roch. Elle reprendra en 1947 avec des cheftaines cette fois,  avec André Ergo comme responsable de la sizaine des « blancs » dans laquelle on retrouvera notamment les frères  Roger et Claude Fichefet de la rue de Falisolle. André passera à la troupe en même temps que Jean-Marie Demoulin en 1948 alors qu’elle est dirigée par un chef remarquable,Yves de Wasseige, le bouvreuil, (celui qui deviendra sénateur plus tard). A partir de ce moment, plusieurs jeunes garçons de Seuris entreront dans le mouvement, Pol Schutz, Jackie Lahaye, Christian et André Hanquet, Claude Sandron, Vigneron,  le petit Baudoux etc.

André Ergo deviendra chef de troupe plus tard durant cinq années, avec Pol Schutz comme assistant et aura le bonheur de voir son ancien second de patrouille créer une troupe à Tamines. Jackie Lahaye et Claude Sandron seront chefs de patrouille, marqueront la troupe de leur passage et seront un des relais qui ont permis au scoutisme d’Auvelais  d’être encore très vivant aujourd’hui et de bientôt fêter 75 années d’existence sans discontinuité.

Cette longévité a deux raisons essentielles; la fidélité à la méthode et la volonté que le mouvement soit le reflet le plus fidèle possible de la société auvelaisienne et même de la Basse Sambre par un mélange raisonné d’enfants de toutes les classes sociales, de tous les réseaux d’enseignement et de toutes les origines.

André ERGO. (31 août 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur Roger Deltombe (Août 2007)

Monsieur Perot,

Bonjour, je vous confirme m’être reconnu sur cette photo datant (hélas) du temps jadis. Le « x » s’appelle Fadeur, mais je ne me rappelle plus son prénom.

Communion solennelle 1951 à l’église du centre

au 1er rang : x, x, Evrard, Deltombe, Christian Butacide, Daniel Somville, JM Jacquy,x ;
au 2ème rang : René Duchemin, x, Pierre Bonne, Pierre Boulvain, Jules Marchal (+), Georges Marlier, Jacquy(?) ; et le doyen Baugnée
au 3ème rang : Vicaire Meunier, x, José Yernaux, Alain Mahieu , Raoul Fauville, x, x, x, Renaud Kervyn (?) ,abbé Philipot
au 4ème rang derrière l'abbé Meunier : x, Namèche (de la glacerie)?,

1ère et 2ème années primaires école Saint-Joseph, instituteur Mr Destrée, 1946

 

 

6ème primaire école Saint-Joseph, instituteur Mr Hébette.

au 1er rang : x, Pierre Bonne, x, x, x, Roger Deltombe, Raoul Brosteaux, Maurice Deroo
au 2ème rang
: André Bonne (cousin de Pierre), x, x, Pierre Boulvain?, Namèche(Glacerie), x

 

Concert de chant donné à l’Hôtel de ville d’Auvelais en 1938 

la jeune fille en robe blanche : Melle Elvire Mouthuy.





Chars américains Anglais, rue de la station (à l’époque) (octobre 1944 ?)

 






Mail reçu de Monsieur André Ergo concernant les chars Anglais. (Août 2007)

Bonsoir Pierre,

Une petite précision sur les 2 photos avec des chars, que Roger attribue à l'armée américaine. Je me souviens très bien de ces chars qui sont passés rue de Falisolle, près de Seuris un dimanche, mais qui n'étaient pas de l'armée américaine, mais de l'armée anglaise. On est en pleine offensive Von Rundstedt et ces chars rejoignent la Meuse par Auvelais, Fosses, Anthée je crois, Dinant d'un côté et Hastière de l'autre  Ils ne suivent pas la route de la Meuse car des éclaireurs et des chars allemands ont déjà presque atteint Dinant. Des photos probablement très rares.

André ERGO. (27 août 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

L’immeuble n°1 (act.n°7) place communale, ancienne ferme de l’Abbaye de Floreffe,

ma maison familiale, dans son état en 1939.


 

Retour d’un prisonnier de guerre en mai 1945.

Constant Deltombe








 

Roger Deltombe (9 mars 2006)
Avenue de Doiceau, 12
1300 Wavre
roger.deltombe@skynet.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Août 2007)

Photo de la 4ème année 1945-1946. École Saint Joseph.

De gauche à droite.

 

Première rangée haut : Henri Brackman, André Ergo, Lucien Noël, Massaux ( dit Bèdo), Jean-Marie Tesmoingt, Georges Legrain, Arnold Ferry, Jacques Ressort.

 Deuxième rangée : Raymond Englebert, Legros, Charles Noël, Guy Delvigne, Raymond Remacle, Max Vanderus, Willy Warichet, Guy Delcomène, l’instituteur Mr. Crèvecoeur, François Vervotte.

Dernière rangée bas : Jean-Pierre Gérard, Daniel Grobovsek, André Noël, Willy Delvigne, Roger Fichefet, Georges Marlet et Adelin Lorand.

Un quart de la classe ( les noms
en gras et en lettres italiques) provient du quartier de Seuris.

Jacques Ressort a joué à l’UBS Auvelais comme keeper et Adelin Lorand y a joué comme attaquant.

André ERGO. (27 août 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Août 2007)

Seuris et les petits métiers.

La vie du quartier était rythmée par l’apparition régulière de petits commerçants ambulants. Il y en avait un qui excitait particulièrement la curiosité des gamins deux fois par an. Il poussait une charrette à bras particulière, elle avait un toit, et une planche qui se rabattait sur les bras pouvait servir de siège à celui qui poussait la charrette lorsque celle-ci était à l’arrêt. Il y avait aussi des pédales qui actionnaient plusieurs meules, dont une blanche, plus  grande que les autres, qui  pouvait être mouillée, car elle était surmontée d’une boite remplie d’eau et munie d’un minuscule robinet.

L’homme annonçait sa venue en raclant une ferraille sur la petite meule dure, ce qui faisait du bruit mais ce qui provoquait surtout une gerbe de « scrabilles » du plus bel effet, son enseigne lumineuse. On lui conduisait les couteaux, ciseaux et tous les objets qui servaient à couper et à piquer et qui avaient perdu leur coupant et leur piquant.

C’était le rémouleur.

Tous les ans, une charrette tirée par un mulet passait également dans le quartier durant la belle saison. Elle était tellement chargée qu’on avait de la compassion pour le mulet qui devait tirer une masse pareille. C’était un marchand d’objets en osier ou en rotin, des fauteuils pour les plus gros objets, mais surtout des paniers de toutes les sortes, les marchandises les plus vendues, car le plastic n’existait pas encore. Le travail de l’hiver était vendu durant l’été. Et le commerce « marchait » bien  car il fallait souvent ici ou là, une « banse » pour aller pendre le linge au jardin ou un panier pour aller y chercher les légumes.

Deux ou trois fois par an, passait dans les maisons, un homme qui n’avait qu’un bras, l’autre ayant été perdu au travail ou à la guerre,  et qui vendait de la petite mercerie qu’il portait dans une espèce de gibecière sur son épaule valide. Il vendait du fil, de l’élastique, des boutons ou des aiguilles à coudre car toutes les mamans de l’époque savaient utiliser ces objets là, parce que’ elles avaient eu des cours pratiques à l’école primaire. Il vendait aussi des craies spéciales  pour tracer les tissus à l’endroit où il fallait les découper; on n’achetait pas beaucoup de confection toute faite, les longues soirées étaient propices aux tricots : des écharpes, des gants ou des passe-montagnes pour l’hiver pour les enfants et le papa mais aussi la découpe d’une robe ou celle d’une courte culotte pour le gamin dans les jambes d’une vieille culotte du père ou du grand-père. Dans ce temps là la fierté venait moins des dépenses qu’on pouvait faire que de l’habilité des mains des mamans.

De suite après la guerre, on a eu la visite régulière du Flamand, le marchand de fruits. Il avait déjà un vieux camion de l’armée avec un haut parleur et s’annonçait en criant la marchandise : «  les bigarreaux, dix francs les 3 kilos » ! Eh oui, c’était une époque où un franc avait de la valeur. Comme il n’était pas avare d’une poignée de cerises ou d’une poire il vendait une grande partie de son camion dans le quartier et les kilos qu’il pesait étaient des kilos d’avant guerre. Il travaillait en famille et c’est comme cela qu’on a vu grandir le Kamiel et la Godelieve. Ils venaient de la région de Saint Trond et, parce qu’on les acceptait, ils étaient aussi de chez nous. Et je ne serais pas étonné qu’ils y aient fait souche.

Le marchand de crèmes glacées venait aussi avec une petite charrette dont la lenteur  assurait aux clients d’arriver toujours à temps. Mais il n’annonçait pas sa venue proche par une ritournelle électronique comme aujourd’hui, mais plutôt avec une espèce de cor de chasse dans lequel il soufflait plusieurs fois, suivant un rythme que les gamins de Seuris avaient traduit par : «  V’nez les p’tits enfants, dépenser les sous d’ vos parents » ! Une boule, un franc et quelle boule !

J’ai déjà évoqué les gros chevaux brabançons de la Bonne Source de Velaine qui apportaient la bière de table toutes les semaines  et dont on ne se lassait pas du spectacle lorsqu’ils mangeaient leur avoine ou lorsqu’ils buvaient leur seau d’eau; le « brasseur » quant à lui avait un long tablier de cuir contre lequel il posait les casiers ou les tonnelets avant de les mettre  sur la charrette dont le plancher était incliné vers l’intérieur, pour bien les maintenir en place. Il apportait aussi de la limonade gazeuse à laquelle on avait donné un joli nom de chez nous, poétique et évocateur, «  champagnette », très loin du coca américain et de ses produits chimiques.

Toutes les semaines passait également dans les maisons, le marchand de beurre et d’œufs, qui, bien souvent amenait, avec son quarteron d’œufs et ses deux livres de beurre, les potins de la ville. « Vous ne saviez pas qu’un tel est mort ? Ou qu’une telle se marrie ? Il était temps elle est déjà à son troisième mois » Et la nouvelle se répandait de bouches à oreilles et paraissait importante à l’époque; aujourd’hui elle serait banale.

Les petits métiers sont malheureusement disparus et pourtant ils avaient un rôle social essentiel, ils parlaient avec les gens.

André ERGO. (27 août 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur Raoul BROSTEAUX (Août 2007)

        Quelques membres de la J.O.C. en 1944. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne)

De gauche à droite
En haut
: Joseph Monroy (ou Mauroy), Franz Degraux, Robert Bureau, Robert Mal, Emile Vassart, André Brosteaux
En bas
: Robert et Jean Peysen

Raoul Brosteaux (23 août 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

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Témoignage de Monsieur Raoul BROSTEAUX (Août 2007)

Quelqu'un sur le site demandait si on n'avait pas de photos anciennes, en voici une de 5è primaire aux environs de 1950 à l'école St Joseph à Auvelais.

De gauche à droite
en haut : François Grégoire, André Bonne, x? (Fadeur), Pietro Strappazone, Jacques Lorand, Raymond Namèche
en bas : Pierre Bonne (cousin d'André), Raoul Brosteaux, Pierre Zintz, y?, René Duchemin, Roger Deltombe. 

Raoul Brosteaux (22 août 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

ma226238@skynet.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Août 2007)

La première kermesse à Seuris.

Je ne sais plus en quelle année la première kermesse eut lieu exactement, mais c’est de suite après la guerre. Les jeunes gens du quartier avaient créé un comité des fêtes et décidé de faire une kermesse à Seuris, comme avaient d’ailleurs leur kermesse les autres grands quartiers d’Auvelais, le Voisin, la Sarthe et le Pont à Biesmes.

La nouvelle excitait les gamins d’autant plus que les préparatifs débutaient quelques semaines à l’avance. Le comité allait voir les commerçants du quartier pour obtenir un « soutien » qui leur vaudrait une visite de la fanfare, puis les jeunes gens décoraient eux-mêmes les entrées du quartier au début de l’Avenue du Cimetière et de la rue Chère-Voie, ensuite on plaçait des hauts-parleurs  et on les essayait, … une, deux, trois…une, deux, trois … avant de passer un disque, le tube du moment et d’entendre le préposé à la musique affirmer, bien haut, à tout le quartier, que … ça marchait.

Mais la première kermesse c’est comme une première amourette, elle marque plus les esprits et les garçons surveillaient l’arrivée des forains et essayaient de deviner le type de manège d’après la taille et le nombre des véhicules.

Il n’y avait pas beaucoup de carrousels à la première kermesse de Seuris; un carrousel à chaînes pour les amateurs de sensations fortes, un carrousel à tonneaux qui ondulait comme une chenille et passait dans un tunnel sombre propice aux gestes amoureux et un petit tir à pipes où les plus adroits pouvaient gagner un plumeau coloré pour leur petite amie ou bien montrer leur patriotisme en bottant le derrière d’Hitler en tirant sur une cible ronde impossible à rater, qui déclenchait le ressort de la jambe vengeresse. Tout cela éclairé de lampes de toutes les couleurs.

Une kermesse inoubliable quand même pour plusieurs raisons !

On pouvait dédicacer gratuitement des disques et pendant les trois jours on a entendu une bonne centaine de fois, pour la bobonne des uns ou le pappy des autres …. Étoile des neiges  (au mois d’août, encore !) et  … Ma cabane au Canada  qu’un présentateur facétieux ou innocent annonçait de temps à autre … ma cabane à canadas. Et la rengaine recommençait  …. mon cœur amoureux, est pris au piège, de tes grands yeux    ce qui fit dire à un vieux mineur assis sur le pas de sa porte : «  Oyi, one fameuse attrape à biesse ! »

Une autre raison était la guinguette qui avait été construite sur le côté de la maison Dussart et où le fils André, qui taquinait l’accordéon, faisait le bal aussi longtemps qu’il y avait un couple en activité; un slow pour amener les gens sur la piste, un tango pour qu’ils y restent et une valse pour qu’ils aient bien soif, et de temps à autre une farandole, ou bien la danse interminable de la « grawiye » pour bien mélanger les gens.

Il y avait aussi les jeux organisés pour les enfants; les courses en sacs pour les filles et la course  à pied autour du quartier pour les garçons à laquelle je pris part. Nous étions quatre au départ et il y avait 4 prix. J’eus le dernier prix car je m’étais fait harponner par ma sœur aînée en passant près de la maison …- tu es tout en nage !- et j’avais dû me dégager d’un coup de pied. Ce qui m’avait valu deux prix, un tour gratuit au carrousel à tonneaux et une fessée gratuitement administrée en rentrant, plus tard, à la maison.

Mais on ne peut pas parler de la kermesse de Seuris sans évoquer le vicaire Philippot. Il avait étonné tous les curés du doyenné en souhaitant être le vicaire de Seuris, le quartier qu’aucun curé ne voulait. Il montait chaque année à la kermesse (car on montait à Seuris et …tout ce qui monte converge) et en voyant certains gamins qui flânaient près des tourniquets et qui, manifestement ne monteraient jamais dessus,  il allait près du patron du manège et lui payait de quoi assurer deux tours gratuits pour les enfants. Et c’était la ruée. Et d’aucuns se demandaient pourquoi le vicaire redescendait à Auvelais en souriant.

Voilà la première kermesse de Seuris; elle dut avoir du succès, car les mêmes attractions sont revenues avec d’autres les années suivantes. Il y eut aussi une vraie guinguette cette fois, avec des instruments de musique …qui jouaient seuls, sans musiciens.  On ne parla plus de l’étoile des neiges qui n’avait été que l’étoile filante d’une seule kermesse.

Mais je doute qu’on se souvienne de ces kermesses là comme on se souvient de la toute première. Je venais d’avoir dix ans.

Eh bien non ! Je me souviens d’une autre kermesse, c’était la première fois que des vrais chevaux venaient à Seuris. Ils aimaient bien le quartier car il y avait des prés tout autour et aux heures de relâche, ils allaient y brouter l’herbe. Ils aimaient tellement bien les lieux, qu’un jour, un des chevaux s’est sauvé du manège  au galop, avec une fille du quartier, accrochée à sa crinière, braillant comme une auto de pompiers. Et le cheval s’est arrêté de lui-même, au bout de l’avenue du progrès, dans le pré où on l’avait conduit durant la matinée. La fille était toujours sur son dos, verte comme le pré. Je ne sais plus avec certitude qui était la fille; je ne dirai donc pas de nom pour ne pas me faire une ennemie;  mais je me souviens très bien du cheval farceur, une petite jument à la robe blanc pommelé.

André ERGO. (22 août 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Mail de Monsieur Raoul BROSTEAUX (Août 2007)

Bonjour monsieur Perot

Je viens de lire les souvenirs d'André Ergot sur le quartier de Seuris, ayant vécu mes 22 premières années à Seuris (avenue centrale).
j'y ai bien connu André. Je voudrais apporter des compléments d'infos à ses souvenirs et parfois l'une ou l'autre rectification.
S'il a une adresse mail vous pourriez peut-être lui transmettre mon message ?

Raoul Brosteaux (21 août 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

ma226238@skynet.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Août 2007)

Auvelais Pelote, champion de division 1 en 1945 à Seuris.

Le ballodrome de Seuris, situé sur la place Joseph Wauters, était un des plus beau du pays, par sa forme idéale tout d’abord, par le fait qu’il était entièrement couvert de pavés en béton maçonnés et pour les dégagements qui permettaient au public d’assister à l’aise aux différents matches. Il n’est pas étonnant qu’à la fin de la guerre, le club de balle pelote d’Auvelais ait choisi cet endroit pour y jouer ses matches. Mais il y avait aussi d’autres équipes moins réputées dans d’autres quartiers de la ville.

Le jeu de balle était très en vogue dans la région et deux sports de balle différents y étaient représentés. La balle au tamis, qui se jouait sur la grand’ place, devant l’église, au moyen de petites balles très dures de 3 cms environ de diamètre. On livrait à main nue une de ces balles qu’on avait fait rebondir sur un tamis. Les joueurs du champ avaient un gant spécial ressemblant à celui de la pelote basque. Toutes les fenêtres des maisons de la grand’place étaient protégées par des grillages, car il n’était pas rare que les balles frappent les façades. Les arbitres eux-mêmes, près de la ligne centrale du terrain, étaient à l’abri dans une cage grillagée. Les balles ne servaient qu’une seule fois, et elles finissaient souvent leur vol dans la Sambre toute proche, chaque fois qu’un des joueurs avait «  talonné ».

La balle pelote était beaucoup moins dangereuse pour le public. Plus grosse que la balle au tamis (+ ou moins 5 à 6 cms de diamètre) elle était composée de morceaux de cuir entourés de fine corde et recouverts d’une peau en cuir fin. On livrait également à main nue, mais sans tamis et les joueurs du champ avaient un gant de cuir renforcé à la paume.
 

Une équipe était composée de 5 joueurs (c’est pourquoi ce sport était prisé dans les villages car on ne devait y trouver que 5 jeunes gens)  qui avaient une place bien déterminée sur le terrain selon leurs talents de frappeurs. Le plus éloigné (le mouchtî en wallon)  était précédé du «  grand mitan » lui-même précédé du « ptit mitan ». Les deux joueurs de la ligne centrale étaient les « passîs ».

Le jeu était très simple, le point était marqué dès que la balle dépassait la ligne du fond  dans le prolongement du terrain. Lorsqu’elle sortait du terrain après au moins un bond dans celui-ci, on marquait une chasse à l’endroit de sortie. Lorsqu’il y avait 2 chasses, les équipes changeaient de côté et les points se jouaient pour les chasses. Le point était gagné lorsque la balle sortait du terrain après au moins un bond dans celui-ci, au-delà de la chasse, dans le camp adverse. Quatre points avant l’adversaire attribuait le jeu. Un tableau marquoir tenait la comptabilité des points et des jeux. Le match était terminé après 15 jeux.

Les gamins qui connaissaient les règles (bien souvent des joueurs d’équipes d’âge) étaient marqueurs de chasse ou préposés au marquoir.

Equipe championne en 1945. Alphonse Wauthelet est la quatrième personne debout,la 2è étant Raoul Debilde et la 5è ???, accroupi en chemise blanche Camille Massart qui habite/habitait avenue centrale.


Il y avait un arbitre près de la ligne centrale, hors du terrain et des juges de ligne sur les lignes de fond.

De chaque côté du terrain, il y avait des bancs de bois, mais il n’était pas rare que les spectateurs amènent leur propre chaise pliante. Les matches à Seuris étaient suivis par un nombreux public de connaisseurs.

L’équipe auvelaisienne qui fut championne de division 1 en 1945 comptait dans ses joueurs un jeune homme de Seuris, Alphonse Wauthelet, qui fut un très bon « grand mitan » durant quelques années. Peu de temps après, cette équipe comptait 3 jeunes gens de Seuris, Alphonse Wauthelet, bien sûr mais aussi Georges Moreaux (ptit mitan) et Firmin Franquin (passî). On peut dire que le sport de balle pelote était devenu le sport du quartier.

De gauche à droite : debout, Maurice Haecke, Raoul Debilde, Le Grand Gusse (mouchtî), Georges Moreaux (ptit mitan), Alphonse Wauthelet (grand mitan), Ducoffre président ?, Gilain; accroupis, les passîs : ? et Firmin Franquin.
 

Le Comité, excepté le président, habitait le quartier ou très près. Maurice Haecke habitait l’avenue du cimetière, Gillain sur la place et Raoul Debilde habitait la rue de Falisolle.

Les gamins de Seuris jouaient également à la balle pelote, dans la rue et sur des terrains plus petits qu’ils dessinaient à la chaux, avec les balles qui n’étaient plus bonnes pour les matches officiels et que leur donnait le comité.  N’étant pas un grand frappeur, j’ai joué quelque temps à la place de « passî » avec des amis, Gérard Lambert, Jean-Marie Bauloye, Nestor Laviolette et René Wauthelet, le petit frère d’Alphonse. On passait sur le « grand terrain », quand on était capable de livrer au-delà de la ligne centrale.

Beaucoup de gamins possédaient un gant, à la taille de leur main, cadeau souvent d’un papa qui avait été lui-même joueur de balle pelote. On prenait déjà les poses des grands joueurs et comme eux, on criait avant chaque balle, en se tournant vers eux, les prénoms de nos compagnons : «  Gérard, Jean-Marie, Nestor, René ! » de quoi stimuler l’esprit d’équipe, en insistant, selon la trajectoire de la balle, sur le prénom de celui qui allait devoir la renvoyer, « Jean-Marie !! ». Et on suivait du regard  la balle qui retournait loin, dans le camp adverse, que nous avions déjà investi, en champions ou bien, comme les grands, on contestait déjà l’emplacement des chasses en essayant d’influencer l’arbitre.

André ERGO. (21 août 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Echange de mail entre Mr Marcel CHAMPAGNE et Mr André Ergo (Août 2007)

Bonsoir Monsieur Ergo,

Lorsque j’ai habité Seuris, donc de 1955 à 1964, j’avais deux grands amis de l’âge de mon père.  C’étaient plutôt des amis de mon père que j’ai toujours connu ensemble, des inséparables, pourtant l’un était italien (Mario) et l’autre allemand (Robert).  Pour moi, ils comptaient même plus que la famille, et pourtant à l’époque la famille avait encore grande importance.  Mon père qui provenait d’Arsimont était également mineur et je descends bien de familles de mineurs.

Avant de quitter Seuris, mon père avait du abandonner la mine et devenait électricien en bâtiment pour un patron de Velaine, il reprenait la place d’un voisin (m’a dit mon frère) qui était alcoolique.  Mes 2 amis avaient quitté la mine également et s’étaient retournés définitivement dans le village de Mario en Italie.  Mon père et Mario s’écrivaient régulièrement durant de nombreuses années et quand il n’y avait pas de courrier en provenance d’Italie, ma mère me disait qu’il se passait quelque chose, parfois c’était au sujet de la santé de Robert.  C’est encore à cette période que j’ai pu aller avec mes parents en vacances chez eux en Italie, j’avais un jeune frère qui était décédé et mis en caveau au cimetière de Seuris.  J’ai pu revoir encore une fois mes amis peu de temps après que j’habitais à Pontaury, ils passaient quelques jours des vacances chez nous puis chez d’autres amis en Belgique.  Par la suite, mon père a commencé à délaisser le ménage (il y a eu longue séparation puis divorce) et à partir de là, plus de nouvelles de mes amis d’Italie et quand je demandais à ma mère, elle ne savait pas, on pensait même à une grave maladie ou décès.

Plus de 35 ans se sont passés, la vie continue pour tout le monde et moi je me suis mis au travail (et ce n’est pas encore fini), il y a deux ans j’ai voulu tenter d’obtenir des nouvelles de mon ami Mario (vivant ou décédé) tout en me doutant que Robert devait être décédé depuis longtemps.  Il y a désormais Internet et je pensais bien obtenir des informations.  Un problème, je ne connais pas l’italien et je ne connais pas la famille de Mario.  Peu importe, j’ai trouvé des intermédiaires qui m’ont retrouvé mon ami vivant mais plus pour longtemps.  J’ai envoyé deux courriers mais n’ai pu obtenir de réponse, ensuite on m’a dit qu’il était trop tard.  J’aurais pu connaître certaines informations, mais j’ai très peu été aidé et mes résultats ont été maigres.  Si j’avais pu connaître l’italien, j’aurais certainement pu obtenir plus de renseignements.  Tenant très fort à mon objectif, puisque j’avais quand même de grands sentiments pour mes amis, j’ai donc décidé de poursuivre des recherches en Belgique mais je ne me rappelais plus très bien où habitaient mes amis par ici et mon frère ne se souvenait plus non plus.

 Entre-temps, il y a eu la commémoration du Bois-du-Cazier.  Je savais que mon père et mes amis n’avaient pas travaillé là-bas mais je savais que je connaissais quelque chose de cela depuis bien longtemps et j’ai tenté de me souvenir.  Mon père m’avait dit avant son décès qu’il était à ce moment au Mambourg et qu’il a manqué de participer aux sauvetages.  Mais j’ai fait travailler mes méninges un bon moment et j’ai entendu parler d’un témoignage sur Fleurus qui disait avoir vu Charleroi brûler.  Ca y est, par recoupement, j’y arrive.  Incroyable !  C’était le jour même, je n’avais pas encore un an.  Où j’habitais à Seuris, donc au milieu de l’Avenue du Progrès, on pouvait voir les terrils de Charleroi à l’horizon et l’école au bout de la rue n’existait pas encore.  C’était dans cette direction, je me souviens avoir vu une fois de la fumée aussi loin le matin, très peu pour moi.  En ai-je parlé à ma mère ?  Mais je n’avais pas un an !  En tout cas, je sentais une certaine angoisse.  On devait certainement attendre le retour de mon père pour obtenir des informations.  Je me souviens aussi d’une attitude où j’avais vu mon père (faut pas me demander les détails, à cet âge) expliquer un accident de travail à ma mère.  Pour moi, il ne pouvait y avoir d’autre accident important, d’où on peut rapprocher les deux faits.  Et voilà !  Quel souvenir !

 J’ai aussi pris contact avec les archives du Bois du Cazier pour savoir ce que je pouvais trouver sur mon père et cela a été très difficile car je suis passé d’associations en associations, mais j’ai pu enfin obtenir l’itinéraire de la carrière de mon père dans les charbonnages et de là, j’ai pu en faire de même pour mon ami Mario.  Pas évident d’obtenir des renseignements aussi privés.  Pour Robert qui vivait avec Mario, je n’ai pu car je ne connaissais pas son nom de famille.  Dès lors, je me suis intéressé aux charbonnages et mineurs de nos régions car cela représente un socle grâce auquel je vis même si je n’ai pas été mineur moi-même.  Certains font de la généalogie, moi j’estime que les recherches que j’entreprends sont plus exactes pour connaître ses origines.  Alors ainsi, d’articles Internet en d’autres articles, de photos, littératures, et de bourses aux livres, voir des conservateurs, je découvre aussi de la littérature sur Auvelais et des photos.  Ainsi j’ai pu apprécier votre témoignage sur Seuris, que j’apprécie même encore plus.

 J’ai pu aussi voir une photo de classe de 6e primaire dans un livre tenue par Mr Destrée.  Mes amis d’époque, de Seuris, voir d’Auvelais étaient dessus mais pas moi.  Forcément car j’étais en 5e de 2 mois que je quittais Auvelais pour Mettet et j’ai terminé mes primaires dans cette nouvelle commune.  Je n’avais malheureusement plus de contacts avec mes bons amis d’époque, nous ne nous étions pas échangés nos adresses.  Ainsi va la vie.

 Dans mes recherches, j’ai pu aussi découvrir que mon père a pu travailler avec le grand-père du bourgmestre actuel d’Auvelais, Mr Luperto aux charbonnages Ste Elisabeth.  Ceci m’avait été précisé par Mr Luperto.

 Ceci étaient mes explications préliminaires mais comme vous l’aurez remarqué, au départ mes recherches n’étaient pas basées sur Auvelais mais cela est arrivé de fil en aiguille.

 Ci-joint en un seul fichier deux photos qui doivent dater de 1964, prise devant notre maison au 15, Avenue du Progrès.  L’enfant doit être ma sœur, la dernière, donc née après le garçon décédé.  La personne accroupie sur la photo floue est ma mère, ROMIGNON Gisèle, et le grand (déjà) garçon sur l’autre photo, c’est moi (qui n’ai jamais suivi de cours dans une école communale ; catho et puis l’état).  Les maisons qu’on peut voir à l’arrière-plan sont de la Rue Nouvelle et sur la photo où je me trouve, on peut voir à gauche un petit morceau du mur du cimetière.  C’est tout ce que j’ai pu récupérer de photos de ce lieu.  Mais si vous voulez une photo où l’on voit mieux ma mère, je pourrais vous proposer une photo meilleure de 2-3 ans plus tôt quand nous étions en Italie.

 Il me restera donc à vous passer d’autres anecdotes de mes années passées à Seuris si vous voulez et quelques éléments à comparer avec ce que vous avez connu avant moi.  Je crois que ça peut être intéressant.

 Je transmets également à Monsieur Pierre Perot pour qu’il puisse recevoir aussi les photos.

 Avec mes meilleurs respects,

Marcel CHAMPAGNE (13 août 2007)
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Mail de Monsieur Marcel CHAMPAGNE (Août 2007)

Bonjour,
Les témoignages de Monsieur André ERGO m’ont beaucoup intéressé car il s’agit d’un ancien seurisien comme moi et certainement plus âgé que moi qui suis né en 1955 et qui ai vécu mes 10 premières années dans ce quartier.  Il y avait donc dans ma période beaucoup plus d’habitations qu’il ne citait, notamment dans la rue où j’ai vécu, à savoir l’Avenue du Progrès, qu’il cite comme étant la Rue du Progrès.
J’aimerais échanger mes connaissances sur cet endroit avec ce monsieur.  Auriez-vous donc l’amabilité de me mettre en contact avec lui ?  Par email pour commencer, ce serait sans doute plus facile.  Voici mes coordonnées :

Bien sincèrement,
Marcel CHAMPAGNE
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Mars 2007)

La première cavalcade qui est montée jusque Seuris. 

Les quartiers périphériques d’Auvelais étaient souvent oubliés par le cortège de la cavalcade. Le quartier de Seuris existait depuis plus de 25 ans à la fin de la guerre et il n’avait pas encore été visité par cette réjouissance importante. C’était assez incompréhensible et particulièrement injuste, car le quartier était très populeux et qu’il avait la voierie la plus moderne et la plus belle d’Auvelais. .

C’est en 1948 que le comité des fêtes décida de monter vers Seuris par la rue de Falisolle et de redescendre vers le Pont-à-Biesmes par la rue de la Bruyère. La cavalcade passait donc à l’entrée de Seuris, au carrefour de la rue Saint Sang où se trouvait le seul café du coin, le café des étrangers, tenu à l'époque par la famille Hellas (2 fils : Marcel et Alfred). Tous les habitants du quartier étaient évidemment massés au carrefour puis ceux qui souhaitaient voir les rondeaux et la remise des prix sur la  place communale descendaient par la Radache pour rejoindre et suivre le cortège devant la chapelle de l’école des soeurs.

Ce fut une des plus belles cavalcades. La guerre était déjà oubliée et malgré qu’il y avait encore des timbres de ravitaillement, les tartes au sucre et celles aux fruits et le café passé au ramponneau avec une pincée de chicorée avaient été préparés dans toutes les maisons. Je finissais l’école primaire, je venais d’avoir ma première culotte golf, comme Tintin, j’entrais dans le monde des “grands”!

Les quelques photos qui suivent ont été prises au cours de cette cavalcade.

Groupe Blanc sur Noir de Bruges

Fanfare Le Réveil de Dison

Cercle Irène Janssens

Groupe Les vrais Courtraisiens

Groupe La Pagode Chinoise d’Andenne

Les Chinels deFosses

       
 

Groupe Les Mexicains de Willebroeck

   

Groupe Le Far West de Courtrai

 

Le quartier de Seuris pendant la guerre 1940-1945

 Les rues du quartier et la place Joseph Wauters viennent d’être pavées  avec les pavés de bétons que l’on a connu  jusqu’il y a pas longtemps. Les pavés du centre de la rue sont marqués par un côté renforcé par un angle en fer  marquant le centre de la rue. L’évacuation des eaux est très moderne et installée profondément sous la rue. Les trottoirs sont très larges mais pas encore pavés. C’est le quartier d’Auvelais qui a la plus belle voirie. La rue de Falisolle qui joint le quartier au centre de la cité est encore pavée avec les gros pavés de Quenast;  la rue de la Bruyère et la rue Radache ne sont pas pavées du tout du moins dans la partie pentue pour cette dernière.

C’est très difficile à imaginer aujourd’hui, mais le quartier de Seuris était pratiquement à la campagne, entouré de tous côtés par des champs cultivés ou par des prairies.

En 1940, lorsque la guerre éclate, la plupart des gens du quartier évacuent et les maisons restent sous la surveillance de quelques vieux couples. Pour expliquer cet exode, il faut rappeler les exactions des troupes allemandes pendant la première guerre mondiale et les nombreux fusillés dont le cimetière tout proche  rappelait le souvenir. Mon père fonctionnaire ne voulait pas quitter son poste; et ce sont les demandes répétées de ma mère qui l’ont décidé à partir, quelques jours après les autres habitants. Entre temps des troupes françaises avaient pris quartier dans la petite école où de la paille avait été amenée, et lorsque ma famille a quitté Seuris, mes parents, après avoir fermé la porte de la maison, ont remis une clef au sous-officier qui commandait le détachement. Ce sous-officier qui a été prisonnier en Allemagne durant 5 ans, nous a renvoyé cette clef après la guerre, avec une photo de sa femme et de sa fille.

Nous avons évacué par des chemins de campagne jusqu’à Monceau Saint Vaast en France, où les troupes allemandes nous ont rattrapés. Nous sommes rentrés à Seuris parmi les premiers. Le quartier était intact et je ne crois pas qu’il y eût des décès parmi les habitants, en cours de route.

Les gens de Seuris ont dû, comme partout, s’organiser pour survivre à la guerre. Il y avait des timbres de ravitaillement pour la plupart des choses utiles; et la population était très rationnée sur la nourriture. Mais un quartier d’ouvriers, c’est bourré d’initiatives et de savoir faire. On a vu apparaître à Seuris chez certains des chèvres et des moutons qui étaient mis au piquet dans les terrains vagues, des poules chez d’autres ou des lapins. Mon père avait opté pour ceux-ci; il avait fabriqué des cages dans une remise et les lapins mangeaient les pelures de pommes de terre  (que ma mère faisait très fines), les rebus de légumes et les pissenlits que nous allions chercher dans les champs en face de la maison. Les enfants donnaient des noms aux lapins; c’est difficile de manger un lapin qui a un nom, mais c’était la guerre Quand on nettoyait les cages, la paille souillée était mise dans le fumier et servait à enrichir la terre du jardin. Partout dans le quartier, les jardins étaient utilisés à bon escient et les cultures s’y succédaient  avec la pomme de terre, suivie des poireaux et des choux pour l’hiver.

Les enfants participaient à la chasse aux doryphores. Les surplus de légumes ou de fruits étaient mis dans des bocaux et stérilisés pour plus tard. Les fumeurs gardaient un petit coin du jardin pour y faire pousser quelques plants de tabac. Mais cela ne suffisait pas; alors, les gens ont loué des parcelles dans les terrains de culture entourant le quartier pour y planter bien souvent un complément de pommes de terre et des haricots. Parcelles qu’il fallait bêcher avant ou après la journée de travail ou le dimanche si le temps le permettait.

Le pain aussi était rationné, pas question de pain blanc bien sûr, mais un pain gris, collant dans mes souvenirs, et les tartines étaient comptées. C’est pourquoi, en été, à l’époque de la récolte du froment, les gens partaient en famille dans les villages des alentours pour aller ramasser, sur les champs récoltés, les épis qui restaient sur le sol (on disait en wallon qu’on allait « mèchner » = glaner). Quand on avait beaucoup de chance on ramassait sur la saison 6 ou 7 Kg de grains qu’on allait faire moudre dans un moulin à Arsimont et les mamans du quartier pouvaient cuire de cette manière quelques beaux pains complets. Il y avait aussi des réductions sur le charbon, on ne chauffait qu’une seule pièce de la maison et le poêle de chauffage servait aussi pour cuire les aliments. Le soir, il fallait occulter les pièces où on vivait et où la lumière était allumée; l’éclairage public était également éteint.

Les soirées d’hiver étaient mortelles et très longues, avant d’aller coucher, on plaçait sur le poêle des pierres réfractaires et lorsqu’elles étaient chaudes, on les enroulait dans un papier journal et on allait les placer dans le lit, une dizaine de minutes avant d’aller dormir.

Les soirées d’été étaient plus plaisantes; les habitants, aussi bien les femmes que les hommes, se rassemblaient à certains endroits, les uns apportant une chaise, les autres un banc et ils bavardaient jusqu’à ce que le soir tombe et parfois jouaient aux cartes. Il faut dire qu’il n’y avait pas de TV à l’époque et qu’il n’y avait que quelques radios, qu’on n’ouvrait pas trop fort parce qu’on y écoutait parfois la radio belge de Londres.

Toutes ces petites choses ont rapproché les gens.

Les dimanches se succédaient suivant les mêmes rites. On voyait tout d’abord passer certains hommes avec de petites cages à la main. Ils allaient dans les cours Scohy pour faire chanter leur coq. Le chant des coqs remplaçait les cloches des églises. L’église du centre était inutilisable et les offices religieux avaient lieu à la salle Saint Joseph, souvent bondée, car la frousse stimulait la piété des gens. L’après-midi, les hommes organisaient quelques jeux. Sur le trottoir de la maison, du côté de l’avenue du cimetière se trouvait un jeu de quilles, ancêtre du bowling  mais où il n’y avait que 5 quilles et où les boules faisaient l’objet d’un tir tendu. Les points se marquaient sur une planche à trous au moyen de broches. Un plan incliné  permettait de renvoyer les boules vers la zone de lancement  D’autres jouaient «  al Djass » au moyen de grosses billes de roulements avec lesquelles on devait retourner des pièces de monnaie placées sur une large pierre plate ; un autre jeu d’argent « al flote » se jouait également, les pièces d’argent étaient empilées ici sur un bouchon. Tous ces jeux avaient leurs règles que j’ai oubliées, mais les mises en argent étaient très petites et n’étaient là que pour stimuler les joueurs. Tout cela se faisait sur les trottoirs, improvisés terrains de sport.

Les garçons du quartier vivaient en bande; on les voyait généralement une dizaine à la fois, mais pas souvent les mêmes. Il y avait parmi eux une hiérarchie basée sur l’âge, la force ou l’audace Curieusement, alors que les garçons des autres quartiers, scolarisés dans des écoles différentes, appartenaient davantage à leur école qu’à leur quartier, ceux de Seuris ne faisaient pas cette distinction. Ils étaient tous passés par la petite école du quartier.

On était de Seuris comme on est d’un pays.

Et ce pays avait des frontières, défendues âprement contre d’autres bandes (Saint Sang, Pont à Biesmes, Tamines les Alloux) autre version de la guerre des boutons. Il y avait des sites privilégiés par la bande; la vieille fosse derrière le cimetière, fortin inexpugnable dont les garçons connaissaient tous les coins et recoins et où les anciennes canalisations permettaient de prendre l’ennemi à revers. Le bâtiment principal avait été muré et le chevalement du puit central avait été heureusement recouvert d’une dalle en béton. De ce fort, on passait facilement, par les champs et par le chemin de fer, au bois de Chère Voie, autre lieu magique, où on construisait des cabanes tellement bien cachées qu’on ne les distinguait pas des sous-bois environnants. Parce que c’était interdit, on passait parfois derrière le débarcadère du charbonnage de Falisolle sous le carrousel des wagonnets amenant le charbon à la Sambre et on poussait jusqu’au pied du terril où on cassait des pierres pour découvrir ce qu’elles cachaient, des dessins de fougères. Nous ne savions pas que c’était des fossiles. On y pêchait aussi …les grenouilles nombreuses à l’endroit. Une épingle à boule pliée comme un hameçon attachée à du fil à coudre blanc, au bout de laquelle on plaçait un bout de laine rouge. On balançait le tout au dessus des marais et la grenouille se faisait prendre en sautant après le bout de laine. On récoltait aussi les têtards dans de vieilles boites à conserve.

L’hiver, lorsque la neige était présente, le « tienne » de Chère Voie était un lieu de sport incontournable. Tous les garçons s’y rendaient avec le traîneau fabriqué par le papa; on n’achetait pas les traîneaux à l’époque. La descente s’effectuait sur le côté gauche et la remontée se faisait sur la droite qui était plus haute, à partir du premier tiers de la descente, à cause d’un affleurement schisteux. Ceux qui rataient la partie basse s’engageaient en traîneau sur la partie de droite et  finissaient toujours la descente sur leur derrière ou sur le ventre, loin derrière leur véhicule.

Chaque saison avait donc ses jeux et ses activités.

L’automne était ma saison préférée car le plateau de Seuris était balayé par les vents d’ouest. On pouvait voir alors, dans le ciel du quartier, jusqu’à une vingtaine de cerfs-volants à la fois. Tous ces cerfs-volants avaient été fabriqués par les garçons eux-mêmes. Il fallait d’abord choisir les baguettes, droites; enlever l’écorce puis les laisser sécher pour qu’elles deviennent plus légères. Il fallait alors les joindre en croix, au moyen d’un nœud de capelage en fil à coudre puis joindre les quatre sommets avec le même fil à coudre. On appliquait tout cela sur un papier fort qui, découpé un peu plus large que le modèle, était alors retourné sur celui-ci puis collé. La construction la plus délicate car elle allait conditionner la capacité de flotter en l’air du cerf-volant, était l’attache du fil qui se faisait sur la plus longue baguette suivant un triangle rectangle, théorème de pythagore sans le savoir. On finissait le tout par une longue queue garnie de papillotes et il ne restait plus qu’à tester le prototype. Lorsque le cerf-volant était bien haut dans le ciel de Seuris, on lui envoyait des messages  composés d’un bout de papier placé autour du fil et collé à la salive, sur lequel on écrivait bien souvent le nom de la petite amie du moment. Le vent se chargeait de le faire grimper jusqu’au cerf-volant. C’était un mauvais présage pour l’idylle lorsque le papier se décollait avant d’atteindre le sommet, et redescendait en virevoletant

Un été, l’entraîneur de boxe Tréfois, était venu à Seuris avec des gants d’entraînement et tous les garçons avaient  voulu se mesurer au noble art. On avait dessiné un ring sur le trottoir, et opposé des adversaires de même taille. Je devais combattre contre mon ami Jean Marie Bauloye, mais les gants étaient trop lourds pour mes bras et j’avais la garde un peu basse. J’ai été deux fois au tapis en deux coups, et on a jugé bon de me retirer les gants. Je ne serais jamais boxeur! Heureusement, j’excellait dans d’autres types de sports, comme les billes par exemple, où j’étais un champion à la « potelle ».

Pendant la guerre, nous avons eu un hiver long et rigoureux et nous avions construit dans les champs de l’avenue du cimetière, pour nous mettre à l’abri, un véritable igloo. La technique avait été simple, on faisait de grosses boules de neige, qu’on équarrissait en blocs, puis on  empilait ceux-ci  en donnant à la construction la forme d’un igloo, avec une petite entrée. Cet igloo avait survécu quelque temps à la neige.  

La fin de la guerre amena les bombardements (pas à Seuris) et le passage des forteresses volantes nombreuses, qui traçaient des faisceaux de lignes blanches dans le ciel et qui lâchaient des tonnes de papier argenté pour notre plus grand plaisir. Parfois elles étaient accompagnées par des bandes de chasseurs  qui repassaient seuls quelques minutes plus tard et qui en profitaient pour mitrailler çà et là quelques objectifs. Ainsi, deux lightnings (avion à deux queues), après être passés en rase motte au dessus de Seuris, ont lâché deux petites bombes sur la centrale électrique, bombes qui n’ont pas explosé par bonheur car la chaudière de la centrale était sous pression et son explosion aurait créé de sérieux dommages. On était averti des attaques par un système d’alerte; les gens se précipitaient alors dans les caves ou dans l’abri qui avait été construit sous terre au coin de la rue Nouvelle et de la rue du Progrès. Les alertes de nuit étaient particulièrement pénibles, elles étaient aussi plus impressionnantes; parfois on voyait repasser des forteresses volantes en feu.

Après la guerre, la bande de garçons prendra cet abri comme quartier général. Mais la guerre laissa d’autres séquelles dans l’esprit des garçons.  La résistance avait essayé sans succès de faire dérailler des trains dans la région. En jouant à la résistance, les garçons ont donc essayé de faire dérailler le train Dinant-Tamines dans la tranchée de Chère Voie, en plaçant un gros boulon dans un aiguillage. Et la locomotive se coucha sur le côté des voies, sans dommages pour les passagers. On ne peut pas en dire autant des fesses des garnements, ni de la bourse des parents qui durent payer le déplacement d’une grue du chemin de fer. J’étais heureusement absent ce jour là.

La fin de la guerre amena d’autres festivités. On pendit et on brûla Hitler sur la place de Seuris devant la plupart des habitants du quartier. Les femmes avaient confectionné des drapeaux  et lorsque la libération arriva, toutes les maisons étaient garnies.  Aussi la déception fut grande quand on apprit que les Américains  ne passeraient pas à Auvelais, mais à Velaine et à Fosses; Auvelais était isolé du reste du monde, car les ponts étaient détruits. On se déplaça donc pour « voir » nos libérateurs. Plus tard on accueillit à Auvelais, dans le garage Lauten (ensuite Lecharlier) un peu au dessus de la maison du peuple, une boulangerie de l’armée américaine, composée uniquement de grands soldats noirs. C’était pour chacun des garçons, les premiers hommes noirs qu’ils voyaient. Ils distribuaient des « chiques » aux enfants avec un large sourire et parfois leur donnaient un curieux pain blanc, qui reprenait sa forme après avoir été écrasé. Ces soldats furent reçus chez l’habitant à leur grand étonnement car les Noirs étaient toujours des parias aux Etats-Unis.

Sur le petit terril de la fosse derrière le cimetière, d’autres américains avaient installé un canon de défense aérienne (il n’a jamais rien tiré) et le lieu fut interdit à la bande des garçons.

Une autre manifestation qui eut son succès pendant la guerre fut la procession du Saint Sang, dont la chapelle appartenait manifestement au quartier de Seuris. La procession suivait la rue de Falisolle , prenait la rue Chère Voie et retournait par la rue Seuris. Sur le parcours, de nombreuses maisons improvisaient de petits autels, sur une chaise garnie d’un drap blanc ou bleu, d’un crucifix ou d’une vieille statue et de beaucoup de fleurs, parfois placés à la fenêtre  et plus souvent dans la porte ouverte.. Les habitants du quartier s’étaient appropriés cette procession.

La guerre finie, comme la vieille fosse était interdite aux gamins, ceux-ci allèrent à la découverte d’autres terrains de jeux, notamment sur la Biesme au lieu-dit « La Batte » où ils construisirent des barrages de cailloux pour remonter le niveau d’eau afin de pouvoir « nager »! Mais le vrai sport, que je n’ai jamais osé pratiquer, était de plonger du pont du chemin de fer dans la Sambre et de rejoindre le chemin de halage sur la lancée. C’est aussi l’époque où la bande allait sur le territoire des Alloux, provoquer les garçons de là-bas, en utilisant le bac  placé  pour que les ouvriers puissent traverser la Sambre pour rejoindre leur lieu de travail.

Les plus âgés du groupe quittaient celui-ci pour aller travailler à l’usine (à 14 ans) après avoir fait une septième et une huitième primaire, d’autres allaient à l’Athénée et portaient fièrement la casquette à penne qui les consacraient « étudiants »; comme j’étais le « raculot » de la famille, mes parents se privèrent pour me mettre en pension, dans une institution de grand renom, grâce à un de mes instituteur de l’école primaire. L’éloignement cassa certains liens avec mes copains d’hier que je ne rencontrais plus que durant les week-ends des vacances ou pendant la fête du quartier. Je m’efforçais de ne pas devenir le petit bourgeois, destin qui me semblait tracé, et je cultivais la langue wallonne qui était celle de « mon » quartier, celle qui me valut mes plus grandes punitions, mes blessures de guerre : «  vous me conjuguerez le verbe parler français à tous les temps » !

André ERGO. (mars 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Février 2007 - Mars 2007)

SEURIS

Le quartier de Seuris doit son origine à la mise en chantier d'un nouveau cimetière. Terrains agricoles de valeur médiocre sur une base schisteuse qu'on aperçoit très bien dans la tranchée du chemin de fer près de pont de Chère-voie. Le lotissement créé à Seuris était particulièrement bien situé à deux pas des industries de Tamines et à courte distance de la fosse de Falisolle en pleine activité à l'époque et d'une autre en devenir derrière le cimetière, et également pas trop loin du centre d'Auvelais. La seule rue existant sur ce plateau était la rue Chère-voie qui reliait la route provinciale de Falisolle à la Sambre sur le territoire de Tamines. Cette route non carrossable comportait quelques maisons avant la création du nouveau quartier.
Le lotissement avait été très simple; une avenue qui conduisait au cimetière depuis le carrefour de la rue Saint Sang, à bonne distance de celui-ci une longue rue parallèle à la rue de Falisolle reliait l'avenue du cimetière à celle de Chère-voie. Tout cela avait été calculé pour que toutes les parcelles aient un grand jardin. Plus tard trois autres rues furent créées, la rue Nouvelle bordée d'Acacias du côté du cimetière, qui joignait l'avenue du cimetière à celle de Seuris, puis deux rues cul de sac partant de la place, la rue du Progrès et l'avenue Centrale. Les trottoirs de ces rues sont très larges car on a demandé aux acheteurs de parcelle de faire une avant-cour à chaque maison. Les premières maisons bâties dans le lotissement auront toutes ces avant-cours, puis cette exigence coûteuse sera levée.
Le quartier de Seuris est un quartier d'artisans et d'ouvriers, particulier car chacun des ouvriers a contracté un emprunt pour devenir un jour propriétaire de sa parcelle et de sa maison. Le quartier est composé de jeunes couples et il y a beaucoup, beaucoup d'enfants. La langue du quartier est celle des ouvriers, le wallon, même chez les couples où le mari est flamand ou chez ceux qui sont originaires d'Italie.
Tout le monde se connaît; il n'y a aucune auto et aucune moto. Les enfants jouent à même la rue. Nous sommes aux environs de 1930.

On entre dans le quartier par l'avenue du Cimetière qui a été bordée de platanes comme le montre la carte ci-dessus qui doit dater de +/-1950 ? Le côté droit de la rue ne possède que 3 maisons. Celle du coin, qui est une magasin de poêles avec un petit atelier de plombier zingueur; chez les Lannoye où il y a un garçon, André, qui fera des études d'architecte. Une deuxième maison chez les Lambert où le papa marbrier à un petit atelier de polissage et de découpe du marbre; un garçon également, Gérard, qui deviendra, je pense, enseignant. La dernière maison, près du cimetière, celle du fossoyeur, la famille Massinon où il y a aussi plusieurs enfants mais je ne me souviens que de Nelly qui avait à peu près mon âge. Tous les terrains autour sont des prairies ou des champs cultivés. Sur ce côté de la route, il y a aussi pratiquement dès le début du quartier, une petite école communale gardienne justifiée par les nombreux enfants. Deux classes, la plus grande celle de Mademoiselle Yvette (Patriarche) où on retrouve les 3 et 4 ans; la plus petite classe, celle de Mademoiselle Lorand, celle des 5 ans, où on apprend déjà des éléments de calcul et d'écriture. Je suis entré dans cette école en 1938, à l'âge de 2 ans après m'être sauvé de la maison (en face) probablement attiré par les cris des autres enfants et après être passé à travers les barreaux de la barrière J'étais sur le bras de Mlle Lorand quand ma mère apeurée est revenue me chercher. L'institutrice a insisté pour que je reste à l'école puisque j'y avais été de ma propre initiative. C'est comme cela que je suis resté toujours chez elle, dans la classe des grands jusqu'à mon entrée à l'école primaire. C'est comme cela aussi que j'ai arrêté de boire un biberon car les autres se moquaient de moi.
Il faut parler de Mademoiselle Lorand qui était une vieille jeune fille, institutrice par vocation, parce qu'elle était appréciée de tous les habitants du quartier et qu'elle le méritait bien.

Autour des platanes de la cour de l'école, il y avait des parterres bordés d'un cercle de béton et remplis de terreau, qu'elle attribuait entre les "grands" élèves pour qu'ils y plantent des fleurs. En 1940, la petite école fut occupée par les troupes françaises et quand tout le monde fut rentré d'évacuation, les enfants de l'école ont dû affronter les restrictions de la guerre. Mademoiselle Lorand veillait à ce que chacun des enfants boive jusqu'à la dernière goutte du bol de soupe qu'on recevait du secours d'hiver et surtout la cuillerée d'huile de foie de morue qui était plus difficile à avaler que la grosse pilule rose de vitamines que chacun allait chercher à son tour dans un gros bocal au couvercle rouge, pour la croquer comme un bonbon. A midi, on mangeait en classe la "miche" préparée par notre maman. Combien de fois Mademoiselle Lorand n'a-t-elle pas compensé de ses propres tartines la miche trop pauvre d'un des gosses. J'étais trop petit pour m'apercevoir de ces choses, c'est ma mère qui me l'a raconté beaucoup plus tard.
Laïque convaincue, Mademoiselle Lorand a été déçue quand mes parents m'ont mis à l'école Saint Joseph. Mais le samedi, jour du bulletin, elle changeait son itinéraire et descendait au centre par la rue Radache, caillouteuse et boueuse à l'époque, pour me rencontrer.
Je peux voir ton bulletin ? Et je m'exécutais. Tu as 8/10 en discipline, pourquoi ?
J'ai bavardé à l'école ! Elle souriait et murmurait pour elle-même : ils ne pourront jamais rien changer à cela. Comme elle avait raison.
Mademoiselle Lorand est morte en 1943; j'avais 7 ans. Il ne manquait pas un seul des ses anciens bambins à l'enterrement. C'était mon tout premier contact avec la mort d'un être cher.
J'ai souvent été frustré que l'école de Seuris ne s'appelle pas Ecole Mademoiselle Lorand.


Les familles pionnières du quartier de Seuris


Le côté gauche de l'avenue du Cimetière était presque entièrement construit. La première maison, celle où une rampe inclinée conduit à un garage souterrain, était occupée par la famille Lambinet un jeune couple qui avait 2 enfants un garçon Pierrot et une fille, mais qui ne sont pas restés longtemps à Auvelais. Ils ont été remplacés par la famille Rigault qui avait aussi un garçon Marcel, et une fille. Ce Marcel était un personnage. Avec une cape noire, un chapeau comme zorro et des hurlements de loup, c'est lui qui fut tout un temps l'homme loup du bois de Chère-voie à tel point que la gent féminine du quartier n'osait plus passer là-bas sans être accompagnée. La mafia des garçons de Seuris savait qui était l'homme loup, mais la loi du silence était scrupuleusement respectée. C'est dans le garage des Rigault que j'ai vu mes premières séances de cinéma organisées par Marcel, moyennant l'une ou l'autre pièce qu'on prélevait sur le stock de "mastoques" collecté aux baptêmes assez nombreux à Seuris.

Je n'ai pas de souvenir précis des gens de la maison suivante qui étaient un couple assez âgé, sans enfant.
Après la guerre la maison fut d'ailleurs vendue à une jeune fille de la rue, Edith Latour, qui venait de se marier

L'espace qui suivait était occupé par une famille flamande de forains; les Peeters, qui avaient à l'époque un manège de chevaux de bois et des balançoires
, ils ont eu par la suite des auto-skooters. On ne les voyait qu'en dehors de la saison des foires et des fêtes. Les enfants qui étaient déjà des adultes avaient repris le manège des parents et remettaient le matériel en ordre durant la morte saison. La maman une petite flamande rondelette qui souriait toujours était appelée ons Moe (notre mère) par ses enfants et par mimétisme par tous les enfants du quartier qui croyaient que c'était son nom. Son mari était plus rugueux et courait après nous quand notre balle s'égarait dans le champ de patates ou de poireaux qu'il cultivait de l'autre côté de la route, en ponctuant sa course de nombreux Godferdomme. Ce fut la première rencontre des gamins de Seuris avec la langue flamande. Un jour, le vieux Peeters remontait à vélo la rue Seuris le long de la bordure gauche. Je commençais à peine à tenir sur un vélo mais je faisais déjà la course avec les copains autour du quartier, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre; à l'entrée de la place, il était sur ma trajectoire et je n'avais pas encore appris à freiner. Le choc fut violent et le vieux Peeters se retrouva à terre, la chaîne sautée, le bas du pantalon pris dans les rayons et une jambe entre la cadre et le pédalier.
C'est ce que mes copains m'ont dit, car je n'avais pas attendu mon reste, poursuivi par une litanie (je ne sais pas si le mot convient à la situation) de mots flamands prononcés de telle manière que j'en devinais sans difficulté la signification et les conséquences. Il ne sut jamais que j'étais l'auteur de son malheur.

Le bâtiment suivant était occupé par la famille de Félicien Vassart qui avait une fille, Micheline. Félicien était un ouvrier qualifié, qui savait tout faire; C'est d'ailleurs lui seul qui a construit plus tard, le garage qui jouxte sa maison.

Le temple protestant devant l'école n'était pas encore construit et les mauvaises herbes qui poussaient à cet emplacement, cachaient parfaitement ceux qui allaient marauder les poires sur espaliers du premier jardin de la rue Seuris.

La dernière maison avant la rue Seuris était un magasin crèmerie où vivaient Anselme Drèze et Virginie (presque un titre de roman) et leurs parents Mèlie et François Doumont, des gens originaires de Ham sur Sambre. ( Les gamins sans pitié disaient des baloûches) Anselme et Virginie, couple sans enfant, allaient collecter en voiture du beurre et des oeufs pendant que Mèlie tenait le petit magasin. François se reposait de ses années de fosse en embaumant la rue de la fumée des pipes de tabac semois qu'il fumait sans discontinuité. On aimait bien accompagner notre maman au magasin, car Mèlie qui était aussi gentille qu'elle criait fort, nous donnait souvent soit un caramel Lutti, soit un Cuberdon.

Le début de la rue Seuris séparait le magasin de notre maison. Comme nous étions parmi les premiers habitants du quartier, celle-ci était entourée d'une avant cour sur les deux rues et mon père y avait planté une haie de troènes. Une petite cour devant la façade était flanquée de chaque côté de deux beaux arbres, des Acer panachés qui furent longtemps mon école d'escalade. Du côté de la rue Seuris, 3 ou 4 sortes de Lilas et des boules de neige. Mes parents avaient trois enfants, deux filles et un garçon dont les naissances avaient été relativement espacées. Ma sœur aînée avait quinze ans quand je suis né et ma seconde sœur avait six ans. Mon père était fonctionnaire au Ministère des Finances et pendant la guerre, le bureau des Accises se trouvait à la maison où arrivaient chaque année de la guerre des centaines de déclarations de plantations de tabac (700 rien que pour Auvelais) sur lesquelles l'Etat prélevait des taxes. Nous étions réquisitionnés, mes sœurs et moi, pour plier ces formulaires qui devaient partir au Ministère dans des délais prescrits.

Un petit jardin clôturé par un treillis, séparait notre maison de la suivante, celle de la famille Lahaye, où il y avait deux enfants, une fille Arlette
qui a épousé Aril Sterck de la même rue,  et un garçon Jackie Le papa Joseph avait un atelier derrière la maison; il était artisan modeleur et travaillait pour les industries d'Auvelais. C'est lui qui m'a appris à voir dans l'espace au départ d'un plan; ce qu'on appelait pendant les études secondaires, la descriptive de Monge, matière qui ne fait plus partie des programmes des Humanités aujourd'hui. Il m'a aussi appris les types de bois, les coupes sur dosse, sur champ et les retraits qu'elles provoquaient ce qui était essentiel à connaître pour les modèles. J'ai encore dans les oreilles le bruit strident de la raboteuse et dans les narines, la senteur des copeaux et des sciures que j'allais parfois brosser en fin de semaine.

La maison suivante était occupée par un couple d'âge moyen sans enfant, Alice et François, remplacé assez tôt par la famille Haeck, sans enfant également, dont le mari Maurice était l'afficheur public officiel la semaine et un fervent supporter de l'équipe de balle pelote le dimanche. Les femmes de la famille, épouse et belle-mère, étaient terriblement effrayées par les alertes durant la guerre et on les entendait courir sur la route pour rejoindre un abri précaire dans la rue Seuris. La vitesse de la course mesurant l'intensité de leur peur.

Cette maison était suivie de celle de Vassart Léon qui avait épousé une fille du quartier, Rosa Dubois. Il y avait deux fils, François et Edgard dont le plus jeune qui habite toujours Seuris avait mon âge et était un de mes compagnons de jeu. Emile Vassart, le frère aîné de Léon était un ami de mon père car ils avaient longuement fait la première guerre mondiale ensemble.

La maison suivante était celle des Latour où il y avait deux jeunes filles, Irène et Edith dont je viens de parler plus tôt. Attenante à la maison Latour, celle d'une veuve, Louisa Legrand qui avait un jeune homme assez trapu, René, que les garçons du quartier appelaient sans raison apparente, le gros René, puisqu'il fit son service militaire chez les paras un peu après la guerre.

Les deux maisons suivantes qui tiennent ensemble, avaient été construites par un maçon italien, la première, pour la famille de son frère, la seconde, pour lui, bien qu'il y habitât peu de temps. Angelo Parisi, un menuisier du Tyrol italien avait épousé une fille du quartier Gilberte Deroo. Ils eurent trois enfants Gino, Ginette et Gina qui sont toujours à Sambreville aujourd'hui. Gino et Ginette furent des compagnons de jeu de ma petite enfance. La seconde maison était occupée par les Wauthelet qui avaient deux fils, Alphonse et René. L'aîné, Alphonse fut un excellent joueur de balle pelote dans l'équipe d'Auvelais; on en reparlera plus tard.
La maison fut aussi occupée par la famille Sterckx, profession ardoisier-couvreur, il y avait 3 fils Aril (habite toujours le quartier), Willy (électrocuté par lampe "baladeuse") et Raoul qui épousa Arlette Lahaye. Une particularité de tous les membres de la famille : leur taille se situait entre 1,90 et 1,95 m.

La dernière maison du côté gauche de l'Avenue du Cimetière était occupée par la famille Debrulle qui avait une fille Evelyne d'un an mon aînée; des gens très discrets qui vivaient un peu repliés sur eux-mêmes. Après cette maison et avant l'avenue Nouvelle, on trouvait les terrassements d'un futur bâtiment qui n'a pas été construit faute à la guerre; ce lieu était connu sous le nom de " trou de chez Debrulle ". Il fut totalement remblayé pendant la guerre par des immondices.

Près du cimetière
, en face de la maison du fossoyeur, un bâtiment contenait le ou les corbillards.
Tous ces gens n'étaient pas riches; beaucoup de maisons n'avaient comme porte de devant qu'un assemblage de planchettes rainurées de plancher, muni d'une grosse serrure et d'un imposant verrou. La " belle " porte ne viendra que beaucoup plus tard, après la guerre. Les courtes culottes des garçons seront bien souvent taillées dans les " jambes " des vieilles culottes des papas et leurs nouveaux pulls seront souvent tricotés au départ de vieux pulls détricotés. Ce qui n'empêchait pas d'être heureux. L'avenue du cimetière voyait passer tous les enterrements; les civils avec de la musique et les religieux avec le curé. Je pouvais les regarder à travers la haie de troènes sans être vu. La musique recommençait à jouer devant la maison et j'avais remarqué que c'était toujours la place où le cheval, probablement effrayé par le souffle du bombardon qui le précédait, faisait sans pudeur son paquet de crottins en perturbant l'ordre de ceux qui suivaient le corbillard. Quand tout le monde était repassé, on courait vite chercher les crottins pour la vigueur des poireaux de nos papas.

La rue Seuris était la plus longue rue du quartier. Parallèle à la rue de Falisolle, elle était pratiquement construite  d’un bout à l’autre, sauf près de la rue Chère-voie, où il restait quelques emplacements à bâtir. Du côté droit, elle était divisée en deux parties séparées par la place Joseph Wauters.  Sur ce côté, la première maison qui suivait la nôtre était celle de la famille Vandeneynde-Tondu; Hyacinthe Vandeneynde était un Flamand d’origine gantoise, parfaitement intégré qui, après un accident de travail aux mains, faisait un second métier de chauffeur pour les dirigeants de l’ESMA, la centrale électrique. Le couple avait deux enfants, un jeune homme Roger et une jeune fille Antoinette.

La maison suivante était occupée par la famille Genot-Thys qui avait deux filles, Marcelle et Jacqueline. Pendant la guerre, Julia Thys, une robuste femme d’origine flamande conduisait sa brebis sur les trottoirs de droite de l’avenue du cimetière pour qu’elle puisse brouter les plantes qui y poussaient. Chaque jour, le mouton était déplacé de quelques mètres. Cela a permis à la famille Genot d’avoir du beurre et du lait de brebis pendant toute la guerre

Jules Mathieu et sa famille habitaient la maison suivante. Le fils, qui était électricien avait épousé la fille Noël du bout de la rue et le baptême de leur fille, la petite Yvonne, fut mémorable chez les enfants de Seuris, par le nombre de piécettes qui y furent jetées aux cris de « potches trawées » des enfants.

Marthe Sinte, de la maison suivante, était déjà veuve lorsque j’étais gamin; elle avait un grand fils qui a habité le quartier après son mariage. Un espace séparait sa maison de la suivante, qui était un petit magasin de jouets tenu par une femme que nous appelions « Gènie » dont je n’ai pas mémoire du nom de famille ni de celui de son mari, un ancien mineur, pas trop grand, trapu, qui était déjà retraité. Le couple avait un fils, déjà âgé, que je n’ai pas connu.

Une petite avant cour garnie d’arbustes et d’une barrière métallique protégeait l’entrée de la maison des Capuzzo, un couple d’Italiens discrets, dont la fille Lydia  était le lien social avec les voisins. Cette jeune fille a d’ailleurs épousé le fils des voisins d’en face, Fernand Vassart, et le jeune couple a fait construire après la guerre une maison sur un des emplacements libres de la rue Seuris, juste après la maison Brosteaux.

La maison suivante était celle de la famille Pietquin où il y avait trois enfants d’âges assez espacés; la fille aînée s’est mariée dans le quartier après la guerre avec un jeune homme habitant en face de chez elle; le garçon Roland notre aîné de 3 à 4 ans qui fera carrière à l’aviation, était le chef de bande des gamins du quartier et la plus jeune fille Ginette qui, ayant perdu son papa trop tôt, était plus réservée et plus timide. Le père Pietquin fut arrêté par les Allemands pendant la guerre. Cela s’est passé de nuit et je ne dois pas faire un gros effort de mémoire pour encore entendre le bruit des portières du camion, les pas, les coups de crosses sur la porte, les cris, et le dernier geste d’amour de sa femme se hâtant près du camion: « tiens, prends ton paletot ». Parti malade, de la maladie des mineurs, il ne reviendra jamais à Seuris et disparaîtra au camp de Buchenwald.

Un grand espace séparait la maison des Pietquin de celle des Legrand, ménage recomposé où la femme tenait un magasin d’alimentation et où le mari Omer réparait tous les souliers du quartier. Il était connu surtout par le surnom qui lui avait été attribué, « le flatte », pour sa démarche particulière, comme un squelette qu’on secoue. Chacun des parents avait amené deux grands enfants dans le nouveau ménage et ils avaient eu ensemble 3 autres enfants, Josée, Albert et une plus jeune fille qui avait mon âge et que je n’ai jamais connue sous un autre prénom que « Fifille ».

La maison des Legrand était attenante à celle des Luc dont le père était marchand de souliers et où il y avait trois fils, deux jeunes hommes et un garçon de mon âge. Quelques jeunes gens de Seuris ont porté l’uniforme de l’occupant pendant la guerre; certains en noir, certains en gris. C’était des garçons un peu simples qui s’étaient laissé impressionner et embrigader bien souvent contre le gré de leurs parents, pour la honte ou la rage de ceux-ci.

Un père mineur avait même dit de son garçon : «  si rvins al maujone, djel tuwe! ». Et il l’aurait fait.

Je ne parlerai pas d’eux davantage.

Chez les Luc, c’était différent, le père et les deux fils aînés  ont porté l’uniforme noir et étaient des militants de l’idéologie nazie. Les arrestations de Seuris ont été effectuées peu de temps après qu’on eût tiré au fusil sur le père en uniforme qui remontait la côte de Chère-voie et la concordance des deux événements ne fut pas interprétée comme un hasard par les habitants du quartier.

La maison suivante était celle d’un porion de la fosse de Falisolle, Jules Bauloye. Homme d’une force tranquille. Il était marié à Julia Warichet originaire de la rue Chère-voie, une petite femme nerveuse qui lui avait donné un garçon, Jean-Marie d’un an mon aîné et qui était mon meilleur ami et mon compagnon de jeu depuis l’école gardienne. Doué pour tout, études, musique, sports, c’est lui qui m’a entraîné dans le scoutisme à la fin de la guerre, mais contrairement à moi, il n’y est pas resté. Jules Bauloye avait été étonné de la fermeture de la fosse de Falisolle : « où il y avait encore tellement de charbon ». Le charbon y est toujours !

Victor Vigneron, propriétaire de la maison suivante, était un personnage pittoresque du quartier. Son hobby était la peinture qu’il pratiquait comme un peintre naïf. Il avait d’ailleurs décoré de fresques de la vie courante, les murs d’une salle que les Luc avaient fait construire sur le côté et l’arrière de leur maison. C’était aussi un homme sociable qui avait organisé pendant la guerre un abri dans les caves de sa maison, où la sécurité était moins assurée matériellement que mentalement. Les personnes peureuses qui s’y réfugiaient trouvaient sans conteste un apaisement au contact des uns et des autres. Le couple Vigneron avait adopté une fille Suzanne, qui a épousé plus tard un garçon du quartier Georges Moreau, puis avaient eu eux-mêmes une petite fille Josette, d’un an ma cadette et qui a épousé André Hanquet de l'Avenue Centrale.

La maison suivante était celle des Stassart qui avaient deux enfants; un jeune homme et une fille un peu plus âgée que moi et qui s’appelait José. Un peu après la guerre  toute la famille a émigré au Québec.

Quatre enfants, trois filles Irène, Denise et José et un garçon Albert, étaient nés à Seuris, dans la famille  Oleffe qui habitait la maison suivante. Le père, maçon, était un homme de grande stature comme sa femme d’ailleurs avec laquelle ils formaient un des plus beaux couples du quartier. A la maison adjacente, chez les Hambursin, il y avait une fille et un garçon, Jenny qui avait mon âge et Jean un peu plus jeune, lesquels auraient pu jouer le rôle de poil de carotte à cause de leur chevelure rousse éblouissante.

La famille Sanglier, de la maison suivante, n’avait qu’un seul fils appelé Willy, littéralement couvé par sa maman. C’était des gens très discrets et tout le monde fut étonné lorsque le papa fut arrêté puis  déporté comme prisonnier politique en Allemagne. Il eut plus de chance que le père Pietquin puisqu’il survivra aux camps de la mort et qu’il reviendra à Seuris après la guerre.

J’ai oublié le nom des premiers occupants de la maison suivante, mais ceux-ci furent rapidement remplacés par la famille Yernaux, dont le père était un grossiste en bonbons. Il y avait deux enfants, une fille de mon âge, Josette et un garçon plus jeune José qui habite maintenant (en 2007)  rue François Dive à Falisolle.

La dernière maison de ce premier tronçon avant la place était occupée par la famille Noël dont le papa était prisonnier de guerre en Allemagne. Il y avait deux enfants à cette époque, Lucien qui avait mon âge et Lucie, une sœur plus jeune. Une seconde fille naîtra après la guerre. La maman Andrée tenait le salon de coiffure pour dames du quartier et vivait avec ses parents.

La place Joseph Wauters à Seuris fut longtemps un des plus beaux ballodromes du pays. Il faut avouer que sa forme triangulaire s’y prêtait parfaitement et que le revêtement en briques de béton permettait d’éviter les faux bonds imprévus. Des centaines de personnes venaient de partout pour suivre les parties de balle le dimanche et  certains jours de fête. Comme il y avait très peu d’autos à l’époque, le jeu était très rarement interrompu. C’était l’événement social majeur du quartier. Après la guerre, les jeunes gens de Seuris ont créé un comité des fêtes chargé d’organiser une kermesse. La première kermesse fut un succès. Il y avait sur la place un carrousel à tonneaux, un carrousel à chaînes et un petit tir aux pipes. Bien qu’on soit en plein été, Line Renaud a seriné tout le week-end la chanson « Etoile des neiges » et le cœur amoureux des petits garçons fut pris au piège des grands yeux des petites filles. Une autre ère commençait.

La rue Seuris continuait au bout de la place. C’est un couple de Français qui habitaient la maison du coin. Le papa, un petit homme nerveux était un technicien radio. Les radios étaient assez rares  et n’existaient que chez quelques privilégiés; on était encore très loin des télévisions dans chaque ménage. Cette famille et ses deux enfants ont quitté Seuris très tôt après la guerre, et c’est un boucher qui est venu s’installer dans cette maison.

La maison suivante était celle de la famille Burton, dont le mari, homme grand et droit, travaillait au chemin de fer. Il y avait une jeune fille appelée Lucienne. Dans la maison de la famille Evrard qui suivait, les trois enfants, un garçon et deux filles étaient déjà des jeunes gens à la déclaration de guerre. Pour peu que je me souvienne et pour peu que je puisse me permettre cette appréciation, les soeurs Evrard étaient parmi les plus jolies filles du quartier.

Il y avait deux fils, Firmin et Robert à la maison suivante, chez les Franquin. Dans le garage attenant à la maison, Robert, qui était un adolescent avait créé le club ADS (Amis de Spirou). Le journal de Spirou avait été lancé par les éditions Dupuis quelques mois auparavant et des clubs de ce type naissaient un peu partout; les garçons mettaient des fanions triangulaires au logo du club à leurs vélos.

Les plus grands construisaient les modèles réduits dont les plans paraissaient chaque semaine dans le journal; les plus petits jouaient à Red Ridder et à Petit Castor ou à Valhardi et à Jacquot, les héros des bandes dessinées de l’époque

La maison suivante appartenait à la famille Noël qui n’était pas apparentée à celle de la place de Seuris. On y trouvait un petit magasin de cycles et, dans une annexe à l’arrière de la maison, un petit atelier de réparation. La fille de cette famille était la maman de la petite Yvonne dont on a évoqué le baptême plus haut.

Les deux maisons suivantes étaient identiques et attenantes. La première était un magasin de mercerie; la seconde dont les habitants étaient apparentés à la famille Turcry (taxi de la rue Chère-voie) avait été touchée, pendant la guerre, par un obus de DCA qui n’avait heureusement pas explosé, mais qui avait fait de sérieux dégâts à la façade.

La dernière maison était celle de la famille Warichet dont le papa, typographe chez Duculot, était décédé très jeune en 1939. La maman élevait seule, courageusement, ses deux garçons, Willy qui avait mon âge et Fernand, plus jeune de deux ans. Il y avait deux chiens célèbres dans la famille, Milou et Moli, deux terriers qui suivaient les garçons comme leur ombre et qui participaient à tous leurs jeux. Willy était un garçon très éveillé, d’une extrême intelligence et il aurait probablement fait de hautes études si son père avait vécu et si la situation de sa famille n’avait pas été aussi précaire.

La première maison du côté gauche de la rue Seuris était occupée par la famille de Henri Deroo, un ancien mineur, dont les trois enfants Gilberte, Georgette et Roger étaient déjà mariés. Georgette habitait avec ses parents et avait épousé Marcel Bourguignon prisonnier en Allemagne durant la guerre. Ils avaient une fille, Marcelle d’un an mon aînée. Henri Deroo était souvent assis sur le seuil de la porte d’entrée pour puiser le plus d’air possible dans ses poumons malades, comme beaucoup de mineurs du quartier. Notre maison avait une sortie sur la rue Seuris, fermée par une barrière, et je bavardais avec lui quand un soldat allemand s’approcha de moi, me caressa la tête et me tendit une barre de chocolat que je refusai malgré son insistance. C’est Henri Deroo qui a rapporté la scène à ma mère tout heureux qu’un gamin de 4 ans ait montré aux boches qu’il ne les aimait pas. En fait, l’explication était beaucoup plus simple, mes parents m’avaient appris à ne pas accepter quelque chose de personnes que je ne connaissais pas.

La maison est toujours occupée aujourd’hui par Georgette Deroo.

La seconde maison était occupée par un couple italo-français assez discret, la famille Despinito qui avait un fils déjà adulte, Léopold. L’homme était un mineur pensionné et la femme répondait au prénom assez spécial de Marie-Ange.

Louis Vervotte, un porion mineur, et son épouse Oliva Grégoire occupaient la maison suivante avec leur famille nombreuse. Ils avaient 4 enfants, Joseph, l’aîné qui deviendra monteur et sera tué encore jeune sur un chantier, Clémence qui habite toujours Seuris, avenue du cimetière dans la nouvelle cité; François mon ami dès l’école gardienne et sa plus jeune sœur Odette. Le frère d’Oliva qui habitait aussi Auvelais, devint plus tard, le secrétaire général du MOC (mouvement ouvrier chrétien).

La maison suivante changea souvent d’occupants. On y retrouve successivement la famille Namèche, qui s’établira plus tard sur la rue de Falisolle, Eloi Goffin le coiffeur, qui fera construire rue centrale, et une femme appelée Germaine qui y ouvrit un magasin de lainages et qui fut remplacée plus tard par la famille Germinal qui y développa un magasin de quincaillerie

L’agent de police Victorien Jonet , son épouse et sa jeune fille, habitaient la maison suivante. C’était en quelque sorte le shériff du quartier. Il s’activait beaucoup et s’annonçait de loin pour ne jamais nous attraper quand on montait sur les murs de l’école ou bien quand on allait « pesteller » le champ de patates qu’il cultivait tant bien que mal dans la rue du Progrès le long du cimetière. Mais il nous aimait bien. J’en eus la preuve en 1955, quand, avec les étudiants de Gembloux je fus arrêté par la police de Leuven devant La Fourmi, le local de la Namuroise parce que je chantais dans la ville thioise des chansons hostiles à la police (c’était déjà les prémisses du Walen buiten). Le procès verbal arriva jusqu’à la police d’Auvelais pour suite. Victorien chargé du cas, vint m’interroger à la maison. 

Et si on ne t’avait pas rendu ta carte d’identité ? On embarquait de force le policier avec la carte dans notre bus, on récupérait celle-ci et on lâchait le policier en petite tenue dans le Brabant wallon. Vous n’auriez pas fait cela ? Sans hésiter ! Et Victorien, qui imaginait la scène, me faisait répéter pour son plus grand plaisir. Il n’y eut jamais de suite.

La maison suivante qui avait une avant cour était occupée par une famille dont j’ai oublié le nom, mais dont le mari ancien mineur, s’appelait Clément. Celui-ci qui était déjà très pris par la maladie souhaita la présence de mon père au moment de mourir. Et mon père qui pourtant avait vu beaucoup de garçons disparaître à la guerre de 14-18 en revint bouleversé tant la mort d’un mineur à la recherche d’une dernière bouffée d’air, est douloureuse et stressante.

Les Marion qui habitaient la maison suivante avait un fils appelé Robert, de deux ans mon aîné. Ce sont les premières personnes du quartier que nous avons rencontrées près du mur d’enceinte du château de Presles à notre retour d’évacuation; un de mes tous premiers souvenirs. Je venais d’avoir 4 ans.

La famille Vassart  habitait la maison suivante; il y avait trois enfants dont deux grands jeunes gens Denise et Raoul et un plus jeune, Fernand qui épousera après la guerre sa voisine d’en face.

La maison suivante était un magasin d’alimentation, chez Léa Hue laquelle avait un fils appelé Raymond. Lorsque le magasin arrêtera un peu après la guerre, les Vanhal qui occupaient la maison suivante ouvrirent eux-mêmes un magasin d’alimentation. C’était un couple sans enfant. Ils adoptèrent une fille de mon âge.

Le couple Lorand qui habitait à côté, était un couple disparate; le papa mineur, grand, bien bâti, bel homme avait épousé une petite femme rondelette et la disparité s’était reportée sur les 7 enfants (4 filles et 3 garçons) dont certains ressemblaient au papa et les autres à la maman. Les aînés étaient déjà des jeunes gens lorsque les derniers étaient encore des enfants. C’était la plus grande famille de Seuris et on les appelait, je ne sais pourquoi, les manants

Suivait une série de trois maisons attenantes. La première était occupée par la famille Grégoire dont le fils unique a épousé l’aînée des filles Pietquin. La seconde était habitée par un vieux couple dont le nom m’échappe, qui avait deux fils déjà adultes en 1940. La troisième était occupée par la famille Grolet qui avait 4 enfants, une fille, déjà âgée, un fils Désiré et deux autres filles un peu plus âgées que moi, Monique et Lucie.

C’est un couple âgé, les Dubois, qui occupait la maison suivante. Certains des plus vieux enfants étaient déjà mariés (notamment Rosa Dubois) mais deux jeunes hommes étaient toujours avec les parents, Emile et Achille. Le père Dubois s’était coupé l’index de la main droite  pendant la guerre en vannant du froment au moyen d’un tarare.

Le couple de la maison suivante avait un fils, François Vassart de deux ans mon aîné, et dont la mère, très petite était appelée par les habitants du quartier : la petite Hélène. Les Dumonceau qui habitaient la maison adjacente, était un couple très discret qui avait 3 enfants, deux filles et un garçon de mon âge,Victor.

La maison suivante était occupée à l’origine par la famille Heuvart dont la fille unique s’est tuée à vélo. Ils furent remplacés plus tard par les Jeanmart qui avait une fille. Les parents de la femme Jeanmart , les Lambiotte, habitaient la maison suivante; leur deuxième fille Dina fit construire une maison après la guerre à la rue Nouvelle.

La maison suivante, en retrait derrière une avant cour, était occupée par la famille Servais dont le père était maçon et qui comptait 3 jeunes gens, un fils et deux filles. Je ne me souviens plus du nom des habitants de la maison suivante, dont l’homme était un ancien mineur qui s’appelait Maurice et était un fervent de la balle pelote. Ces gens avaient une fille déjà adulte au début de la guerre.

La maison des Laviolette était la première de la rue Seuris donnant sur la place. Il y avait deux enfants avant la guerre; Nestor plus âgé que moi et Jeanine qui avait mon âge. Un deuxième garçon naîtra après la guerre.

Un menuisier retraîté, Alidor Alardo et sa femme la petite Lucie habitaient la maison suivante. Ils avaient un fils qui fut déporté pendant la guerre et dont l’histoire miraculeuse mérite d’être racontée.

A la libération des camps, un déporté du Pont à Biesmes regardait les tas de morts pour voir s’il n’y avait pas d’Auvelaisien parmi eux. Il reconnu le fils Alardo et en s’approchant il vit qu’il respirait encore faiblement. Il en avertit les alliés. C’est ainsi que cet homme fut sauvé, mais il dut être amputé d’un bras. Il revint en bonne santé à Seuris où il habita avec sa femme au 33 avenue du Cimetière.

La maison suivante était celle de la famille Baecke, apparenté aux Baecke de la rue nouvelle, où il y avait un jeune homme appelé André; elle était suivie de la maison de la famille Guyaux, les beaux parents du boucher Moret établi au début de la rue Saint Sang, lequel fut longtemps le seul boucher disponible pour le quartier de Seuris.

La maison suivante dont la façade était particulière parce que recouverte de toutes petites pierres colorées comme des morceaux de silex, était occupée par des gens très discrets dont j’ai oublié le nom, mais qui avaient un fils malade qui est mort à l’âge de 15-16 ans et à l’enterrement duquel tous les jeunes gens de Seuris ont participé.

La maison suivante était celle des Dussart qui avaient deux enfants, un fils André qui jouait de l’accordéon et une fille Marie-Rose. Au cours des premières kermesses, une guingette était construite à l’arrière de la maison et André y jouait de l’accordéon pour le plaisir des nombreux danseurs.

La maison suivante, en retrait de la rue à l’époque et précédée d’une large avant cour remplie de fleurs, était occupée par deux vieilles personnes, la famille Degueldre, qui élevaient leur petite fille. Cette maison fut occupée ensuite par la famille Ganhy qui avait une fille ayant épousé un nommé Schutz. Cette famille Schutz eut trois enfants, un garçon Pol et deux filles. Cette famille a construit la maison actuelle où elle ouvrit un commerce d’alimentation, elle doit aussi avoir habité Avenue Centrale dans la maison occupée par la suite par l'instituteur Guillaume.

La famille Jaumotte qui avait une fille Jeanine occupait la maison suivante. Le père Jaumotte était un monteur aux ateliers Heuse-Malevez-Simon (HMS). C’est la famille du facteur Rouffiange qui habitait la maison suivante. Les Rouffiange avaient un fils déjà adulte au moment de la déclaration de guerre.

Les deux maisons suivantes qui tenaient ensemble étaient occupées par les deux frères Paye. A la première maison, il y avait une fille, Yvette et à la seconde, où le père, Alphonse, était employé au chemin de fer, il y avait six enfants, Georgette qui fut institutrice primaire à l’école communale de Seuris, Marcel, Jacques qui fit des études universitaires à l’ULB tout comme sa jeune sœur Michèle car, toute bouclée, elle était parmi les plus jolies filles du quartierquartier , le plus jeune des garçons se prénommant Jean et la plus jeune des fille Annie. Le père Paye a été conseiller communal communiste à Auvelais.

Quant à la maison suivante, elle était occupée par la famille Brosteaux qui avait une fille qui a épousé un jeune homme de la Grippelotte.

Plusieurs emplacements n’étaient pas encore bâtis entre la maison des Brostaux et celle des Quertinmont, la dernière du côté gauche de la rue Seuris. Cette maison qui avait une avant cour, est la plus ancienne du nouveau quartier. Le père était connu sous le nom de « gros Quertinmont » c’était un grand fort homme dont l’épouse était par contraste une petite femme bien portante. Ils avaient une fille, Micheline, qui avait fait des études d’infirmière et qui fut plusieurs fois  conseiller communal socialiste à Auvelais.

Cette longue rue Seuris comptait pas moins de 64 familles et près de 250 habitants.

A côté de la maison Noël que j’ai classée à droite de la rue Seuris, on peut voir sur la carte de la place Joseph Wauters deux maisons, la première appartenant à la famille Albert où il y avait trois enfants, Catherine, une fille de mon âge et des jumeaux  Jules et Gisèle. L’autre maison est celle de la famille Marchand dont l’épouse limbourgeoise était une infirmière répondant au nom de Croes, elle exerçait son métier comme indépendante sur un lourd vélo comme il se devait à l’époque, harnaché d’un bissac à l’arrière. Jules Marchand était un personnage qui mérite une longue description. Originaire de Le Roux, il avait fait des études moyennes à Fosses mais était entré ensuite comme ouvrier dans les glaceries où il était très vite devenu un ouvrier d’élite. Jeune homme, il avait réalisé seul un poste à galène qui était toujours opérationnel dans les années 50. Cavalier au premier régiment des Lanciers à Namur pendant la guerre de 14-18 pendant laquelle il avait été grièvement blessé, il avait fait construire à Seuris une petite maison avec un atelier en sous-sol et s’était établi à son compte après avoir acheté un vieux tour déclassé qu’il avait réparé lui-même. Il travaillait pour les entreprises d’Auvelais et des environs et avait inventé un appareil très performant pour réaliser des roues dentées dont certains avaient voulu lui acheter le brevet, ce qu’il a toujours refusé. Ferronnier d’art à la force des poignets, il avait même gagné un concours européen en la matière en représentant en fer forgé une plante de gui. Curieux de tout il avait acheté une vieille voiture qu’il entretenait en fabriquant lui-même les pièces qu’on ne trouvait plus dans le commerce. Il venait souvent passer des soirées à la maison pour discuter avec mon père, ancien cavalier au  premier Chasseur à cheval de Tournai pendant son service militaire  et durant la première guerre pendant laquelle ils s’étaient battus dans le même secteur du front de l’Yser. C’est comme cela que gamin, j’ai fait des dizaines de fois cette guerre là, chargeant au sabre à la forêt d’Houthulst, piétinant dans les tranchées du Reigersvliet, protégeant la retraite d’Anvers ou étant évacué, vers la France, blessé devant Dixmude. Il ne fait aucun doute, que dans des conditions sociales plus favorables, Jules Marchand aurait fait des études supérieures. A la fin du 19éme siècle, le destin n’était pas clément pour les fils d’ouvriers

La première maison sur la place était celle de la famille Geonet, des parents du moins puisque le fils avait fait construire une maison dans la rue du Progrès. A côté on trouvait la maison des Moreau où il y avait deux fils, Georges qui épousa plus tard Suzanne Vigneron et qui était un très bon joueur de balle pelote et François de quelques années plus jeune.

La maison suivante était occupée par une famille apparentée aux Moreau dont j’ai oublié le nom.

La maison suivante, qui était seule, était occupée par un ancien mineur qu’on appelait le « petit Maurice »
» (Maurice Scieur), qui a été plusieurs fois conseiller communal socialiste à Auvelais et que les gens de Seuris appelait humoristiquement « Not’ Maieur ».

La première des deux maisons suivantes qui tenaient ensemble était occupée par une grande jeune femme qu’on appelait Simone, dont le mari Pierre était prisonnier en Allemagne. Suivait la maison de la famille Bertrand, dont le grand père Gillain était un comitard fervent de l’équipe de balle pelote.

L’avant dernière maison était celle de la famille Van Herck où il y avait trois enfants, Georges, Yvonne et Alice qui avait mon âge. Le père Van Herck avait, si ma mémoire est bonne, inventé une amélioration au masque que portaient des mineurs.

La dernière maison qui était une épicerie appelée "Au Variéta",  était occupée par la famille Vandenbossche dont le surnom était les Biouche où on trouvait une fille appelée Lucie, elle-même mère de Martine, mais aussi les grands parents. Le vieux Biouche a été longtemps, lorsque j’étais jeune, le doyen d’âge de Seuris, ce qui ne l’empêchait pas d’être bon pied bon œil. Martine a épousé Jean Willem, vedette du football auvelaisien.

On pouvait aussi rejoindre la place Joseph Wauters en venant du cimetière par l’avenue Nouvelle, route parallèle au cimetière et séparée de celui-ci par une bande de terrains communaux divisés sur leur longueur par un sentier central. Le côté droit de la route était planté de petits arbres que les services communaux taillaient en boule. Seul le côté gauche de la route comportait une dizaine de maisons.

La première était celle de la famille Baecke
,
apparentée aux Baecke de la place J. Wauters (voir ci-avant), dont la fille épousa plus tard Firmin, l’aîné des fils Franquin.

La maison suivante était celle d’un vieil Italien qui y vivait seul mais dont je ne sais plus le nom.

La troisième maison était occupée par le fils aîné du fossoyeur et sa famille, Jean Massinon, qui s’était essayé au sport cycliste comme amateur après la guerre. J’ai oublié le nom des habitants de la maison suivante mais ils avaient un fils plus âgé que nous et appelé Anatole, que les plus jeunes du quartier surnommaient avec ou sans malice « balatum ».

La maison suivante était occupée par la famille d’un ouvrier communal appelé Baptiste et par celle des parents de sa femme. Ils avaient un fils qui quittera le quartier plus tard pour ouvrir un commerce de beurre et de lait.

La famille Bruyère qui occupait la maison attenante avait trois enfants, deux garçons et une fille. Le plus jeune des garçons était mon aîné de deux ans et s’appelait Hector. On accédait à la maison suivante par un escalier de quelques marches. Celle-ci était occupée par la famille Massart, qui avait quatre jeunes filles ( ?, Félicie, Lucienne, Marie-Jeanne) et un fils de mon âge  Camille. Marie-Jeanne Massart épousa un jeune boulanger pâtissier du bout de la rue Radache  au centre d’Auvelais et tint pendant très longtemps une pâtisserie en face du photographe Namèche.

La maison voisine était occupée par la famille
Lucien Maghe  dans laquelle il y avait deux enfants, un garçon de mon âge, Francis qui avait une plus jeune sœur (Lucienne, je crois!) . La famille Tondu occupait l’avant dernière maison; il y avait 3 jeunes filles et un garçon prénommé Roger. 

Enfin, dans la dernière maison un peu en retrait de la route vivait une famille dont j’ai également oublié le nom, où il y avait deux filles dont la plus jeune épousa Jean Geonet, lequel habitait avec ses parents et sa sœur Camille la première maison de la rue du Progrès, Camille Geonet fit des études d’infirmière puis entra comme religieuse dans l’ordre des sœurs  soignantes à l’hôpital Romedenne-Delos.

La rue du Progrès était une rue cul-de-sac également parallèle au cimetière et perpendiculaire à l’avenue Nouvelle. Seul le côté gauche était construit et on n’y trouvait à l’époque que trois maisons.

Celle des Geonet, une seconde occupée par un vieux couple qui servait de famille d’accueil à une jeune fille et une troisième dont je n’ai pas souvenir des habitants.

Au bout de la place et parallèle à la rue du Progrès, on avait une rue nettement plus bâtie, appelée assez curieusement  vu sa situation, l'avenue Centrale. C’était également une rue en cul-de-sac dans laquelle certaines maisons étaient en cours de construction au début de la guerre.

La première maison du côté gauche était celle de la famille d’Eloi Goffin, qui avait un atelier de coiffure pour hommes où j’allais régulièrement avec mon père. Il y avait un billard russe à l’entrée du salon sur lequel les clients en attente pouvaient tuer le temps. Le rituel de ma taille de cheveux était immuable. Eloi demandait : court ou pas court ? Et mon père répondait invariablement : « comme à l’armée ! » Eloi y allait alors de bon cœur, comme à l’armée. A la fin du massacre, mon père disait : « mets-lui du patchouli ! » Et Eloi me frictionnait la tête avec une mixture probablement de son invention qu’il tirait d’un récipient en inox secoué au dessus de moi, avant  de séparer la touffe des cheveux mouillés qui me restaient suivant une ligne aussi droite que la rue Seuris. Je rentrais fier à la maison, donnant la main à mon père et éloignant à coup sûr tous les moustiques du quartier par l’odeur du patchouli.

Une maison en construction suivait le salon de coiffure et précédait celle de la famille Hennuy qui avait une fille de mon âge répondant au prénom peu commun d’Antoinine.

La maison suivante était celle de son oncle et de sa tante, couple sans enfant.

La famille Legrain occupait la maison suivante; famille nombreuse où il y avait au moins deux filles dont la plus jeune Madeleine avait mon âge. A la fin de la guerre, toutes les écoles d’Auvelais ont été à l’enterrement de plusieurs résistants décédés au combat dont un jeune homme Legrain apparenté au Legrain de Seuris (fils, frère, cousin ?) et mis dans un caveau de famille à l’entrée de l’allée centrale du cimetière, à main droite.

La famille Joseph Quertainmont occupait la maison suivante; il y avait deux fils, Fernand et  Victor déjà jeunes hommes durant ma jeunesse. La dernière maison  était habitée par la famille Jeanmart, apparentée aux Jeanmart de la rue Chère-voie.

Le côté droit de la route était également construit et la première maison  qui suivait le jardin de chez Biouche était celle d’une famille dont j’ai oublié le nom, mais dont le père était électricien de fond dans la mine. Ces gens n’avaient qu’un fils, Georges d’un an mon aîné.

La maison suivante, constituée de 2 "villas" jumelées, était celle des Berlaimont, où il y avait trois enfants, deux garçons, Robert et Claude, et une fille Annette.

La maison jumelle était occupée par des personnes dont je ne me souviens pas.
 
Cette maison "jumelée" était  suivie d'une maison de même type que la précédente, la première était occupée par la famille François Boucher où il y avait deux garçons Raymond et Claude ( moins  âgé que moi) et deux filles Suzanne et Mireille plus jeunes que les garçons.
Suivait  la maison de la famille François Deroo, frère d'Henri précité, ( les épouses Deroo et Boucher étaient les sœurs Euphrosine et Denise Vigneron originaires du pont à
Biesme)  où il y avait trois fils , Henri, Maurice et le plus jeune Léon.

Je ne me souviens plus des habitants des deux maisons suivantes qui précédaient celle de la famille Braeckman dont le fils Henri avait mon âge. Les Braeckman père et fils se sont établis plus tard à leur compte comme marchands de charbons. A côté des Braeckman habitait dans les années 50 monsieur Guillaume instituteur à l'école St Joseph et la maison avant la maison Deroo était occupée par un plafonneur nommé Vigneron qui avait un fils prénommé Georges. La mère de Georges était fière de montrer son  meuble-radio  "avec tous les musiciens dedans". Meuble-radio avec platine tourne-disques qui devait être le premier de la rue.

La dernière maison non encore terminée à l’époque de la guerre était déjà occupée par un Italien, Eugenio le frère  d’Angelo Parisi qui fut occupée vers 1947 par la famille Brosteaux – Maghe et leur fils Raoul, monsieur Brosteaux était un cousin de François et Henri Deroo, madame Maghe une cousine de Lucien Maghe..

Je n’ai pas parlé des habitants de la rue Chère-voie parce que celle-ci existait longtemps avant la quartier de Seuris et qu’elle était habitée bien souvent par des personnes plus âgées. J’aurais pu cependant parler de la famille de Eugène Istasse, le plafonneur qui avait deux fils et une fille; de celle des Malengré qui avaient une fille ou de celle des Turcry qui avaient un fils, des jeunes de l’âge de ceux du nouveau quartier.

A l’emplacement actuel de l’hôpital, il y avait des roulottes où habitait une famille dont le mari s’appelait Hadrien, et qui faisait les marchés en vendant de la mercerie. Ils avaient une charrette et un cheval et charriaient parfois du charbon pour les gens. Leur petit fils qui habitait Bruxelles a vécu pratiquement toute la guerre à Seuris où il revenait en vacances par la suite. Pour être complet, il faut aussi parler de la famille Depauw qui habitait une maison isolée sur un petit chemin à gauche de l’autre côté du pont de Chère-voie et qui avait trois enfants, une fille et deux fils, Joseph qui avait mon âge et Emile. Le père devait être charpentier car son surnom en wallon était le
"Tcherpettî". La maman était une des filles Dubois de la rue Seuris. Devant leur maison se trouvait un petit verger de pommiers et de poiriers que nous avons souvent visité et, à côté, un ancien terrain de tennis en briques pilées, pratiquement à l’orée du bois, un des terrains de jeu privilégiés des gamins de Seuris.

Combien reste-t-il aujourd’hui de ces familles pionnières dans le quartier, qui pourraient remplir les vides de ma mémoire ?

On vivait pratiquement en autarcie à Seuris  sauf pour l’achat des souliers et des vêtements, mais comme la plupart des femmes restaient à la maison, elles allaient au marché d’Auvelais le mercredi à  celui de Tamines, qui n’était pas plus éloigné,  le vendredi. La seule boucherie était celle des Moret, comme on l’a vu, au début de la rue Saint Sang. Les deux boulangers disponibles se trouvaient sur la rue de Falisolle; la boulangerie Zicot,  près du carrefour de Saint Sang et la boulangerie Capelle en face de la rue de la Bruyère. Mais l’essentiel était amené par des marchands ambulants, le pain par la coopérative socialiste et par le Bon Pain qui amenait aussi le lait. La Bonne Source de Velaine amenait la bière et les limonades. Il passait même régulièrement un aiguiseur de couteaux.

André ERGO. (février - mars 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Février 2007)

Encore quelques vieilles cartes d'Auvelais;

la première est une très vieille carte de la rue de la station dans laquelle l'alignement des maisons n'existe pas encore.

La suivante représente le pont sur la Sambre détruit par les Allemands  ou par les Français (c'est à vérifier) durant la seconde guerre mondiale. Ces deux cartes éditées par S.-D. rue Rogier à Bruxelles.

La carte suivante représente les glaceries d'Auvelais fondées en 1875 (éditeur Nels).

Les deux cartes suivantes plus récentes montrent respectivement la maison du docteur Romedenne actuellement maison de repos et la rue de la gare avant la guerre; on aperçoit dans le fond, la passerelle du chemin de fer.(Ces deux cartes éditées à Bruxelles par l'Edition Belge)

Savez-vous d'où vient dans le chant d'Auvelais "gober dès ous, mougni l'boudin au mète" ?
C'est une référence à un petit homme maigre de la Sarthe dont j'ai oublié le nom, et qui était le champion des mangeurs d'oeufs cuits durs et également des mangeurs de boudin. Je pense même qu'il avait établi un record à Dinant au concours des mangeurs de flamiche. (Ceci pour l'anecdote).

Bien à vous.

André ERGO. (01 février 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Témoignage de Monsieur André ERGO (Janvier 2007)

Auvelaisien de naissance, je possède quelques vieilles cartes postales qui pourraient avoir leur place dans l'historique d'Auvelais. Ne connaissant pas la capacité mémoire de votre mail, je vous en envoie une en annexe. Cette carte représente l'ancienne cure dont la construction remonte à 1722. Le pignon à l'extrême droite du bâtiment est même plus ancien 16??. A remarquer le très beau porche malheureusement détruit pour la nouvelle construction mais dont un architecte pourrait refaire facilement le plan.

La carte postale est éditée par l'imprimerie Sevrin-Gilboux qui était, si ma mémoire est fidèle, dans la rue de la gare. Peut-être possèdent-ils encore les clichés?

Je vais d'abord me situer à Auvelais, où je suis né dans le quartier de Seuris en 1936. Quartier essentiellement ouvrier créé vers les années 30. Mon père, fonctionnaire, avait fait construire une des premières maisons en 1932 au coin de l'avenue du Cimetière et de la rue Seuris. Je connais très bien l'histoire du quartier dont je vais rassembler les éléments pour vous les faire parvenir, avec le nom des familles pionnières. Aujourd'hui je vous fais parvenir une carte d'Auvelais avec les principales industries (en activité au début de la 2ème guerre). Il y avait à l'époque des milliers d'ouvriers et d'employés venant travailler à Auvelais, la plupart par le chemin de fer et la gare était trop petite aux heures de pointe. 16 entreprises utilisent cette main d'oeuvre.

Des vestiges d'entreprises disparues existent et ne sont pas représentés sur la carte:
3 brasseries, une sur la place communale à main droite près de la Sambre; une autre rue Saint Roch en face des fonderies Sevrin-Migeot, une troisième rue du Centre était encore un dépôt après la guerre; à la Pêcherie, les vestiges d'une mine dont le terril se trouvait sur le territoire d'Arsimont; à la Vacherie, entre le chemin de fer et la route, il restait une cheminée d'une vingtaine de mètres lorsque j'étais jeune. Un ajout, le Bon Pain avait également une laiterie.
Une anecdote, la grande cheminée des Produits Chimiques fut abattue à l'occasion du film "le Far West" de J. Brel.

Les cartes annexées sont toutes issues des éditions Sevrin-Gilboux.

André ERGO. (29 janvier 2007)
Mulkstraat,7
3300 Tirlemont (Tienen)
ergo1234@versateladsl.be

Avis de recherche. (Janvier 2007)

Reconnaissez-vous les personnes présentes lors d'un dîner au cercle de l'Aurore en 1945?

 Si vous avez des informations, vous pouvez me les communiquer en m'envoyant un mail.

 

        Mail reçu de Monsieur Raoul Brosteaux concernant l'avis de recherche
          "Cercle de l'Aurore". (Août 2007)

Sur la photo de l'aurore, je crois reconnaître 3 personnes : à la table de gauche en oblique , la dame à lunettes foncées serait Marie Lhoest, épouse Chuffart, derrière elle Raoul Debilde et derrière Raoul Gaston Béthune qui a tenu longtemps le café La Renaissance. Marie Lhoest était la belle-soeur d'Emile Deprez, membre de la fabrique d'église, conseiller communal et la mère de Robert Chuffart qui fit le succès de l'Aurore not. dans les années soixante, il était à la fois metteur en scène, interprète et décorateur.

Raoul Brosteaux (22 août 2007)
rue Emile Royer 60
6030 Charleroi/Marchienne

ma226238@skynet.be

Avis de recherche. (Décembre 2006)

Monsieur bonjour,
Je fais des recherches sur la vie de mon grand-père: Emile Namèche, originaire d'Auvelais.
Il a travaillé à la Maison du Peuple d'Auvelais en tant que camionneur à la Boulangerie de 1914 à 1928, ne pourriez-vous me dire qui détient les archives de la Maison du Peuple?
J'espère que ma question ne sort pas trop du cadre de votre site
Avec mes salutations
René Namèche
Rue Grange des Champs 193
1420 Braine-l'Alleud

Avis de recherche. (Décembre 2006)

Je vous fait parvenir une photo que j’ai pu obtenir et qui date de 1930. 
Il s’agirait d’une classe de filles de 5e année dans une école d’Auvelais en 1930 mais rien ne dit de quelle école c’est. 
A l’arrière de cette photo, il y a les inscriptions L. Christophe (en signature) et Photographie Jambes. 
Peut-être par votre entremise pourrait-on en savoir plus sur cette classe ?  Lieu de l’école, nom des élèves et institutrice ?  Je ne sais pas si elle ne pourrait pas provenir du Pont-à-Biesme mais rien ne me l’indique.

Eventuellement, n’y a-t-il personne qui conserverait des photos d’école(s) d’Auvelais ?  
J’aimerais savoir s’il n’y a pas moyen de retrouver notamment des photos plus récentes mais de l’école de garçons Saint-Joseph qui était à la Rue Radache.

Pour terminer, s’il n’y a personne qui puisse faire parler cette photo, ne pourrait-on la diffuser dans un média quelconque dans le but de pouvoir obtenir des noms ? 
Il me semble avoir déjà vu de telles démarches dans des toutes-boites mais je ne sais pas dans lequel on pourrait faire passer. 

Avec mes salutations les plus distinguées,
Marcel CHAMPAGNE
Clos des Châtaigniers 28
6250 Presles
mchampagne@brutele.be

Mail de Monsieur Roger Deltombe (Mars 2006)

Cher Monsieur,

Toutes mes félicitations pour votre site consacré à Auvelais et que je viens de découvrir aujourd’hui même. J’ai été intéressé par tout ce que j’y ai lu, par les photos récentes et anciennes (ces dernières étant malheureusement trop rares) et particulièrement par les 4 cartes historiques montrant Auvelais à 4 moments du passé.

Je suis né en octobre 1939 au n°1 de la Place Communale (actuellement n°7, je pense, occupé par Belgacom). Ce bâtiment, avant que mes parents n’y exercent un commerce de tissus, fut sur toute sa longueur (y compris le grand magasin qui hélas a défiguré l’ensemble), la demeure particulière de mes arrières grands-parents paternels. Et plus loin encore dans le passé, une ancienne ferme propriété de l’abbaye de Floreffe. Mais je n’en sais pas plus.

Je serais donc très intéressé si vous pouviez me mettre sur la voie de quelques sources documentaires ou de quelques personnes qui pourraient me renseigner davantage. Pour ma part, j’ai quelques photos de la Grand’ Place et de la rue de La Station, datant des années 40 et 50. Je pourrais vous les scanner, si cela vous intéresse.

Sincèrement vôtre,

Roger Deltombe (9 mars 2006)
Avenue de Doiceau, 12
1300 Wavre
roger.deltombe@skynet.be

Mail de Monsieur Luc Bodart (Novembre 2005)

Suite à la visite de votre site...
voici une photo de la place d'Auvelais qui pourrait vous plaire...

Luc Bodart (28 novembre 2005)
luc.bodart@brutele.be

Mail de Monsieur Philippe Dumont (Mars 2005)

Monsieur Perot,

Mon "texte"  sur Auvelais naît aussi lentement que moi, en 1950... Et je ne suis pas encore sorti de la rue Félix Protin! Je crois que la gestation prendra bien 9 mois et que l'accouchement aura lieu, malgré tout!

En ce qui concerne Jean le Porion, j'ai peu de souvenirs de sa naissance à lui en 1956... A l'époque, je suis devenu élève de première année primaire à l'Ecole communale du Centre, dans la classe de M. Renier. Comme document, il me reste le palmarès de fin d'année scolaire qui date de juin 1957... Je n'avais pas trop mal réussi... 

Je me souviens aussi que mon grand-père Evariste Dumont, mineur de fond à Wanfercée-Baulet, m'avait expliqué ce qu'était un porion et qu'il ne fallait jamais faire ce métier-là! Il m'a, en même temps, expliqué la récente catastrophe du Bois du Cazier où il avait travaillé un temps... Selon lui, aller à l'école c'était mieux, et surtout étudier, et se grandir aussi , pas vraiment à la manière des géants.

La première fois que j'ai vu de près Jean le Porion, c'était à la salle des fêtes de l'ancien Hôtel de ville, rue des 2 Auvelais, en face de la forge! On l'avait mis là car, sans doute, c'était le seul local assez haut pour l'accueillir. J'étais effrayé par sa silhouette rigide son énorme regard fixe. La curiosité m'a poussé à entrer sous sa jupe pour être sûr qu'il ne s'agissait que d'une poupée à roulettes.

Maintenant, je me souviens surtout de l'énergie des adultes autour de moi, qu'il s'agisse de mes intituteurs, de mes parents et de toute la population. Tous les rêves étaient permis parce l'économie était au service des gens, et non l'inverse, comme actuellement. Et là, je me demande si Jean le Porion n'était pas le symbole de tout ça...

Je fouille dans mes photos pour retrouver des photos du carnaval de cette époque... Mais j'en dirai plus long dans mon article général. 

Bien à vous,

Philippe Dumont (5 mars 2005)
rue Franz Pelouse 12  
5170 Bois-de-Villers
philippe_dumont@hotmail.com

 Mail de Monsieur Philippe Dumont (Novembre 2004)

Cher monsieur PEROT,

Comme je vous l'ai écrit déjà, je suis à même de narrer la vie à Auvelais dans les années 50. Je pourrais aborder des thèmes comme la rue Félix Protin quasi autarcique avec toutes ses boutiques dont celle de Maman (Falbalas), le parc de l'E.S.M.A, La braderie de septembre, La cavalcade du Lundi de Pâques et la fête sur la place, le marché du mercredi, L'école communale des garçons, des filles et l'académie de musique, les cinémas L'Harmonie et La Renaissance, l'équipe de football UBS auvelais, l'Affaire Longprez etc. Je vais faire un essai avec le premier sujet qui me tient particulièrement à coeur. Je dispose également de documents et de photos qui pourraient vous intéresser.

Je vais me mettre au travail de rédaction et je vous enverrai ce premier essai dès que possible.

Bien à vous,

Philippe Dumont (29 novembre 2004)
rue Franz Pelouse 12  
5170 Bois-de-Villers
philippe_dumont@hotmail.com

Mail de Monsieur Philippe Dumont (Novembre 2004)

Je viens de visiter votre site, notamment la partie qui concerne l'historique d'Auvelais... Permettez-moi de vous en féliciter! Cela m'a passionné en tant que curieux de l'Histoire mais surtout comme Auvelaisien de naissance.

Je suis né le 25 févier 1950, au 43, rue Félix Protin, ancienne rue du Pont de Sambre dont j'ai reconnu la silhouette dans votre documentation ainsi que l'endroit exact où je suis né. Je me souviens fort bien aussi de l'ancien pont en bois provisoire sur la Sambre aménagé tout près de chez moi après la guerre, et évidemment, de la construction du nouveau pont! A l'époque, je suis allé assister, avec mon grand-père, à l'essai de solidité du bâtiment effectué par les chars de l'Armée Belge...

J'ai fait mes 5 premières primaires à l'ex école communale du centre, dirigée à l'époque par M. Lardinois... Je me souviens fort bien du Bourgmestre Hérion et de son épouse instritutrice en chef de l'école des filles, et de leur fils médecin à Auvelais. A l'académie de musique, j'ai été l'élève de M. Montellier et Lenain. J'ai bien connu son fils Jean Lenain et je fus l'élève de son épouse en piano classique... Je fus aussi l'élève en mathématiques (eh oui!) de Willy Félix qui habitait dans ma rue...

Ma maman y tenait une maison de confection qui faisait également école de couture... La rue Félix Protin était extraordinaire, malgré le prix qu'elle avait payé à la tourmente... Mais quand je suis né, tout semblait nâitre aussi dans cette petite rue et aussi dans le magnifique parc de l'ESMA tout proche, où je connus les moments les plus merveilleux de ma vie...  

Mon coeur reste à Auvelais, même si j'ai quitté ma "pitite ville" et même si je suis professeur à Namur et habitant de Profondeville. Alors, votre projet m'intéresse au plus au point. Je vous ai écrit un peu à la diable, les quelques souvenirs qui me sont venus à l'esprit, mais j'en ai des milliers d'autres. Si je puis vous être utile de quelque façon que ce soit, n'hésitez pas à me contacter. Ce serait avec un plaisr total que je je participerais à votre projet.    

Philippe DUMONT (21 novembre 2004)
rue Franz Pelouse 12  
5170 Bois-de-Villers
philippe_dumont@hotmail.com


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Dernière mise à jour le : 26 mars 2009.