Jean, Marie et Maxence forment une famille formidable à
Auvelais. Mais ils ne sont pas comme les autres, ils sont nés géants. Une belle
histoire.
Quand ils sortent en rue, c'est la fête. Ils ont toujours droit aux honneurs, en
bonne place dans le défilé, et aux applaudissements de milliers d'admirateurs.
Les trois géants d'Auvelais, dont le petit dernier, Maxence Ch'tiot Meunier,
seront encore de sortie ce lundi de Pâques, à la caracolade 101ème Cavalcade d'Auvelais.
Par tradition, ils ouvrent ce joyeux cortège tout dégoulinant de couleurs et
d'airs de fanfare, juste derrière les autorités communales, toujours très
souriants en cette circonstance. Les géants d'Auvelais, ces ambassadeurs par
excellence de Sambreville, sont partant beaucoup plus jeune que la cavalcade.
Jean le Porion est né le 29 août 1956 à Auvelais. Il est l'héritier direct de
Jean-Le-Houilleur, échevin en 1512 et de Jeanne Quinquet, chef de file à la
badauderie de la haute Cour St-Feuillen du Voisin.
Jean et Marie.
Sacré Jean ! Il en a fait, depuis parler de lui.

Willy Perot
se souvient encore de ses débuts : "Sa première sortie a été organisée dans
le cadre d'une émission de la RTB intitulée Villes-vacances, avec l'animateur
disparu Jean-Claude Menessier" dit-il. Le Jean en question mesure 3,80 M de
haut et pèse 82 kg répartis entre deux matières, de l'osier pour la carcasse, et
du tissu pour l'habit. Son costume de mineur, en souvenir de l'industrie
houillère, a nécessité 23 mètres de tissus. L'histoire de jean le géant chez les
hommes ne fait que commencer. Car dix ans plus tard, en 1966, le comité des
commerçants d'Auvelais lui donne une copine qui arrive à sa taille: c'est marie
d'el Potée, fille de verrier née de Joseph d'el Potée et de Marie Dufer. A
l'origine, le nom de Mélanie avait été retenu mais le comité d' l'Association
des commerçants, pour honorer la marraine de la géante, Marie Jeanmart, lui a
donné en dernière minute le nom de Marie.
Auvelais, cité du Porion.
Le nom, d'el Potée, fait référence à la potée, une mixture de
sulfate de fer qui, mouillée, effaçait autrefois les défauts du verre. C'était,
évidemment, avant l'apparition du float dans l'industrie verrière. La naissance
de Jean le porion et son apparition dans les ducasse de la région est aussi liée
au souci de celle-ci de se forger un nom, et une réputation. L'appellation
"Auvelais, cité du Porion" remonte à ces années cinquante. Jean le Porion, bien
que servant le folklore et la réputation de sa cité, a cependant des origines
historiques tout à fait crédibles.
C'est
François Sarteel, originaire d'Auvelais,
qui découvrit dans le bouquin "Histoire d'Auvelais", signé des abbés Mauclet et
Closset, que sa commune était un vaste amphithéâtre de 3400 m2 et qu'en 1830
elle comptait 1700 habitants, chiffre presque quintuplé au 1er janvier 1955 avec
8286 auvelaisiens. Une telle augmentation ne pouvait être expliquée que par le
développement de l'industrie locale, dont la plus ancienne concernait
l'extraction de la houille. François Sarteel découvrit aussi qu'un échevin avait
été appelé "Jean le Houilleur" et qu'il était cité comme un grand "Porion" de
l'époque. Auvelais déroulait ainsi le tapis à Jean le Porion.
L'Europe des géants.
A la même époque, un timbre ristourne dédié au Porion était
diffusé à Auvelais, dans les commerces. Le principal revenu de ce timbre servait
à l'entretien de Jean et de Marie. En période de fête, les commerçant le
remettaient en double à leurs clients. Les géants finirent toutefois par se
faire oublier, dans le tohu-bohu du débat lié à la fusion des communes. C'est
l'échevin Willy Perot qui les sortit de leur léthargie, en piteux état, leur
grand corps allongé parmi les fientes de pigeon, en 1990. "Je l'ai fait pour la
mémoire collectives" souligne-t-il encore. Depuis, Jean et Marie ont fait du
chemin, ils se sont même mariés et on eu un enfant, Maxence Ch'tiot Meunier, en
hommage à la commune jumelle de Pont-Sainte-Maxence. Dans la confédération
européenne des géants, et notamment à la maison des géants d'Ath, ils y sont
bien connus, pour leur origine industrielle. "Je n'aurais jamais pensé, en
1956, conclut Willy Perot, qu'un jour, ces deux géants, on les situerait
dans l'Europe".
Maxence, symbole d'amitié.
Même le maire de Pont-Ste-Maxence, une petite ville de
France, près de Paris, avait fait déplacement avec bon nombre de ses concitoyens
pour venir assister au baptème de Maxence Ch'tiot Meunier. Normal, le "petit"
géant se veut incarner le symbole des relations d'amitié qu"entretient la cité
de la Basse-Sambre avec Pont-sainte-Maxence, depuis tout juste 30 ans cette
année-là. Le petit mesure 2m80 de haut, pèse 10 kilos et est revêtu d'un habit
de meunier, e qui lui vaut d'ailleurs le sobriquet de Ch'tiot (petit en picard)
Meunier. Jean le Porion et Marie d'el potée ont fait de leur gamin un meunier
pour honorer la région de Pont-sainte-Maxence, autrefois célèbre pour ses
moulins.
Des voyageurs.
Les deux géants ont beaucoup voyagé, mais toujours en
Belgique. En 1958, Jean le Porion a fêté la joyeuse entrée de Saint-Nicolas à
Namur. En 1966, Jean et Marie ont relevé le corso fleuri de Jemeppe-sur-Sambre.
En 1976, les 26 et 27 juin, lors des 25 ans de règne du roi Baudouin, ils ont
été les vedettes du cortèges des 250 géants d'Europe réunis au Heysel grâce à un
beau zoom avant de la RTBF. En 1998, ils ont participés au tournage du film de
Benoît Mariage "Les convoyeurs attendent". En 2000, en mars, on les a encore vus
lors de la Joyeuse entrée du prince Philippe et Mathilde à Namur. En juin 2000,
première participation de Maxence Ch'tiot Meunier à un cortège de la Pentecôte à
Pont-sainte-Maxence, entouré de ses chers parents. Enfin, la dernière sortie
remonte au moins de décembre dernier, à Sambreville, lors de la visite de
Philippe et Mathilde.
Journal Vers l'avenir du 17 avril 2003. Pierre Wiame