Auvelais baptise son géant
« Jean le Porion ».
Le tout Auvelais a assisté, dimanche après-midi sur la
grand Place, à la première sortie et au baptême du géant auvelaisien « Jean
le Porion », organisée par l’association des commerçants et sous les
auspices de toutes les autorités de la commune.
Quelques instant avant l’événement, les commerçants
reçurent leurs invités de marque dans la grande salle de l’Hôtel de Ville.

Nous y avons remarqué M. le
Bourgmestre François Hérion et Madame ; MM Ferraille, échevin, ...., M.
François Sarteel, Secrétaire communal et père spirituel de « Jean le
Porion » ; M. Burton, directeur du charbonnage Elisabeth ; M. Lambois,
président du groupe des mineurs d’Auvelais ; M. Bob Deschanp et Madame ; MM.
Félix et Fahy, auteurs des paroles et de la musique du chant local « Gn’à
qu’à Auvelais » ; .....
M. Jeanlin accueille ce groupe de personnalités locales par quelques paroles
de remerciement et termine, levant son verre en citant le quatrain de René
Genot :
« Pour que du Porion la cité
soit toujours vivante et prospère
Main dans la main levons nos verres
Et vidons-les à sa santé. »
La cérémonie.
L’assistance se dirige alors vers la place où se trouve
dressée sur une estrade portant les micros. Le géant est debout devant une
foule évaluée à 1.000 personnes. Il est voilé d’un drapeau orange et noir,
couleurs locales et gardé par le groupe folklorique des Mineurs. L’Harmonie
prête son concours à la cérémonie.

Au micro, M. Jeanlin évoque tout d’abord la tragédie de
Marcinelle (Charbonnage du Bois du Casier) et la foule observe une minute de
silence. L’orateur donne les raisons qui font que le baptême symbolique du
géant ne peut revêtir le faste qu’on aurait voulu. C’est, dit-il, à
l’intervention de M. François Sarteel que nous devons l’idée de Jean le
Porion et Auvelais, Cité du Porion, cette nouvelle page du folklore local.
M. Jeanlin demande ensuite à l’administration communale d’héberger Jean le
Porion et invite le bourgmestre à découvrir la figure du géant.

Ceci fait, M. Hérion s’avance à son tour au micro et
accepte, au nom de l’Administration communale, la garde du nouveau-né, son
nouvel administré, « dont la précocité fait plaisir à voir ». Le bourgmestre
fait l’éloge du métier de mineur et rappelle le grand rôle tenu à Auvelais
par les travailleurs de la mine. Il évoque également la tragédie de
Marcinelle. Il félicite ensuite l’association des commerçants d’avoir
réalisé l’idée lancée par Mr François Sarteel et invite les commerçants à
trouver une compagne au géant, pour qu’il ne soit pas esseulé pendant ses
longs moments d’inactivité et que, poursuit le mayeur, en vivant heureux,
ils aient beaucoup d’enfants.
On fait ensuite monter sur l’estrade, Mr Burton et Mme
Hérion, parrain et marraine de Jean le Porion et le sympathique géant, image
fidèle du mineur en vêtement de travail, est baptisé au champagne aux
accents de la Brabançonne. On commence alors une distribution monstre de
dragées et de caramels. La foule des ....gosses est telle et les ruées
tellement débordantes que M. le Commissaire de Police doit intervenir pour
calmer l’ardeur de tout ce petit monde. La distribution se poursuit pendant
un bon moment et plus calmement.
Et voici Bob Deschamp.
Le
réputé chanteur Bob Deschamps monte à son tour à la tribune pour y chanter
« Gn’à qu’à Auv’lais », accompagné par l’accordéoniste Hectore Delfosse. Le
nouveau chant d’Auvelais impressionne très favorablement la foule, non
seulement par ses paroles bien tournées du plus pur wallon auvelaisien, mais
également par la musique fort agréable à entendre. La foule écoute
d’ailleurs, pour la première fois « son chant » et acclame longuement,
chanteur et auteurs qui sont présents au micro.

La cérémonie étant terminée, Jean le Porion, premier
géant auvelaisien, regagne l’Hôtel de Ville, aidé par les mineurs. Mais la
fête n’est pas terminée : un cortège se forme, commerçants, parrain et
marraine, mineurs et leur char entreprennent une tournée dans le centre d’Auvelais
et continue la distribution des caramels et dragées de baptême.
Disons
pour terminer que les mineurs ont vendu un nombre impressionnant de
programme de la braderie, portant également les paroles du chant d’Auvelais,
l’acte de naissance du premier géant et ce au profil des familles des
victimes du Bois du Casier.
A coup sûr, la journée du dimanche 2 septembre 1956,
comptera comme un sommet dans les annales du folklore local d’Auvelais.
Honneur en soit rendu à ses promoteurs et à la grande
foule venue apporter ses encouragements dans la voie qu’ils se sont tracée.