Découvrir Auvelais à travers la
marche gourmande
de la cité du Porion le 29 avril 2007. (Ch. Bouchat)
Commune rurale de la province de Namur, depuis la fusion
des communes c’est l’actuelle commune pilote de SAMBREVILLE.
Elle ne connut la prospérité qu’avec le développement de
l’industrie dans la deuxième moitié du 19ième siècle, grâce à la
Sambre, la houille et le chemin de fer.
A mi-chemin entre Namur et Charleroi, elle étale ces 1132
hectares de superficie le long des rives de la Sambre et sur les coteaux qui
la domine, elle se situe à 8km de Fosses et à 19km à l’ouest de Namur.
En 1784, on dénombrait 654 habitants à
Auvelois-le-Comté et 200 à Auvelois- le-Voisin.
Commune de 2293 habitants en 1840, comprenant les
sections de : Auvelais, 939h.; Aronnerèe, 115h.; Sarte,
318h. ; Grognieux, 36h. ; Arimont (Arsimont), 700h. ; Gué,
130h. et la Pêcherie, 65h.
En 1875, la population totale d’Auvelais était de 4129
habitants pour 772 maisons et de5051habitants en 1882.
La population d’Auvelais, séparée d’Arsimont en 1887,
atteint 4360h, en l’an 1890 ; 6773h. en 1905. ; 7517h. en 1932 et 8440h. en
1970 avant la fusion des communes.
Le nom de la commune subit plusieurs transformations
avant d’être fixé définitivement en 1900 en Auvelais.
On le trouve sous différentes formes dans divers documents dont les
plus anciens remontent au début du 12ième siècle, tel : Naulois,
Avlois et Avelois que l’on rencontre jusqu’au 15ième siècle.
Celui employé du 15ième, au 19ième siècle jusqu’en
1900 étant Auvelois.
La localité actuelle est le résultat de la réunion de
deux communautés distinctes AUVELAIS LE COMTE et AUVELAIS LE VOISIN.
Avant la révolution Française, ces deux communes étaient
administrées par deux Seigneuries distinctes.
L’une par le Comte de Namur et l’autre par la Principauté de
Liège.
L’occupation française avec la création du
département « SAMBRE ET MEUSE » unifia la localité.
Une autre modification se
fit en 1887 lorsqu’Arsimont hameau important d’Auvelais le
Comté demande et obtient la séparation, la présence de deux charbonnages et
le désir des habitants en étaient le motif.
Le hameau d’Arsimont, compte à lui seul 987 habitants
pour 203 maisons en 1875 et environ 1400 habitants en 1887.
Dans la 1ière moitié du 19ième
siècle, tissage de toiles ; filage de lin et de chanvre et petit commerce de
houille.
Dans la deuxième moitié du 19ième siècle de
nombreuses industries s’installent sur les rives de la Sambre, 2
charbonnages, 2 glaceries, 2 feutreries, une usine de produits chimiques,
une fonderie de produits anti-friction « SEVRIN-MIGEOT », une usine de
construction métallique « H M S », et une centrale électrique font la
prospérité et l’explosion démographique de notre commune, qui passe en
quelques années seulement de commune rurale en commune
industrielle.
La « Grand Place » :
Comme dans la plupart des communes la place d’Auvelais à pris
naissance au pied de l’église. En 2003 les travaux d’aménagement de la place
ont mis à jour les fondations des premières églises, selon l’archéologue
Marie Verbeek, la première, préromane date du Xème siècle, la seconde église
plus grande est romane, elle est bâtie sur la précédente et est du XIIIème
siècle, la troisième est de style gothique.
Auvelais n’est alors qu’un petit bourg vivant de petits travaux agricoles,
et jusqu’au XVIIIème siècle les défunts sont enterrés dans l’église.
La 4ième église dont il nous reste une gouache d’Adrien de
Montigny datée de 1572, est entourée d’un enclos. La nef longue de trois
travées se prolonge en un cœur plus élevé. Trois chapelles, éclairées par
une fenêtre à croisée, sont greffées au flanc de l’église. La tour carrée
est puissante et aveugle jusqu’à l’étage des cloches.
En 1653, l’église fut le théâtre d’un drame épouvantable qui coûtera la vie
à 103 villageois. A
l’arrivée des troupes Lorraine, les villageois avaient cherché refuge
dans la tour de l’église, les soldats y mirent le feu et les incendiaires,
absorbés par le pillage périrent avec leurs victimes.
Vu l’accroissement démographique significatif, amené par l’industrialisation
de notre commune, il y a nécessité de bâtir une nouvelle église.
Comme toutes celles avant elle, cette 5ième église construite en
1833 se trouvait en bordure de la rue de la place, sur les fondations des
précédentes elle coûta 22.334F, les dépenses sont partagées : 20.934F pour
la commune, 400F pour la province et 1000F pour l’état.
Cette édifice à 3 nefs n’à aucune valeur architecturale, comme la plupart
des églises de l’époque. La dernière messe y fut célébrée le 26 octobre
1909.
L’église construite en 1833 est à
nouveau trop exiguë et la population d’Auvelais attend avec impatience la
construction de l’église actuelle qui correspond mieux à l’importance de la
localité. La nouvelle église sera cette fois implantée en fond de parcelle,
votée par la commune en 1907, la 6ième église vit creuser ses fondations et
bénir la première pierre par le curé Gosset d’Auvelais au début de 1908. De
style néo-roman, elle est construite comme celle de la Sarthe en grès rosé
des carrières du pays de Vierset-Barse près de Huy. L’église a été réalisée
par l’architecte Lange, par l’entrepreneur
Augustin Dechx de Ransart et Pierre Grégoire en était le surveillant des
travaux qui ont coûté 200.000 Fr.
Consécration solennelle en 1910 par Monseigneur Heylen.
Rue des « Deux Auvelais » : On peut voir le
monument aux morts des combattants de 1914-
1918.
Son1er emplacement était situé sur la place d’Auvelais à la
droite de l’église, il sera déplacé rue des deux Auvelais sur un projet
datant de 1936. On le construira contre le pignon de l’ancien bazar une
arcade postiche monumentale, flanquée de gros vases et de lampadaires en
bronze et surmontées de deux hampes pour drapeaux, le projet a été dessiné
par Monsieur Cornille et le devis s’élevait à 75.000
francs.
L’école « Saint François » : En 1871, Mademoiselle Dupont fit bâtir
une chapelle rue du Pont-à-
Biesmes
à l’usage d’un hospice de vieillards et d’un orphelinat établit dans
l’ancienne ferme de la famille dont une pierre est datée de 1783.
Dés 1879 la propriété servira aux religieuses enseignantes de la Providence
pour l’école libre des filles. L’école comprenait : des classes gratuites,
un internat payant, une classe ménagère, des classes gardiennes.
C’est actuellement l’école Saint-François, depuis 1977on y accueille les
filles et les garçons des classes gardiennes et primaires, c’est une école
mixte ; mais avant, il y avait 2 écoles bien distinctes :
- L’école « Saint-Joseph » pour les
garçons, située à la rue Radache et plus tard faisant partie du collège
Saint-André fondé en 1963. Elle avait été ouverte à la fin du 19ième
siècle, une plaque commémorative rend hommage au maître Jassogne, ancien
instituteur.
- L’école des filles « Saint-François » qui
était tenue par les sœurs de la Providence.
- En août 1956, le comité scolaire et la direction
des sœurs de la Providence décident de transférer l’école ménagère au
Voisin, où a été ouvert en 1950 « Institut Notre Dame ».
La « Sambre » : Il est superflu d’insister sur l’importance de la
Sambre comme voie d’eau, elle traverse de part en part le bassin industriel
de la Basse-Sambre pour se jeter dans la Meuse à Namur et se raccorder à
Charleroi au canal Charleroi-Bruxelles. La Sambre n’est pas naturellement
navigable, les premiers travaux de régulation furent modestement exécutés
sous Charles-Quint En 1800 les écluses sur la Sambre admettent des bateaux
de 21m.50 de longueur, de 3m.20 de largeur avec un tirant d’eau de 1m.20 ;
ces bateaux peuvent recevoir une charge de 46 tonnes. Le 1er
janvier 1829 les écluses mesuraient 42 mètres entre les buscs, avec 5m.20 de
largeur, elles étaient établies sur des dérivations, un barrage en
poutrelles accompagnait chaque écluse. On continue à moderniser la Sambre,
en 1937 les bateaux jaugeant 350 tonnes passent couramment par la Sambre
canalisée, par train de trois ou quatre, que toue un remorqueur, mais ils
sont éclusés un à un.
Des grands travaux reprennent sur la Sambre de 1950 à 1971,les
berges sont renforcées pour éviter les inondations, le cour de la rivière
est fortement redressé par suppression de boucle, le tirant d’eau est porté
à 2.5mètres, entre Charleroi et Namur sur les 11 écluses ( 2 à Auvelais), il
en reste 5, Roselies, Auvelais, Mornimont, Floreffe, Namur, en février de
1969 la Sambre est enfin ouverte sans restriction aux bateaux de 1500T.
L’ « Ecluse de Grogneaux » : En 1138, les religieux de
Floreffe acquirent, aux confins d’Auvelais,
Velaine et Tamines, un terrain situé sur la rive gauche de la Sambre pour y
construire un moulin. Il se trouva donc à cet endroit, nommé Grogneaux, des
travaux qui amenaient régulièrement les eaux au moulin, mais qui apportaient
des obstacles à la navigation. Vers la fin du 13e siècle, l’abbé
de Floreffe, construit une écluse à deux portes dans son barrage. Le moulin
et l’écluse furent améliorés au fur du temps et subsistèrent jusqu’à la
Révolution française. Le gouvernement français ayant sécularisé les biens
religieux vendit le moulin de Grogneaux, le bien comprenait un moulin à
farine à deux tournants, un autre petit moulin aussi à farine, une maison
d’habitation, cour, écurie, étable, fournil, 84 ares de jardin, 376 ares de
prairies et autant de terre labourable, il fut adjugé le 27 avril 1798 au
meunier Goreux, au prix de 213,300 francs.
Le quartier du « Voisin » : La seigneurie d’Auvelais le
Voisin, « pur pays de Liège », appartenait au chapitre de Fosses et, pour ce
motif, s’appelait communément seigneurie de Saint-Feuillen au Voisin, comme
aussi sa cour échevinale, qui était à la fois hautaine et Foncière, se
disait Cour Saint-Feuillen au Voisin.
Ce hameau formait autrefois, avec la Sarthe la
Larronnerie et Grogneaux la communauté d’Auvelais le Voisin.
A
la fin du 16ième siècle, la famille Dupont occupait la «
grande sens du Voisin », qui par héritage reviendra au baron de
Sternback qui construisit le château du Voisin en 1746. Le château devint la
propriété de Louis Petit en 1901.
C’est en 1949, que la famille Petit cède le château aux Oeuvres paroissiales
catholiques du Doyenné d’Auvelais, mais c’est au début de l’année 1951 que
l’école professionnelle ménagère et l’école moyenne technique et commerciale
quitteront la rue du Pont-à-Biesmes pour s’installer dans les locaux du
château du Voisin qui accueille actuellement quelques 400 élèves dont une
section « Hôtellerie-Restauration » dont le restaurant est situé dans
l’ancien parc de la centrale électrique « ESMALUX ».
« ELECTRABEL »
Au
début du siècle, pour répondre aux besoins énergétiques du charbonnage
Elisabeth, une centrale de production à courant alternatif est installée à
Velaine-sur-Sambre. En 1907, on y installe le premier groupe
turbo-alternateur, d’une puissance de 800KW, en 1911 un groupe de 1.500 KW
et c’est à cette date que la direction du
charbonnage Elisabeth passe un accord avec un groupe de commune de la
Basse-Sambre et Meuse, on crée ainsi la société C.E.E.S.M (Centrale
électrique de l’entre Sambre & Meuse). Celle-ci prend de l’extension et en
1914, la centrale électrique devient indépendante du charbonnage, de
nouveaux bâtiments sont construits à Auvelais sur la rive gauche de la
Sambre et le 29 janvier 1915, l’installation est opérationnelle.
En 1933 on passe à 579 communes alimentées par la centrale d’Auvelais
avec une puissance disponible de 25.000 KW, c’est à ce moment que l’on
assiste à la fusion de la C.E.E.S.M. et de la SERMA, pour former une
nouvelle société qui porte le nom de ESMA (Société d’électricité de
Sambre et Meuse, et des Ardennes), devient en 1960 ESMALUX (Société
Electrique de Sambre et Meuse, des Ardennes et du Luxembourg), en1976
UNERG et ensuite ELECTRABEL.
La
« gare d’auvelais » sur la ligne de chemin de fer 130 Namur-Charleroi.
La voie
ferrée fait progresser le développement d’une région tout en assurant un
déplacement plus rapide des personnes, et des choses, elle stimule les
industries existantes et suscite l’établissement de nouvelles activités.
L’établissement de la voie fut sanctionné par la loi du 1er
mars 1834 qui établit la création d’un système de chemin de fer dans le
Royaume. C’est au départ de Malines, qu’une branche atteignit Charleroi, en
1842.
Le tracé Namur – Charleroi fut inauguré le
30 juillet 1843, et la mise en exploitation,
le 2 août suivant, auparavant, un convoi d’essai, tiré par une remorque,
parti de Bruxelles avait emmené ingénieurs et fonctionnaires, afin de
s’assurer de la bonne exécution des travaux. Il s’arrêta à
Charleroi, Tamines, Floreffe et Namur,
terminus d’un parcours de 22 lieues, effectué en 3 heures ¾. La réalisation
matérielle de la ligne dut se jouer des méandres de la Sambre et des
terrasses montagneuses qui s’y insinuent, c’est bien la succession de
remblais, avec leurs 13 ponts et 12 viaducs, ainsi que les déblais de 8
tranchées qui en caractérisent le mieux l’infrastructure.
Dés le début, entre Charleroi et Namur, six stations
furent installées : Châtelineau, Farciennes, Tamines, Auvelais, Moustier
et Floreffe. Jemeppe-Sur-Sambre reçut sa halte en 1874.
Pour
Auvelais, halte ouverte le 05.04.1847, devient station le 01.01.1859 et
station- perception le 01.07.1861 avec l’ouverture d’un bureau des postes.
Le bâtiment principal et le point d’arrêt furent déplacés en 1863 pour la
construction d’une nouvelle gare incendiée en 1914, elle est remise en état,
mais on supprime l’étage. Dans les années 30 , construction de la gare
actuelle. Plusieurs raccordements aux industries dont les glaceries, les
charbonnage et les feutreries.
L’
« école communale », les bâtiments scolaires communaux d’Auvelais
comprennent 2 écoles.
L’école
du centre, édifiée en 1875 rue de Falisolle, et qui a nécessité une
dépense de 90.786 francs. Elle renferme, outre le logement de l’instituteur
et de l’institutrice en chef, trois classes de filles.
Une
école communale, pour enfants de moins de 8 ans, a été construite à la
Sarthe en 1875, une annexe a dû y être adjointe, elle abritait une
habitation et deux classes.
En 1905,
trois instituteurs et cinq institutrices forment le personnel enseignant
officiel pour une population de 169 garçons et de 190 filles, de plus 162
enfants fréquentaient les écoles gardiennes.
A travers villes et villages de Belgique.
« Cité du Porion » AUVELAIS, capitale de la Basse-Sambre
par Marcel Clebant (1961).
Evitant de justesse un groupe de musiciens à casquette
galonnée d’or, un étrange personnage, monté sur un vélo non moins étrange,
stoppe devant moi. Je n’identifiai pas immédiatement le conducteur sous son
grimage où dominaient le blanc et le rouge... Mais sa voix ne m’était pas
inconnue. J’avais rencontré cet homme quelques heures plus tôt dans un
magasin de l’endroit, où il faisait une abondante provision de serpentins.
Alors, me dit-il avec conviction,
elle vous plait la cavalcade ?
Vous attendiez-vous à trouver ici une telle animation ?
Pour vous, comme beaucoup de Belges, je suis certain qu’Auvelais n’était,
jusqu’à présent, qu’une cité industrielle à mi-chemin entre Charleroi et
Namur. Mais regardez ! Pensiez-vous découvrir autant de couleurs et de
pittoresque dans cette région qui n’évoque que cheminées d’usines, terrils,
grisaille ... ?
En fait, dans un défilé d’une longueur exceptionnelle se
succédaient les uniformes chamarrées de nombreuses sociétés de musique,
alternant avec la fantaisie parfois insolite de groupes folkloriques parés
des teintures les plus vives.
Vous ne connaissez pas notre cavalcade ? ajouta mon interlocuteur, avec une nuance d’ironie dans
la voix ! En tout cas, ne croyez pas vous excuser en objectant que c’est une
manifestation récente... La première fut organisé en .... 1892. Et, depuis,
elle est sortie presque tous les ans, le lundi de Pâques.
De joyeuses sociétés.
Il est temps que j’apporte ici quelques précisions, avant
que nos lecteurs ne prennent l’auteur de cet article pour un aimable
fantaisiste. Mon clown en vélo cocasse est un authentique Auvelaisien,
appartenant à la société humoristique « Le Tour de France Sarthois ». Chaque
membre possède un vélo burlesque, à une deux, trois roues, souvent inégal
diamètre ou dont la circonférence se rapproche plus de l’ellipse, voir du
carré, que du cercle. Cette société de joyeux lurons a succédé à celle, tout
aussi pittoresque, des « Bons Buveurs sarthois », dont la fonction
principale est, bien sûr, évoquée dans son appellation. On raconte même
qu’elle possédait un âne mascotte qui participait allègrement à cette
activité. Quant au terme « sarthois », qu’il ne vous intrigue pas plus
longtemps : il vient de « Sarthe », nom d’un quartier particulièrement
vivant et dont les habitants sont réputés pour leur bonne humeur et leur
dynamisme.
Frite à la tonne.
Plus de 50.000 personnes se rendent chaque année à
Auvelais pour y voir défiler ce cortège, l’un des plus imposants de
Wallonie. Les groupes folkloriques y participent nombreux et comptent
souvent parmi les meilleurs de Belgique ou même de l’étranger : il en vient
notamment de France.
Mais, ce qui m’a le plus frappé, c’est l’ambiance qui
règne ce jour-là dans la ville. Pour la définir, il faut rappeler que
l’industrie jour un très grand rôle dans la vie de cette cité comptant plus
ou moins un tiers d’ouvriers, un tiers de dirigeants et de cadre d’usines,
un tiers de commerçants. Le paysage lui-même en témoigne : horizon jalonné
de cheminées fumantes, de terrils, de bâtiments gris dont les murs vibrent
sous le halètement des machines : lourdes péniches chargées de minerai, de
coke ou de mazout, que la Sambre .... affluent de la Meuse ... emmène à
travers le paysage où subsistent les prairies de la zone agricole, encore
importante au siècle passé.
Eh bien ! le public qui se rend a Auvelais le lundi de
Pâques, traduit le caractère laborieux de la région. C’est une grande
majorité de travailleurs, qui viennent particulièrement de toute la
Basse-Sambre, du Bassin liégeois, du Borinage, en un mot de la Wallonie
industrielle. La meilleure démonstration, n’est-elle pas le nombre effarant
de tonnes de frites, mets démocratique par excellence, débitées ce jour-là ?
On en vend en effet environ 20.000 kg.
Une vie industrielle intense.
Tout ce qui précède laisse entrevoir de cette ville un
visage particulièrement sympathique. C’est une localité agréable, où il fait
bon vivre. Les entreprises y sont nombreuses, fait particulièrement
intéressant pour cette population de 8.400 âmes qui trouve ainsi sur place
des possibilités de travail. Au passage, citons, notamment, une glacerie,
une boulangerie (produisant 10.000 pains par jour), une laiterie, deux
feutreries, une centrale électrique, deux ateliers de construction, un
atelier de fonderie, une usine de produits chimiques et pharmaceutiques, un
charbonnage, une fabrique de cendriers, de pavements en grès, une
demi-douzaine d’ateliers de moyenne importance, près de dix garages....
Un des signes de la prospérité des Auvelaisiens est sans
nul doute le nombre impressionnant de véhicules à moteurs relevés dans la
commune. Pour 2.400 ménages, on compte 2.406 autos, motos, vélomoteurs ! Il
faut évidemment déduire de ce chiffre le charroi des firmes commerciales. Il
n’en demeure pas moins que l’effectif des véhicules appartenant à des
particuliers reste appréciable....
Un passé de souffrances.
Pourtant, cette joie de vivre, ce climat de progrès
succèdent à un passé lourd de tribulations. La région souffrit beaucoup, au
cours de l’histoire des excès de la soldatesque. Ainsi, en 1693, les troupes
mercenaires du duc Charles de Lorraine ravagèrent la Basse-Sambre. Un
détachement prit la route d’Auvelais. Les habitants, lorsqu’ils les
aperçurent, se réfugièrent dans l’église dont ils condamnèrent les portes au
moyen de barricade de fortune.
Mais les assaillants brisèrent les vitraux et y
pénétrèrent par les fenêtres. Les Auvelaisiens, emmenant avec eux leurs
biens les plus précieux, s’enfuirent dans la tour, au pied de laquelle les
poursuivants allumèrent un brasier. Suffoquant, les malheureux villageois
allaient succomber à l’asphyxie lorsque les assiégeants songèrent au butin
qui serait détruit par l’incendie. Aussitôt, ils se mirent en devoir de
circonscrire le sinistre. Ce fut en vain. Ils décidèrent alors de monter
dans la tour où ils ne se contentèrent pas d’ailleurs de voler les
malheureux ; sans ce soucier de leurs supplications, ils les massacrèrent
jusqu’au dernier. Mais ce surcroît de sauvagerie devrait être fatal aux
bourreaux. Pendant qu’ils se livraient à ce carnage, le feu se propageait
et, lorsqu’ils voulurent redescendre, l’escalier était en flammes. Cette
journée tragique se solda par la mort de 279 personnes : 103 Auvelaisiens,
hommes, femmes et enfants, ainsi que 276 mercenaires dont 30 officiers et un
major...
Mais tout ceci est de l’histoire ancienne. Dans le
présent, il reste cependant une ombre : Auvelais est à la merci des crues de
la Sambre. Les récentes inondations dont cette cité fut l’une des victimes
furent catastrophiques. L’eau atteignit 1m80 à certains endroits et l’on
dénombra plus de 400 sinistrés.
Les femmes majoritaires.
Quittons l’histoire et ses souvenirs dramatiques pour
revenir à notre époque pendant laquelle Auvelais se développe avec une
constance remarquable. Cependant, me voici bien embarrassé pour choisir
entre les mille détails qui caractérisent le présent. Laissons faire le
hasard et demandons à la première personne rencontrée sur ce pont qui
enjambe la Sambre ce qui est ici le plus frappant
Eh bien ! me répond
mon interlocutrice. Pourquoi ne pas parler de la place des administrées dans
la ville locale ? Ville industrielle, Auvelais se devait de posséder au
moins une femme chef d’entreprise. C’est Mme Boreux, qui dirige un atelier
de construction d’où sortent notamment les charpentes métalliques et
quantité de matériel destiné aux mines, aux centrales électriques et à
diverses usines. Fait remarquable, elle a su faire fructifier l’entreprise,
ce qui prouve que la gent féminine peut jouer un rôle important dans des
domaines généralement réservés aux hommes. Quant à nous, les Auvelaisiennes,
nos voix réunies permettraient d’élire au conseil communal : 6 femmes pour 5
hommes. Nous sommes, en effet, 2949 électrices pour 2632 électeurs. Mais,
bien que cette situation puisse satisfaire notre orgueil, je ne pense pas
que les choses iraient mieux.
Jean le Porion.
Il est temps maintenant que je justifie le titre donné à
cet article, puisque, jusqu’ici, il n’y a pas encore été question de porion.
J’aurais dû vous dire, lorsque j’évoquais le cortège du lundi de Pâques, que
la plus haute personnalité présente mesurait 3,80 m !
Son nom : Jean le Porion, né le 29 août 1956.
Sa profession : géant.
Ses parents historiques : Jean-le-Houilleur, échevin en
1512, et Jeanne Quinquet, chef de file à la « Badauderie de la Haute Cour
Saint Fauillin du Voisin », (le « Voisin, quartier d’Auvelais, comme la
« Sarthe » ou « Seuris »). Mais Jean le Porion doit le jour au secrétaire
communal, François Sarteel, qui ne néglige aucune occasion d’attirer
l’attention sur la commune. Laissons-lui la parole !
- Jean le Porion ? Eh oui, il a déjà 5 ans. Sa première
grande excursion fut à l’exposition de 1958, où il se rendit sous le
chaperonnage du président de l’Association des commerçants, M. Jeanlin.
Depuis, son succès n’a cessé de s’affirmer. Il personnifie très bien l’une
des activités de la région, et plus particulièrement d’Auvelais qui fut de
tout temps une importante pépinière de porions. C’est pourquoi nous avons
baptisé notre ville « Cité du Porion », ce qui constitue d’ailleurs un
hommage à tous les mineurs. Et, je saisis l’occasion de votre visite pour
insister sur un point essentiel, c’est qu’Auvelais ne serait pas la cité
prospère et joyeuse que vous avez découverte, sans le dynamisme et le
dévouement de beaucoup d’entre nous. Je ne parle pas seulement du
bourgmestre et de l’administration communale, mais aussi des organisateurs
de toutes nos grandes festivités, et plus particulièrement de MM. Bailly,
président du Comité des fêtes, F. Malevé, vice-président, R. Sévrin,
trésorier et R. Maron, secrétaire.
« Gn’a qu’à Auvelais ».....
Quelle conclusion apporter à cet article si ce n’est
répéter que l’on ne s’ennuie pas à Auvelais ! C’est vrai, et je me
contenterai de confirmer ce jugement en versant au dossier de la « Cité du
Porion » un dernier document : quelques vers du chant local « Gn’a qu’à
Auvelais », chanté par le chanteur wallon Bob Deschamps (paroles de W. Félix
et musique de J. Fahy) :
« Gn’a qu’à Auvelais, mès djins, qui
l’viye èst bèle,
Gn’a qu’à Auvelais qui nos-estans
contints »
Ce qui signifie :
« Il n’y a qu’à Auvelais que la vie est belle...
il n’y a qu’à Auvelais que nous sommes contents. »
Bien sûr, à première vue, ces affirmations peuvent
sembler très prétentieuses, mais leur sens profond est plus subtil, plus
nuancé. Elles expriment l’amour de l’Auvelaisien pour sa terre, ses usines,
ses horizons. Transplanter ailleurs un véritable « éfant d’Auvelais », et il
ne pourra oublier sa petite ville du bord de Sambre.
Cet attachement n’est-il pas un témoignage d’une certaine
sensibilité et du climat sympathique qui caractérise la Cité du Porion ?